02.0 - Le jardin des tombes - mon enfance en face d'un cimetière - les rêves éveillés dans le monde des insectes.

{2.1}  En voulant ranimer mes origines, j’y ai découvert un songe d’enfant, un vrai rêve éveillé, celui qu’on garde dans sa mémoire et qu’on retrouve toujours quand on veut rechercher  ses lointaines racines en quête de son premier souvenir.

 Dans ce songe, je n’ai pas retrouvé la chaleur et la douce lumière diffuse dans un ventre gravide.

 Je n’ai pas retrouvé les tétées de lait chaud,  tendrement  chaud, ni la  tiédeur veloutée d’un sein de mère.

 Je n’ai pas retrouvé mon premier sourire, ni mon premier rire, suscités par des beaux yeux et des dents de perle.

 Je n’ai pas retrouvé l’enivrement de mes premiers pas, ni le roulis dans des bras fermés.

 J’aurais aimé retrouver dans ma mémoire la première image révélée par le premier mot.

 J’aurais aimé retrouver la  première caresse dans les cheveux, la première chaleur d’une bouche qui embrasse, le confort des bras qui enlacent, les premiers chants d’oiseaux, la découverte du premier printemps, la tiédeur d’un premier été, les couleurs du premier automne, la blancheur des premières neiges et la  première sensation du confort douillet d’une famille blottie autour du feu de bois.

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Ce que j’ai retrouvé dans mon rêve éveillé, c’est un cimetière….

Oh ! mais pas n’importe quel cimetière, le mien était très beau,  tout blanc, très gai avec beaucoup de jaune et de rouge : des renoncules et des coquelicots dans le soleil.

Mon cimetière n’était pas bien entretenu, mais on y entendait bourdonner les insectes et psalmodier les pinsons.

 Il y faisait toujours chaud comme en été et l’air tremblait au-dessus des tombes :  il y faisait si bon vivre !

 

Joyeuses sont tes pierres blanches

Qui se penchent en souriant

Joyeux sont tes rires,

Coquelicots et fleurs d'or.

 

Tu as des rives de mirage

Dans tes palettes de soleil,

Palpitant est ton air

De petit oiseau fou.

 

Tu as fermé ta grille

Sur tes yeux de cimetière.

Dors dans ta lumière,

Pataude dans tes cailloux.

 

Tu frémis et tu trembles

Dans ton ciel toujours bleu

Et te mosaïques blanches

De soleil sont toutes chaudes

Dans ta longue fièvre d'été.

                                                

Une grande maison blanche, haute et étroite, avec un toit très pointu, toute seule, se trouvait devant, séparée de la grille par une large route de pierraille.

Mon père l’avait louée dans la petite bourgade de Florennes pour y loger sa famille quand il avait été affecté à la représentation des produits de sa firme dans la région des Ardennes.

Il nous quittait tous les jours dans une grande et sinistre voiture noire de représentant qui  s’éloignait sur la route dans une auréole de poussière tandis qu’il restait en nous une angoisse d’abandon.

Je revois cet engin, triste comme un corbillard, de la marque belge Impéria qu’il fallait faire chauffer et qui ne voulait pas toujours « se mettre en route ». Alors ma mère, au volant, actionnait l’accélérateur pendant que mon père tournait la grande manivelle qu’il avait enfoncée profondément dans « le gosier de l’animal » qui alors gémissait et hoquetait pour démarrer en nous enfumant tous.

Capricieux, il lui arrivait de n'en rien vouloir, alors ma mère poussait le véhicule avec mon père aux commandes.  Elle en perdit le bébé qu'elle attendait.  Elle a toujours prétendu que c'était la fille qu'elle espérait ...

Quand son courageux conjoint revenait le soir, fatigué, avec une odeur d’essence et de tabac mêlé, il disait souvent, les épaules écrasées : « je n’ai pas encore fait mon chiffre ! ». Ce fameux chiffre qu’il n’atteignait pas, nous a toujours laissé un sentiment, inexplicable pour nous, d’insécurité.

{2.2} Ma mère s’occupait du jardin et y mettait beaucoup de fleurs, surtout des cosmos de toutes couleurs qu’elle semait à la volée.  C’était la magicienne des fleurs qui embrassait le soleil en l’étreignant de ses bras dorés et qui faisait se redresser les roses quand elle les caressait de ses longs doigts effilés en les dégageant des broussailles stupides.

Quand elle passait dans les sentiers, les fleurs la frôlaient en un long murmure apaisant de feuillage.

Il y avait des poules et un coq derrière les fleurs.  Mon petit frère et moi leur donnions à manger derrière la clôture en treillis.  Nous avions très peur du coq qui était méchant, mais les poules nous connaissaient bien quand nous leur donnions des graines à travers le treillage.

L’air était bruissant d’insectes qui chantaient le soleil et les fleurs : une mélodie douce et lancinante  rejoignait  le ciel.  J’aimais beaucoup les insectes qui  m’ont toujours fasciné.

{2.3} C’est pourtant une abeille qui m’initia à la première souffrance de l’humain.  Je ne me souviens pas des autres, elles se sont sans doute perdues dans les brumes lointaines de la mémoire inconsciente.

La piqûre de l’insecte me fit cruellement souffrir. Je me souviens d’une intolérable douleur que je ressens encore à travers le temps : une brûlure au fer rouge qui s’enfonce dans le doigt et qui fait les yeux écarquillés, bouche grande ouverte.

Je ne leur en voulus pas aux insectes et même, plus tard, je leur fus reconnaissant de cette initiation  à la souffrance physique des vivants.

Maman me soigna et, assis à la fenêtre, je regardais les tombes à travers la grille.  Je me sentis bien : la douleur au doigt était bienfaisante.  J’étais dans un état second et ce fut la première fois que je me dédoublai.

{2.4} Cette faculté était dans mes gènes comme elle l’était dans celles de mon père ou de mon fils (Faut croire qu’elle est transmissible).  Je provoque cet état de transe en fixant mon regard sur mes doigts qui s’agitent concentriquement en signes cabalistiques.

Cet état second m’ouvrit le monde des insectes pour la première fois, ce qui me permit d’être un des leurs.

Je vécus beaucoup d’aventures avec mes personnages en entrant dans un univers dont je devenais le maître absolu.  Je dictais leur destin selon mon bon vouloir et ils se soumettaient à mon histoire.  J’étais en quelque sorte devenu leur dieu avec droit total sur leur existence.

Les insectes du cimetière m’y guettaient et je pris plaisir à les entraîner dans des aventures les plus abracadabrantes.  Je leur créais des univers nouveaux et fantastiques.

Cette faculté, rudimentaire au départ, s’est perfectionnée pour devenir très développée avec l’âge.  La transposition se produit maintenant avec une telle rigueur de détail et une telle véracité que je participe de plus en plus à l’histoire soit en tant qu’acteur, soit en tant que témoin.

Ce phénomène n’est pas facile à expliquer : c’est un rêve éveillé qui me permet de voyager dans l’imaginaire, de me substituer à tous mes personnages, de vivre leur action et d’y participer.

Je crée le décor et m’y intègre : c’est un univers dans lequel je peux évoluer en le modifiant à ma guise.  Je joue avec le temps, revenant en arrière pour en modifier le cours et les événements. C’est devenu un jeu passionnant et même parfois utile car il m’arrive de m’en servir pour résoudre certains problèmes pratiques.

Je peux en analyser les diverses solutions en les expérimentant en tant qu’acteur ou réalisateur et en utilisant le subconscient qui, avec l’âge, se manifeste avec acuité.

Cependant, quand j’interroge ma mémoire pour restaurer des séquences du passé, je les trouve transposées dans un langage plus mature et plus évolué que celui de l’enfant de cinq ans que je devais être alors. L’action elle-même a évolué avec le temps et s’est alignée.

Reprenons mon histoire :

Ma mère m’avait soigné et assis à la fenêtre, je regardais les tombes à travers la grille.  Je me sentais bien : la douleur au doigt était bienfaisante.   Dans un état second, je me dédoublai pour la première fois : Entré dans leur monde, j’étais l’un des leurs.

                                                                                                             

Où êtes-vous mes personnages

Piteux de manteaux raglan ?

Où êtes-vous fières images,

Bigarrées, insoutenablement ?

 

J’aime vos ciels et vos nuages,

Vos fleurs, vos longues plages

Qui hantez mes nuits fébrilement

Toujours en dehors du temps.

 

Aussi, je ne fus nullement surpris quand l’ombre d’un carabe doré s’approcha de moi et me dit, en rangeant ses élytres :

- Tu veux que je te présente aux OMC (ombres majeures des carabes). Ce sont ceux qui travaillent dans les mousses autour des tombes.

Je répondis que je voulais bien et que je le suivrais au bout du monde.

Les OMC (ombres majeures des carabes) étaient de joyeux drilles qui  m’accueillirent avec jovialité.  L’un d’entre eux que je surnommai Rigolard, me nargua : «On dirait que tu as pris un coup de lune dans les mandibules ».  J’étais sans doute trop pâle à son goût.

Il me plut tout de suite et je sentis que j’en ferais un ami.  Je lui tapai sur l’épaule en lui disant :

- Comment t’appelles-tu ?

- GB-OMC (Grand blagueur de la tribu des ombres majeures des carabes)  et toi ?

Un peu surpris, je lui répondis :

- Flic (c’est un diminutif de mon prénom Philippe).  Que faites-vous dans les mousses ?

- Nous recherchons la goutte tombale

- La goutte tombale, c’est quoi ça ?

- C’est celle qui rend invisible comme l’ombre de l’ombre.

Il m’avait dit ça avec sérieux et un brin de crainte dans les yeux. Je repris, très intéressé :

- J’aimerais aussi devenir invisible comme l’ombre de l’ombre. Ca doit être amusant !

- Nous n’avons pas encore trouvé la formule.  Toi peut-être : tu es un petit d’homme qui a des pouvoirs.

- Que dois-je faire pour cela ?

- Te concentrer et le vouloir, comme tu as fait pour nous rejoindre.

Je réalisai alors tout l’intérêt d’une faculté dont je commençais à apprécier les avantages. Je me concentrai avec la volonté de disparaître.  Aussitôt, GB-OMC s’écria :

- Ca y est : tu as réussi, je ne te vois plus.  Tu es devenu ombre de l’ombre !

- Viens me rejoindre, je le veux !

lui  répondis-je, certain de l’étendue de mon pouvoir.

Rigolard pas plus étonné que ça, fut à mes côtés.  Il était devenu en quelque sorte le fantôme de GB-OMC  (Grand blagueur de la tribu des ombres majeures des carabes).

Très excités tous les deux, nous expérimentâmes mon pouvoir : je pouvais à souhait me déplacer instantanément où je le décidais et apparaître ou disparaître à ma seule fantaisie.  De plus en plus énervés, nous nous mîmes à explorer mon petit univers de cinq ans ; fort réduit, il se limitait à mon environnement immédiat.

Il y avait la chambre mystérieuse des parents avec une odeur très particulière de savon de toilette et de benzine.  Il y avait aussi la chambre de mon petit frère que je n’aimais pas beaucoup parce qu’il m’avait fait perdre par sa naissance des privilèges d’enfant unique auxquels je tenais beaucoup.

Il y avait aussi la chambre aux pommes qui pouvait servir de dortoir supplémentaire et dans laquelle notre mère venait religieusement choisir des fruits qu’elle faisait briller en les frottant doucement.

C’était un rite : les pommes étaient à l’époque avec les poires, les seuls fruits consommés en hiver.  Quand elle descendait, les bras chargés, en chantant, c’était comme si elle les avait cueillies au ciel.

 

« Pomme de reinette

Et pomme d’api,

Pomme d’api douce. »

 

Chante, chante, jolie maman

Pomme jaune dans tes mains,

Soleil du matin.

 

Il y avait aussi le grenier, très pointu, mystérieux, sombre, craquant et gémissant.  Il me semblait que de grandes araignées y régnaient, velues et poilues, mangeuses d’enfants et que des essaims de guêpes n’attendaient que l’ouverture de la trappe pour se précipiter sur nous.

Mais il y avait surtout la cave, froide et humide comme toutes les caves de cette époque.  Les cris d’agonie des animaux pris aux pièges à souris me tordaient le ventre et bouleversaient mes nuits de cauchemars.

Mon père, courageux, y descendait tous les jours pour y remplir le seau à charbon.  La porte criait comme dans les châteaux hantés.

 

Gémissements et catacombes

Noires de cafards.

Peuple des tombes

Chevaux naseaux hagards

Gargouilles désenchantées.

Tripes au soleil

En misère éventrée

 

C’est alors que je décidai d’utiliser mon pouvoir pour tout changer.  Je voulais avec Rigolard affronter tous les dangers.

Nous allions explorer en les transposant des mondes imaginaires : celui surchauffé et  bourdonnant du grenier et le froid vase clos grinçant de la cave.

Notre première aventure eut pour décor le grenier.  Je me dédoublai et nous nous trouvâmes devant la grande entrée du nid de guêpes.

Il faisait très chaud et tout le monde somnolait.  Une guêpe de garde nous  regarda, assez intriguée :

- D’où venez-vous et que voulez-vous ?

- C’est votre maison ?

- Si vous voulez.  Nous, nous appelons ça un nid.

- Peut-on entrer ?

La guêpe-gardienne très affable et accueillante se fit remplacer et nous fit visiter le nid.  Il y avait des guêpes partout, ça grouillait et nous eûmes beaucoup de peine à nous déplacer.

Les guêpes rouspétaient beaucoup, mais se rendormaient aussitôt. Notre nouvelle amie  s’appelait gdges/omg (gardienne des guêpes en sieste de la tribu des ombres mineures des guêpes)  Rigolard qui était lui Ombre Majeure ne pouvait s’empêcher de la regarder de haut.

Comme j’aimais faire simple et que ma langue se prenait les pieds en épelant les lettres de son nom, je surnommai  notre nouvelle amie :  Gentille.

Ca lui allait comme un coup de poing dans la figure, mais ça amusait Rigolard qui susurrait « Gentille » du bout des mandibules en oviducte. (Traduction pour les humains : bouche en cul de poule)

Après la visite, Gentille nous trouva au fond du nid une chambrette abandonnée où nous nous  installâmes pour dormir comme les autres.

Arrivé à ce stade de mon dédoublement, je décidai de changer de décor et d’aller voir ailleurs : la cave me tentait.

J’entamai le processus habituel de transformation et d’invisibilité et me retrouvai avec Rigolard devant le tas de charbon que mon père taquinait chaque jour du bout de son seau à charbon.

Devant nous, une montagne noire et brillante ; le spectacle était grandiose (nous étions à l’échelle de Rigolard qui debout ne mesurait pas plus de trois centimètres).

Le soupirail par ses ouvertures que l’on apercevait au loin dessinait sur la mer noire de gaillettes de gigantesques arabesques de soleil.  Nous étions confondus devant un tel spectacle et retenions notre souffle.

La montagne commençait à nos pieds.  Les gros morceaux de charbon nous paraissaient énormes. Irisé, celui qui se trouvait devant nous, offrait un spectacle de kaléidoscope.

- Il est beau celui-là, mais il y en a beaucoup comme ça dans le tas !

Celui ou plutôt celle qui venait de parler, était une grosse araignée velue et poilue à faire peur avec une tête aux yeux fixes et perçants et des chélicères et pédipalpes en lippes pendantes.

Malgré tout, nous la trouvâmes sympathique et fîmes rapidement connaissance.  Elle nous signala qu’elle habitait les lieux depuis peu et qu’elle était venue par les égouts.  Elle était de passage, comme elle disait.

Notre abominable compagne, très bavarde, nous montra les lieux avec moult explications.  Nous apprîmes que les hommes n’aimaient pas les souris et qu’ils les faisaient mourir dans des pièges à torture.

Elle nous montra aussi ce qu’elle appelait la vallée des cloaques en nous signalant que c’était par là qu’elle était venue et que c’était sa porte ouverte sur le monde.  Il s’agissait d’une partie d’égout découverte par où s’écoulaient les eaux usées.

J’avais surnommé notre guide Mentor à cause de sa manière précieuse et doctorale de présenter les choses (je n’ai jamais pu retenir son nom véritable, tellement il est long et compliqué.  Du genre : Belle des cloaques, ombre des ombres du cinquième collecteur, lui-même descendant du deuxième grand collecteur provenant du sixième dans lequel s’écoulait le troisième provenant lui-même du douzième… etc.… etc.…)

Mentor donc nous ramena à la montagne de charbon où elle nous fit entrer dans son abri provisoire. (Une cache dans l’anfractuosité d’une énorme gaillette).

Là, elle voulut absolument nous faire goûter sa spécialité : du ragoût d’estomac de mouche à la bave de cancrelat.  Ce fut bien sûr du bout des lèvres que j’ingurgitai l’infâme préparation ; Rigolard, lui, s’en régalait.

Nauséeux, je pris congé de notre hôte qui, de plus en plus loquace, voulait étaler ses connaissances culinaires et nous  décrire ses plus ragoûtantes recettes.

Malade, j’abandonnai Rigolard et m’empressai de revenir sur terre.  Maman nous appelait justement pour le repas du soir où vaseux, je me fis gronder, soupçonné  d’abus de friandises.

Cette nuit-là, je fus malheureux.  J’appelai Rigolard qui me consola tout de suite en me proposant d’aller au cimetière faire la connaissance des feux follets.

Il faisait une nuit d’épouvante, noire d’encre dans un ciel d’écharpes brûlantes avec des appels nocturnes d’animaux en détresse couverts par le crissement incessant des sauterelles et le coassement des grenouilles et autres crapauds.

Très peu flambards, nous nous  trouvâmes  en plein cimetière, plongés dans un monde surréaliste de phosphorescence et de couleurs éthérées.

Et c’est ainsi que Rigolard m’introduisit dans le monde merveilleux de l’irréel et du fantastique, monde subtil de l’immatériel où la fantaisie et le rêve avoisinent.

Des feux follets nous entouraient en nous regardant avec sympathie. Ils étaient tous pareils :  la forme d’une flamme bleue avec des petits yeux rouges et une bouche rouge. Ils se déplaçaient en sautillant sur la  base en pointe.

Rigolard s’approcha de l’un d’eux qu’il semblait connaître :

- Je te présente un petit d’homme qui habite la maison blanche.

Le feu follet vint vers moi. Ses petits yeux en forme de bouton de bottine étaient incroyablement intelligents et profonds.

Impressionné et très intimidé, je n’osais presque pas le regarder ni lui parler.  Rigolard vint à mon secours :

- Il s’appelle : concept de la page vingt-huit du tome sept

du livre des connaissances.

J’appris par la suite que ce concept était celui de l’affabilité et je l’appelai, bien sûr, Affable.

Les boutons de bottine d’Affable me regardaient avec gentillesse et un curieux dialogue s’installa entre nous, tous les échanges se faisant en pensée. Ce qui donna à peu près ceci :

- Je vais te conduire dans les prairies bleues des algotes là où les fleurs sont des étoiles et où les chevaux sont des nuages blancs.

J’acceptai avec enthousiasme et me retrouvai à mi-corps dans un beau cumulus blanc neige qui avançait somptueusement dans un ciel bleu nuit piqueté d’étoiles.

Nous nous  approchâmes de l’une d’elles qui  me dit à peu près ceci :

- Mon nom est candeur du firmament, énième étoile du

même nom.  Tu as cinq ans, tu es des nôtres, viens jouer

aux étoiles filantes.

Je la suivis avec bonheur et nous nous enivrâmes d’espace azuré, en dérangeant de gigantesques flocons d’ouate éthérée.

Mon rêve fut beau et paisible.  J’avais retrouvé le bonheur chaud de mon petit lit et j’entendais le balancier de l’horloge qui scandait lentement sa lancinante mélopée dans le majestueux silence de la nuit.

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Je n'avais que cinq ans

De petits yeux qui brillent,

Un besoin de maman,

Et des doigts qui frétillent.

 

Je n’avais que cinq ans,

Et des songes de peurs,

Mais des yeux souriants

Aux abeilles et aux fleurs.


Je n’avais que cinq ans,

Une âme de poète,

Des rêves de printemps

Et un cœur à la fête.

 

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