07.01 - La tuberculose, un mal qui tue - sanatorium - montagne, neige et soleil - pneumothorax - section de brides, mise au point de mon éducation sexuelle - Je découvre la montag

{7.1} La montagne me fixe de ses yeux de neige avec son ventre de fille vulgaire, bouffi de roches et sapins noirs. Je n’aime pas son col d’azur, d’azur trop bleu, d’azur trop froid.

Je n’aime pas ses flancs durs, trop glacés. Je n’aime pas sa chair d’acier, d’acier de glace. Je n’aime pas son sang blanc de poisson blanc, du blanc des marbres.

J’ai trop de bleu de ciel à l’âme et de la montagne plein les yeux. J’ai le nez collé aux vitres dans le blanc dur d’un sana. J’ai les yeux collés aux vitres et les poings au fond des poches.

Je suis malade, malade à mourir….dans tout le blanc sanitaire d’un sana…

A Gentinnes, tout s’est passé comme dans un mauvais rêve. C’était le début de l’été, une fin de juin chaude., Après une épreuve sportive de fin d’année scolaire, épuisé, sans doute avec une fièvre de cheval, j’ai plongé avec les autres dans l’eau glacée de la piscine non chauffée, près de l’étang, alimentée en eau de source. Repêché en hydrocution, je me suis retrouvé au dispensaire de la maison, le frère-infirmier à mes côtés.

{7.2} En état de pneumonie, je tremblais convulsivement et la nuit fut terrible. Je n’étais plus conscient, la température frôlait les limites mortelles. Ebranlé, le collège tout entier s’attendait au pire et les « Pères » passèrent la nuit en prière.

Je m’en sortis pourtant, mais atteint de tuberculose, j’entrais dans le monde fermé des sanatoriums, débordés par un afflux incessant de victimes de la guerre : des prisonniers, des déportés libérés, des sous-alimentés…

Mes parents se saignèrent aux quatre veines pour m’assurer les meilleurs soins et il était notoire que c’était la Suisse et ses montagnes qui convenaient le mieux.

L’ordre des Pères de Gentinnes disposait d’un « sana » qu’ils exploitaient à Montana dans les alpes valaisannes suisses. Mon oncle-préfet remua ciel et terre, son ordre et ses relations pour m’y faire soigner.

Et c’est ainsi qu’après bien des tribulations et difficultés que je raconterai par ailleurs, je me trouvai dans ce grand bâtiment froid et austère au parfum acre et pénétrant de créosote (C’était le désinfectant général utilisé en permanence dans ces établissements).

{7.3} La tuberculose était, à l’époque, un mal terrible et ceux qui en étaient atteints n’en guérissaient pas. On les reléguait, comme des pestiférés, dans des établissements spécialisés, tellement on craignait la contagion.

Le bacille de Koch, responsable du mal, se propageait facilement dans l’air par la toux et l’expiration évacuant l’air des poumons. Il était donc important d’isoler les malades devenus très contagieux dans des établissements appelés sanatoriums.

Certains connaissaient des périodes de relative guérison. Ce fut le cas d’un frère convers de mon collège à qui on confiait des petits boulots que lui permettait sa mauvaise santé dont celui d’infirmier (sic).

Ce fut la grande erreur de mon oncle et des religieux de l’époque, car ce malheureux me contamina en me soignant à l’infirmerie, les quelques semaines pendant lesquelles je n’étais pas transportable. (Il ne faut pas oublier qu’à cette époque de fin de guerre les moyens de communication étaient limités et difficiles). Nous contribuerons tous deux à propager la maladie dans tout l’établissement mais surtout à ceux qui faisaient un cours passage dans cette fatale salle de soins .

Nous fûmes finalement près d’une dizaine à en être atteints et la plupart en sont morts. Si j’en réchappai ce ne sera que grâce à la streptomycine que l’on découvrit bien plus tard et que l’on m’administra pour soigner une rechute (voir plus loin).

Le malheureux « infirmier » cause et victime de tout ce gâchis me rejoindra quelques mois plus tard en Suisse, en grave rechute pour finalement y mourir. Il en sera de même pour Paul, mon si gentil copain, qui après de nombreuses complications fistuleuses finira lui aussi par en décéder. (Il sera d’ailleurs un des acteurs des pages suivantes).

Le malheureux qui franchissait le seuil de l’univers concentrationnaires des sanatoriums s’enfermait dans monde d’exclus dont la souffrance était autant mentale que psychique et physique.

Je pénétrai, jeune garçon, dans un monde écœurant de toux grasses déferlantes en quintes interminables. Aussi, je garderai toujours dans la mémoire et dans l’oreille cette sinistre et hurlante plainte de gorges fatiguées expectorant leurs poumons, pour les alités dans les pots émaillés blancs placés à portée de la main, tandis que les autres se servaient de flacons plats à large goulot, bleuis pour en masquer le contenu et qui pouvaient être glissés dans une poche ou un sac de dame.

Quand j’y pense me revient toujours en fond sonore ces lancinants et écœurants gargouillements et raclements de crises de toux ponctués d’un crachement gras suivi du bruit métallique des couvercles retombant sur les crachoirs,… et ces râles voilés de glaires discrètement geints en plaintes qui longeaient les couloirs, étouffés par la gène de dégoûter … et surtout le souvenir de ce grand désarroi des yeux trahissant l’épuisement de l’effort…

C’était cet univers-là que fragile adolescent j’allais aborder : le monde clos (à l’époque) des tuberculeux, enfermés avec son héroïque personnel soignant, dans un univers déconcertant. J’y découvrirai le paroxysme des vertus et des vices autant que la manifestation de l’héroïsme et de la lâcheté.

Le départ de Bruxelles dans un train spécial de malades cicatrise toujours mal au fond de mes souvenirs.

J’avais tout juste seize ans et couché sur un brancard, je sentis peser le regard des yeux des miens, des yeux courageux qui camouflent le vrai regard, celui de l’angoisse et de la peine, celui de la misère du cœur qui a peur de son destin. S’il y a une éternité, ce regard ne me quittera jamais.

Le convoi s’ébranla, une dernière fois je me retournai : mon père sanglotait dans les bras de ma mère…

{7.4} Ls yeux vides, sur ma couchette, obsédé par le chant rythmé caractéristique des roues heurtant le raccord des rails, je refis, en pensée, avec eux, ce retour dans un petit appartement étriqué où dans leur chambre, sur ce lit d’une personne que j’avais quitté pour le sana belge de Buizingen, m’a remplacé mon frère Pierre, (Pit des chapitres précédents) les yeux brillants d’une fièvre qui ne le quitte plus depuis trois mois.

Quand j’étais revenu de Gentinnes, tuberculeux et contagieux, mes parents avaient éloigné dans la famille mes deux frères : Pierre chez l’oncle ingénieur de Winterslag en Campine et mon petit frère Luc, chez l’instituteur où, on s’en souvient, il passait ses vacances pendant la guerre.

Dès son retour de Campine que permettait mon éloignement dans un sanatorium belge en attendant celui de Suisse, mon pauvre frangin fut pris d’une fièvre légère qui, d’abord n’inquiéta personne, mais persistante laissait le médecin perplexe.

Mes parents l’avaient surnommé « parfait, parfait… » parce qu’il camouflait son embarras en terminant son examen et sa visite par ces mots qu’il voulait rassurants.

Après plusieurs mois d’incertitude, de guerre lasse, mes parents s’adressèrent à un vieux médecin qu’on nous avait recommandé et qui, plus compétent, établit enfin le bon diagnostic.

Ces fièvres étaient provoquées par un rhumatisme articulaire aigu qu’il fallait soigner au salicylate. Mais le mal était fait : son cœur d’adolescent, en pleine croissance, restera déformé par hypertrophie, ce qui l’handicapera lourdement, plus souvent malade que bien portant.

Ce sera la cause de sa mort prématurée à trente-cinq ans, après une opération à cœur ouvert pour remplacer les valvules usées

Quant à moi, pour l’heure, j’ai le front aux vitres et des pensées tristes au bord des yeux. J’en veux à ma prison blanche.

J’en veux à ces montagnes, à ces neiges trop pures et à ce ciel trop dur. J’ai besoin de chaleur et de feu, j’ai besoin de rouge et de sang, j’ai besoin de vie, surtout de vie…

Notre train lamentable avait distribué ses malades dans la vallée du Rhône aux diverses stations spécialisées de l’époque : Leysin, Davos, Montana…

J’étais seul pour la « Villa Notre Dame », l’établissement des confrères de mon oncle. Je débarquai d’un funiculaire qui desservait les stations au départ de la petite ville de Sierre, en bas dans la vallée.

Un frère-domestique, batave géant, Eligius de son nom de religion, m’attendait avec un traîneau, m’y installa avec mes bagages et m’amena ainsi par un chemin qui serpentait longuement, taillé à la pelle dans la masse blanche, jusqu’au pied d’un grand bâtiment tout emmitouflé de neige.

Ce sanatorium était, comme tous ceux de la région, construit en longueur face au soleil avec une terrasse pour les cures devant chaque chambre, lui donnant une allure de casier à vins.

Le front aux vitres, j’ai peur,… oh, très peur !…

J’attends qu’on vienne me chercher pour une « section de brides » qui est le complément chirurgical imposé aux malchanceux de mon espèce, dont l’efficacité du « pneumothorax » est entravée par ce que les « toubibs » appellent des brides.

Le peumothorax était la seule thérapie existante à l’époque pour soigner la tuberculose, maladie, je le rappelle provoquée par le bacille de Koch. Cette sale petite bête et ses copines, bouffeuses de poumon, y creusent des « cavernes », le transformant en véritable gruyère.

Forcés de fonctionner pour que nous restions vivants, nos poumons contrarient par leur mouvement incessant toute cicatrisation valable. On a donc imaginé de réduire l’amplitude du mouvement respiratoire en comprimant l’organe par insufflation d’air entre les deux plèvres, les parties endommagées à peu près immobilisées ayant plus de chance de se cicatriser.

Evidemment, la capacité respiratoire du patient en prend un sacré coup.

La pression de l’air insufflé entre les plèvres doit être maintenue au moins une fois par semaine au moyen d’une sorte de petit trocart enfoncé dans la poitrine du « tubard », si je peux me permettre ce mot d’argot utilisé à l’époque pour désigner les parias des sanas.

L’appareil d’insufflation était d’un rudimentaire bien caractéristique de ces temps révolus où la machinerie médicale était balbutiante.

Il s’agisait de deux vases communicants gradués de laboratoire à moitié remplis d’eau colorée dans l’un desquels on envoyait de l’air au moyen d’une poire élastique.

Cette action avait pour effet de refouler le liquide d’un vase dans l’autre, créant une pression sur la colonne d’air ce qui permettait de l’envoyer tantôt entre les plèvres, tantôt dans un tube gradué pour contrôler la pression ainsi créée artificiellement sur le poumon malade.

L’instrument ressemblait fort à un appareil expérimental de laboratoire tel qu’on les trouve encore sur les tables des étudiants et chercheurs avec tubes de verre, tuyaux en caoutchouc et pinces à clamper pour le contrôle du débit.

Le gros inconvénient de ce traitement, c’est que la pression de l’air tombant rapidement par absorption tissulaire, l’opération doit se renouveler au moins une fois par semaine.

J’avais commencé cette thérapeutique barbare pendant un séjour de quelques mois dans un sana belge où j’étais soigné en attendant que les démarches pour un transfert en Suisse aboutissent.

Malheureusement mon cas s’était compliqué des fameuses « brides » qu’on allait sectionner pour libérer le poumon et le comprimer valablement. Pour ce faire, après incision préparatoire, il faudra m’enfoncer deux tuyaux dans la poitrine en dessous de l’aisselle, entre les deux plèvres, l’un contenant une sorte de périscope à l’envers pour voir ce qu’on fait, l’autre un bistouri-fer-rouge destiné à détacher ce qu’on appelait également des « adhérences ».

- On t’attend Philippe, viens… La sœur-infirmière m’invite d’un geste de la main. Je veux crâner pour dissimuler ma peur et je fanfaronne :

- Il a bien aiguisé son vide-pomme (allusion aux tubes-trocarts qui vont me trouer le côté). Pas dupe de mon désarroi, l’infirmière, gentille, rit complaisamment et, rassurante, me tape amicalement sur le bras.

- Ce sera vite fini.

Tout se passa alors comme dans un mauvais rêve : l’anesthésie locale était mal dominée, et l’intervention se pratiqua à peu près à vif avec le soutien d’une piqûre de morphine, laquelle me plongea dans un monde bizarre sur fond de rouge, de feu et de brûlure indolore mais très désagréable.

Sous l’effet du stupéfiant, je me retrouvai à Bruxelles, chez moi, étendu sur la toile cirée de la table de la cuisine, dans un décor abracadabrant où avoisinaient les plus incroyables acteurs dans des fonds de sang de bœuf et de jaune Van Gogh.

Maman tricotait dans un coin, mon père lisait son journal, Pit et mon petit frère jouaient à même le sol, Jim avait disparu mais Belle des cloaques était collée comme un insigne sur la toque blanche du chirurgien, Madoulet avait la pose du penseur de Rodin, Gentille, la guêpe étendue comme à la plage sur la balance de ménage semblait dormir profondément ; même Rigolard, mon copain carabe, gagné par l’apathie générale somnolait doucement.

Tout mon monde était bien là, y compris Gros Bidon roupillant à califourchon sur une chaise et Rana 1ère, en pleine sieste, couronne presque sur le nez, mains jointes sur la bedaine.

Cette indifférence de tout mon entourage me scandalisait profondément et j’aurais aimé le leur crier mais aucun son ne me sortait de la gorge comme dans un cauchemar.

Seuls résonnaient les ordres brefs du chirurgien vers ses assistants : un médecin et une infirmière. Ma position était inconfortable : sur le côté, une main derrière la tête et le coude à la limite de l’écartèlement pour livrer au bistouri la partie du thorax en dessous de l’aisselle.

Je souris, amusé : les trocarts en entrant avaient fait un bruit de carton qu’on éventre et ça me rappela ma plaisanterie douteuse du vide-pomme.

Heureuement, l’intervention ne sera pas très longue et je fus reconduit dans un lit de draps tout frais, au parfum de lessive.

Ambiance très différente : autour de moi, ma bande sortie de sa torpeur, m’entourait bruyamment, en grand caquetage.

- Nous t’avons enfin libéré des hommes masqués, jubile Madoulet, qui m’a l’air plutôt déconnecté.

- T’as pas très bonne mine, dit Rigolard en me voyant, brûlant de fièvre et grimaçant de douleur.

Sur ce, Rana 1ère, la reine des grenouilles, pleine de bonne volonté, vient étendre son gros ventre froid et ses cuisses visqueuses sur mon front brûlant. L’effet de surprise passé, je trouve le procédé acceptable en situation exceptionnelle.

Du coup, chacun y alla de sa plus ou moins bonne initiative, ramenant « ubiquitairement » force remèdes et potions, de quoi ressusciter le plus mal foutu des opérés.

Madoulet, le spadassin,  était revenu avec des simples plein son chapeau pour le plus apaisant des emplâtres ; Gros Bidon, de sa Bavière natale ramenait un « schnaps » à ressusciter les morts ; Belle des Cloaques, l'araignée, prétendait avoir mastiqué une mélasse de jus de moustique piquante à souhait pour le plus efficace des révulsifs ; Gentille, la guêpe, se découvrait des talents d’acuponcteur  et Rigolard fouillait son répertoire rigolo pour dénicher de quoi me faire oublier mes misères.

Mais je n’étais pas au bout de mes peines.

Dame Montagne s’ébroua en tremblement de terre comme un chien qui sort de l’eau, ce qui provoqua dans toute la région une panique et des dégâts mémorables.

Plusieurs bâtiments furent difficilement réparables, fendus de larges lézardes ; il n’y eut heureusement pas de victimes.

Le moment avait été bien choisi : assiette en mains, calé dans des oreillers, j’allais tenter d’avaler un peu de potage. Il n’arrivera jamais à destination car, pris de la même panique que nous, il se précipita bien bouillant dans mes amples vêtements d’opéré pour se réfugier sur un ventre qui n’a pas apprécié du tout cette étreinte brûlante.

Ce tremblement de terre, je l’aurai toujours dans la mémoire, tellement il était incongru, hors du temps, comme tous les accidents qui agressent.

On n’y croit pas, on ne réalise pas, on vit « animalement », ça semble durer longtemps, on n’entend que le bruit des choses qui s’entrechoquent.

Ensuite, tout s’arrête et c’est le grand silence de la stupeur ; et puis c’est l’immense cri strident des femmes et de la peur et enfin c’est le brouhaha de l’action, de la panique et des sauveteurs.

Tant bien que mal, je me suis levé pour me dégager des plâtras et me sauver avec les autres, ce qui ne fut pas nécessaire, les nouvelles étant vite rassurantes : il n’y avait aucun danger, le bâtiment était solide et ne souffrait que de quelques lézardes et de dégâts de plafonnage.

Je passai le reste de la nuit sur un brancard dans le réfectoire avec d’autres pauvres diables mal en point, en serrant les dents à cause du plomb fondu qui me grillait la poitrine, me rappelant l’intervention que je venais de subir.

Ma bande au grand complet, m’entourait et se relayait pour m’aider à supporter mes misères. Rana 1ère, ma bonne grenouille, avait repris sa position frontale ; Madoulet me fabriquait des emplâtres ; La guêpe potassait des cours d’acuponcture ; Gros Bidon voulait absolument me glisser dans les lèvres un coup de son élixir ravigotant et tous les autres s’affairaient à qui mieux mieux.

Je ne sais si c’est le « schnaps » de Gros Bidon, mais toujours est-il que je me retrouvai avec eux dans un endroit incroyablement dantesque.

C’était un monde ondulé, mauve-rosé, avec des yeux partout. Des yeux sans tête, en globe oculaire, avec de chaque côté, un nerf optique en forme de bras et de doigts noirs.

C’était un festival pour ophtalmologue avec des beaux yeux bleu pervenche, des vert olive, des jaune safran, des noir nuit profonde, des brun ourson ou des gris souris, des beaux yeux qui allaient par couple, toujours à deux avec des paupières comme une casquette et des cils en forme de penne de tous genres, de la plus raide à la plus cambrée.

Ils glissaient deux à deux en se tenant par la main sur un tapis ondulé mouvant rose-mauve écœurant.

L’un d’eux s’arrêta près de moi et je fus très étonné de reconnaître les yeux à facettes de Rigolard, le carabe, qui me transmit du regard le message suivant :

- Je viens d’avoir un « échange de vue » avec des yeux étonnants qui m’ont parlé du fond des choses. Tu dois en prendre connaissance.

Je sentis deux yeux perçants qui me fixaient : ça me trouait comme les outils du chirurgien. Mais ce regard, un regard glauque, vide comme ouvert sur un abîme, m’angoissait jusqu’au vertige. Nous échangeâmes un regard-parlant dont voici la substance :

- Je viens de l’essentiel, je recherche le fond des choses. Ma vision est intérieure, toujours introspective. Je recherche la connaissance du fond de ce qui est, mais mes yeux s’enfoncent toujours dans un abîme en forme de cône qui n’aurait pas de fin.

Depuis peu, je me tourmentais du même problème métaphysique et mes yeux ne purent que transmettre les mêmes préoccupations.

- Exister est un problème, ne pas exister en est un autre. Ne pas exister, c’est ne pas être. Ne pas être, c’est n’être rien. Qu’y a-t-il, s’il n’y a rien, puisque rien n’est pas concevable ? Qu’est-ce que le néant, l’inexistant, le non-être ?

Mon interlocuteur me regarda de ses yeux vides d’obsédé et nous nous étendîmes longuement sur le sujet sans nous comprendre : « un vrai dialogue de sourds à perte de vue » !

Chant de l’inexistant,

Chant du vide et du tourment

Et affres du hasard.

A toi, mon âme et mon art.

 

Des horloges, au printemps

Ont scandé l’air du temps.

 

L’univers, en folie

Boit la coupe à la lie

Et s’éternise éternellement.

 

{6.7} En attendant que les démarches pour le passeport suisse, très longues à l’époque, aboutissent, on m’avait soigné, trois mois durant, au « sana » de Buizingen.

J’y avais pris alors un terrible coup de vieux moral. Protégé par les miens, emmitouflé dans mon milieu chrétien idéaliste et pudibond, je ne connaissais qu’un monde décanté du sexe et de la turpitude.

Mon compagnon de chambre était un jeune garçon, fils de cabaretier qui se gaussa bien vite de ma candeur et pendant ma première nuit se chargea de parfaire mon éducation sexuelle en me révélant l’étendue de sa science sur le sujet.

Il faut dire qu’il était expert et assez porté sur la chose. J’en appris tellement en une nuit qu’il était difficile d’aller plus loin sur le sujet. J’aurais pu le faire taire, mais je voulais savoir, habité par une curiosité de jeune mâle.

Je fus cependant ébranlé, halluciné par la vision d’un monde dont je ne soupçonnais même pas l’existence. Il faut dire qu’il ne m’avait pas épargné.

Après m’avoir bien expliqué que ça ne se passait pas comme chez les grenouilles (pauvre père Joseph), je reçus l’initiation la plus complète sur tout le reste : positions, onanisme, sodomie, homosexualité, bestialité… et j’en passe de son cru.

Le lendemain, il faut dire que j’étais groggy tant par le manque de sommeil que par les images obsessionnelles et folles qui me trottaient dans la tête.

{6.8} Heureusement, un homme merveilleux s’est approché de moi. Il était grand et maigre, si maigre que son corps semblait absent de ses vêtements.

Deux immenses yeux fiévreux mangeaient son pauvre visage soutenu par deux pommettes luisantes. Il respirait très court, mais ses yeux brillaient d’un message qu’ils voulaient porter.

Cet être, brûlant de fièvre, me dit qu’il était jociste, collaborateur et ami de Monseigneur Cardijn, le fondateur de la JOC (Jeunesse Ouvrière Chrétienne).

Nous parlâmes longuement, assis sur un banc de couloir. Candide et confiant, j’expliquai ma nuit des révélations.

Il remit tout de suite les choses au point en apportant les précisions techniques indispensables et releva le débat en y associant le merveilleux qui y manquait.

Il s’appelait Adolphe Mertens, (Dolf pour les proches), et me fit connaître ses amis, jocistes comme lui.

Son amitié m’apporta un baume de bonheur, tellement elle était saine et franche et lui, d’une beauté diaphane, comme éthéré ; c’était un être surnaturel.

Quand je me retrouvai en Suisse, nous correspondîmes et il me dit vouloir me rejoindre pour guérir. Il espérait que l’air des montagnes réaliserait le miracle.

Je défendis sa cause auprès du directeur de la Villa Notre Dame (un spiritain comme mon oncle) le père Cournol, austère, froid et dur comme les glaciers.

Bon cependant et attendri par la chaleur de ma plaidoirie, il l’accepta, malgré le manque de place, aux mêmes conditions avantageuses que moi, et c’est ainsi que Dolf se trouva, en plein janvier, sous un ciel sombre de tempête menaçante à l’arrivée du funiculaire où l’immense et batave frère Eligius l’attendait avec son traîneau.

a tempête et le mauvais temps sévirent quinze jours et le séjour du merveilleux Dolf, dans les montagnes de ses rêves, ne dura pas plus longtemps.

On l’avait installé à côté de moi dans une chambre de quatre. S’y trouvait également Paul, un copain de Gentinnes, autre victime de l’épidémie de tuberculose qui frappa notre collèg e. (Paul ne guérira jamais et en mourra quelques années plus tard).

Dolf, à mes côtés, était mal en point. Il respirait difficilement et quand il me parlait, je devais tendre l’oreille pour comprendre le souffle léger qui s’élevait de ses lèvres.

Seuls ses yeux vivaient, des yeux dans un regard que je porte toujours au fond de moi, le regard intérieur de celui qui n’a que ça pour ne pas désespérer et qui s’accroche à un espoir d’éternité heureuse.

Dans mes cogitations métaphysiques, je me remémore souvent ces moments de conversations avec un être surnaturel où des yeux me parleront mieux que des lèvres.

Je vécus huit jours intenses avec lui, jusqu’au jour où il devint très agité, pris de panique, il se levait, les yeux affolés, il demandait qu’on ouvre la fenêtre, il étouffait, les yeux injectés, les doigts crispés…

Nous appelâmes et, très vite, une chappe de blouses blanches qui s’agitait frénétiquement avec des appareils et des instruments s’abattit sur lui.

Paul et moi, terrifiés, enfoncés dans nos draps, l’estomac noué, apercevions de temps à autre entre des vagues blanches, un visage de crucifié, hagard et exorbité.

Dolf étouffait, le seul poumon valide (l’autre avait été enlevé) déchiré par la maladie, faisait soupape et chaque appel d’air le gonflait comme un ballon.

Rien ne put le sauver, ni les trocarts, ni le bistouri qui tentait de pratiquer, entre les côtes, une voie de décompression.

Le reste est classique de ce qui se fait : le drap sur le visage et le lit roulant qu’on emmène par les couloirs jusqu’à la pièce qui sert de chambre mortuaire et les médecins et infirmières qui s’éloignent en discutant, brinqueballant leur matériel et leurs instruments.

La petite salle à l’entrée qui en avait l’habitude, fut rapidement transformée en chapelle mortuaire.

C’est là que je retrouvai celui que je connus si peu, mais qui me marqua si profondément.

C’était une ombre dans un costume trop grand. La tempête de neige, comme un voile noir, le maintenait dans une quasi-obscurité tandis que les flammes de deux luminaires en gigotant animaient le plafond et des murs tout blancs.

Il y resta deux jours. Quand j’allais près de lui, je ne trouvais plus qu’un cadavre décharné dans des vêtements affaissés.

C’est en me dédoublant que je le fis revivre. Je le retrouvais idéalement vivant, fort et lumineux, avec des yeux clairs, des yeux souriants, des yeux d’ami-grand-frère, des yeux réconfortants.

Je parlais beaucoup, il me répondait de ses grands yeux pâles et je me sentais très heureux. Lancinant, je lui disais :

- Donne-moi ta certitude, donne-moi ton savoir puisque tu sais maintenant.

Je réalise maintenant qu’il avait le savoir que je lui donnais et que cette vérité, je ne la trouverais jamais.

 

Mes yeux trouent le néant

Et mon regard se vide.

Je chercherai toujours

Le bout, le fond du vide

Comme un moulin

Qui tourne sans vent.

 

J’ai la nausée

De l’infini des nuits.

J’ai la nausée

Des fleuves sans fin.

Je frémis du vide

Et je vomis ma peur

Du bord de mes lèvres.

 

Montana dépendait administrativement d’un village, plus bas dans la montagne, et c’est là que se trouvait le cimetière où il serait enterré.

J’ai soudain réalisé que ce serait là que les restes de mon ami Dolf devraient lentement retrouver le monde inerte du minéralC’est la première fois qu’un doute immense me prit : ne sommes-nous qu’un assemblage de cellules que le hasard a construit ?

Je ne cessais d’y penser, la tête basse, derrière le traîneau qui emmenait son cercueil.

Nous avancions péniblement dans une quasi-tempête de neige qui ne me permettait pas d’apercevoir le cheval, attelé devant, ni le prêtre dont j’entendais les prières et les chants parvenir jusqu’à moi, syncopés, entre deux bourrasques.

Celui qui était à mes côtés s’appelait Jean. Très paternel, le Père supérieur avait chargé ce séminariste assez valide de me soutenir dans une épreuve qu’il jugeait pénible tant physiquement que moralement  (Jean est devenu, par la suite, un de mes bons compagnons de randonnée et un ami).

Nous finîmes par atteindre le cimetière et ses tombes qu’on devinait mal, dans la pénombre et sous leur édredon de neige. Le trou pour Dolf, béant sinistrement, était une tache dans tout ce blanc.

L’homme qui conduisait le cheval le descendit, tête en avant, en laissant filer une grosse corde qu’il avait sur le cou et les épaules. Le cercueil en frappant le fond a fait un bruit crissant de neige qui s’écrase.

Nous revînmes, sans un mot, en titubant dans les rafales. La neige en tempête nous avait transformés en pantins blancs informes.

Le prêtre et Jean me soutenaient, mais j’étais étonné de n’avoir aucun sentiment. Je savais que j’allais le retrouver dans mes rêves et que je pourrais interroger son regard. Je savais que ses beaux yeux d’espérance aux reflets d’or me parleraient toujours.

 

Tes si doux grands yeux verts

Aux paillettes vieil or

Ont des refrains de mer

Sans souci de la mort.

 

Tes si doux grands yeux pâles

Ont des accents de fleurs,

De fleurs et d’oiseaux mâles

Qui chantent la couleur

Des prés verts au printemps,

Toujours au fil du temps.

 

Tes si doux grands yeux clairs

Sont perdus dans la nuit,

Dans la nuit des éclairs

Et des songes qui fuient.

 

{7.9} Quelques semaines plus tard, le Père Cournol m’appela pour m’annoncer que Cardijn, le fondateur de la JOC, lui avait écrit pour lui annoncer sa visite. De passage en Suisse, il désirait se recueillir sur la tombe de Dolf et s’entretenir avec ceux qui l’avaient connu.

C’est ainsi que je racontai à cet homme remarquable de dynamisme et de bonté tout ce que j’avais dans le cœur et au plus profond de moi sur celui dont les yeux riaient des étoiles.

Il m’écouta, me laissa parler. Je sentis qu’il aimait ce que je lui disais et je vis dans ses yeux la douceur des yeux de Dolf et je vis s’allumer dans ses yeux les étoiles des yeux de Dolf.

Il se mit alors à parler, parler en petites phrases enthousiastes de toutes sortes de choses dont je ne me souviens plus, mais je garderai toujours en moi le souvenir d’une psalmodie joyeuse qui sortait des lèvres d’un petit homme aux cheveux gris taillés en brosse qui évoquait des mondes de rêve dans l’amour de Dieu et des hommes.

 

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Le printemps et Jean me réconcilièrent avec la montagne. La neige se mit à fondre et une eau merveilleuse, claire et cristalline chantonnait partout dans les alpages.

Dès que nos cures de repos le permettaient, nous filions par l’arrière du sana et grimpions dans des prairies émeraude encore entachées, de-ci, de-là, de neige durcie.

Les paysans montagnards astucieusement avaient creusé sur le flanc des versants ensoleillés des rigoles qui serpentaient et dans laquelle l’eau des neiges et des glaciers s’écoulait en murmurant.

Aux périodes sèches de l’été, l’arrosage des prairies se faisait simplement en bloquant avec une grosse pierre le cours de l’eau qui débordait sur les pentes.

Jean et moi, enivrés de nature et de beauté, avions l’âme chantante et les yeux ensorcelés. Jean me rendait conscient du privilège exceptionnel dont nous bénéficiions en ces périodes particulièrement difficiles de l’après-guerre.

Tous les deux, souvent à genoux dans l’herbe, les mains aux chevilles, la tête en arrière, nous nous enivrions, au bord de l’extase, du spectacle grandiose que nous révélait un des plus beaux endroits de la terre.

La montagne se révélant alors à moi, ma haine devint passion amoureuse. Je buvais son bleu infini qui me troublait jusqu’à l’âme et me vautrais dans son soleil embrasant mon jeune corps d’adolescent.

Je voguais avec ses nuages blancs, effleurant ses neiges éternelles. Elle m’envoûtait de la brise féline de ses alpages, de la caresse si pure du vent de ses glaciers, porteur de l’enivrant parfum de ses pentes alanguies.

Ma passion pour la botanique et l’entomologie, je l’ai communiquée à Jean : nous nous penchâmes sur les fleurs et sur les plantes, sur les pierres et les insectes.

Nous découvrîmes l’edelweiss au bord des ravins, la grande gentiane en flocons jaunesl’orpin, la délicate saxifrage et lajoubarbe des montagnes.

Nous avons foulé des gazons ras piquetés de petites gentianesveloutées au bleu intense ainsi que les attendrissantes pensées des Alpes.

Dans les grasses prairies des alpages, nous cueillîmes des trolles d’or et dans les bosquets des lis martagon rose pourpre piqués de rouge foncé.

Nous traquâmes les insectes, guettâmes le grillon en titillant son terrier, débusquâmes la cicindèle qui chassait sous les pins.

Oh ! Ce qu’elle était belle, avec ses élytres vert jade, parsemées de quelques points noirs mais si difficile à attraper, rapide et fuyante comme un éclair d’arc.

Je savais que c’était une cousine de Rigolard mais je ne voulus surtout pas révéler à Jean l’existence d’un monde que je cachais aux humains.

Cet univers imaginaire restait mon refuge secret où je trouvais la force d’affronter le réel, m’apportant la joie, le rêve, le merveilleux, me réconfortant, m’apaisant, me consolant, me donnant le courage de défier le destin.

Dans ma vie d’adulte, il m’aida à apporter des solutions aux problèmes difficiles, à retrouver sang-froid et espoir, calma mes inquiétudes et en fin de compte, contribua grandement au maintien de mon équilibre physique et mental.

Mon instinct de petit lépidoptériste s’était réveillé à la vue des papillons rares et merveilleux qui voletaient de-ci de-là, de calice en calice et d’ombelle en ombelle.

Le délicat voilier (ou flambé) et le merveilleux machaon avec leurs ailes si finement découpées en pointe se prélassaient au soleil.

Mais nous recherchions surtout le rare apollon paressant sur les orpins blancs. Avec Jean, nous capturions leur chenille et récoltions leur nourriture pour les élever jusqu’à la chrysalide et l’insecte parfait

Je leur avais fabriqué des petits terrariums dans des boîtes en carton, avec aération en toile de moustiquaire et pour les observer, un côté translucide confectionné à partir de radiographies lavées, m’ingéniant à reconstituer leur milieu naturel.

Nous en avons ainsi élevé beaucoup que nous conservions en papillotes. (Carrés de papier absorbant plié en deux, mais en les décalant de leur diagonale, de manière telle que les deux bords ainsi constitués puissent être rabattus en fermeture. Ce truc de lépidoptériste permettait le transport, l’échange et même la conservation des spécimens capturés ou élevés.)

Un pensionnaire de la « Villa » m’a même mis en relation épistolaire avec un naturaliste parisien ; nous échangions dans nos lettres des papillotes et même des chrysalides et des œufs, bien protégés par des feuilles d’ouate, que nous tentions par la suite d’amener au stade parfait.

 

Dans le vent fleurissaient des ombres,

Papillonnant de fleurs en fleurs,

Aussi le vent fuira dans l’ombre

Laissant les voiliers coureurs.

 

Le machaon volète en soie

Comme la feuille morte au vent.

Cicindèle toute aux abois

S’encourt folle, tête en avant,

Alors que le malin grillon

S’enfonce dans les gravillons.

 

Hommage à toi, grand apollon,

Ô, roi-papillon des montagnes

Qui se chauffe aux rayons oblongs

Toujours en quête de compagne.

 

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{7.11} Je voudrais maintenant apporter mon tout petit témoignage en faveur de quelqu’un qui fut très injustement traité après la guerre 40-45 : le roi Léopold de Belgique.

Le roi Léopold et sa famille avait été retenus prisonniers d’abord au château de Laeken, ensuite en Allemagne à Berchtesgaden. A leur libération en 1945 éclata en Belgique « l’affaire royale ».

Le monde catholique soutenait le roi, les autres contestaient son mariage avec une roturière, Liliane Baelsqui deviendra princesse de Réthy, et désapprouvaient ses dissensions avec le gouvernement Pierlot, réfugié en Angleterre.

Son frère, le prince Charles, devint « le régent » en attendant qu’une solution se soit dégagée : la reprise du règne ou l’abdication et même pour certains la fin de la monarchie

Le roi et sa famille, pendant cette période, résidaient en Suisse à Genève.

Sa visite avec son épouse était annoncée à Montana ; il avait éprouvé le désir d’aller visiter et réconforter les jeunes malades du sanatorium belge « Lumière et Vie » situé pas très loin du nôtre.

J’en ai d’ailleurs évoqué l’existence dans un des chapitres précédents : c’était là qu’était soigné mon jeune et débauché compagnon de chambre du sana belge qui avait aussi rejoint la Suisse.

Une petite délégation de ressortissants belges de notre établissement fut constituée, que le roi accepta de recevoir au sortir de sa visite. Nous nous tenions bien sagement rassemblés non loin d’une annexe au grand bâtiment.

Le roi vint vers nous avec un sourire grave, ce sourire qui est sur les lèvres mais pas dans les yeux. On le sentait affecté par la pensée du destin qui attendait ces jeunes adolescents et enfants qu’un mal mortel rongeait lentement.

Il se dirigea vers nous et se tourna vers moi. J’étais le plus jeune de notre groupe et je sentis son regard triste se porter sur moi avec la tendresse d’un ami qui voulait m’encourager.

Cette attention me fit chaud au cœur, je ressentis toute l’humanité d’un homme qui avait souffert et qui entrevoyait mon destin. A deux pas derrière, la princesse de Rethy nous observait, attendrie et les yeux humides.

Ce moment fut long et je sentis l’émotion lui étreindre la gorge. Trop ému pour parler, il baissa la tête et s’en alla, son épouse lui prenant tendrement le bras.

Quelques années plus tard, lors de « l’affaire royale » je devins un de ses chauds partisans et malgré ma fragilité n’hésitai pas à me mêler aux manifestants qui réclamaient son retour.

Je me retrouvai quelquefois en situations particulièrement difficiles lors des affrontements avec les forces de l’ordre ou les opposants.

En fin de carrière, j’eus l’occasion de rencontrer son fils le roi Baudouin, lors d’une réception organisée par Petrofina à laquelle participaient les cadres supérieurs de ses sociétés.

Il me sembla retrouver dans les yeux du fils le même fond nostalgique et humainement triste que j’avais ressenti chez le père. Mais peut-être n’était-ce qu’une transposition personnelle d’un certain état d’âme à leur égard ?

 

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