27.c - Le petit soleil qui rayonne le bonheur et le distribue.

Pleurer le bonheur, ça gonfle la poitrine…. c’est d’abord immense et profond…..et puis c’est infiniment doux, de la douceur des crépuscules quand ils fraîchissent la canicule….

 

J’ai caché ma faiblesse derrière une colonne du grand hall d’accueil de l’aéroport qui venait de nous faire découvrir un coin de paradis…. : vision d’une madone tenant dans ses bras une petite fille souriante et frêle qui lui caressait tendrement le visage….

 

Cette image lumineuse dans la foule bruyante et bigarrée des voyageurs, elle s’isolera, elle s’auréolera de lumière pour se graver dans mon souvenir….

 

Ce geste spontané de tendresse d’une enfant qui avait déjà été marquée dans ses quelques premiers mois d’existence par la maladie et la souffrance (une maladie mortelle aurait dû l’emporter) vers celle qui avait tant d’amour à donner, sera annonciatrice d’un courant affectif qui émanera toujours d’elle et qu’elle projettera sur son entourage.

 

Sa sœur d’abord qui en avait tellement besoin pour se rassurer. Comme je l’ai signalé plus avant, elles sont comme des jumelles qui trouvent dans l’autre des réponses aux problèmes spécifiques de leur situation, dans un environnement occidental souvent maladroit et exclusif.

 

Nombreux seront-ils ces moments de bonheur que nous ressentirons à les voir se taquiner dans une entente délicieuse ou se glisser des confidences de midinettes avec rires cascadés comme des clochettes lamaïstes mues par le vent.

 

Maintenant encore dans leur plénitude d’adulte, elles restent tributaires de leur histoire jumelée et complices de sentiments très subtils et particuliers que nous, leurs parents, percevons avec tant de tendresse et de compréhension.

 

L’aînée porte bien son nom : Béatrice l’heureuse,…. toujours souriante, toujours joyeuse…. toujours aimante….

 

Si tendre, si affectueuse que toute petite déjà, elle se réfugiait dans mes bras, pour enfouir son front dans mon cou….. ; j’osais à peine serrer contre moi cette subtile tiédeur de l’enfance pendant que deux petites mains effleuraient la mienne…, je sentais alors grimper en moi ce profond soupir du bonheur….

 

Maintenant encore, elle ne peut s’empêcher de manifester sa tendresse envers tout son entourage à la moindre occasion, avec des yeux brillants d’émotion, un sourire attendri et une spontanéité qu’elle ne peut s’empêcher de manifester en un geste de chaleureuse affection.

 

Cette aura de bonheur dont elle tentera toujours de s’environner, elle tournera à l’obsession jusqu’à vouloir la forcer chez ceux qui en ont le plus besoin : les déprimés, ceux que la vie fragilise et qui ne voient le bonheur que comme une très lointaine étoile.

 

Brillante infirmière psychiatrique, elle encourage, elle crée le meilleur environnement affectif en prodiguant son merveilleux sourire à ceux qui s’enfoncent dans le désespoir, mais surtout avec la douce, chaude et tendre lumière de ses yeux en prélude à ce bonheur qu’ils cherchent sans grand espoir….

 

C’est bien cela qu’elles nous ont apporté nos deux petits pinsons d’orient : le carillon du rire de l’une, pur comme celui des cordes de harpe et le tendre regard de l’autre, doux comme le velours d’un pétale de rose :

 

Une perle de rosée au bord d’une fleur

C’est une clochette de printemps,

Une mésange au bout d’une branche

C’est le ciel qui s’y penche.

 

Une petite fille qui tend les bras

Au cou de son papa

C’est l’azur qui environne

Et le soleil qui ronronne.

 

C’est la perle de rosée

Au bord de ses yeux.

C’est la mésange

Qui chante en son cœur.

 

Sa petite sœur au rire de cristal,

Qui cascade de cœur en cœur,

C’est le chant des sources

Et la fraîcheur des matins clairs.

 

C’est la perle de rosée

Qui s’éclaire des feux du jour,

C’est la mésange

Qui palpite

En son écrin de vert velours.

 

 

Un prince charmant sommeillait en son cœur. Elle l’avait toujours regardé de loin, de très loin parce qu’il était grand, très grand, presque dans les étoiles pour une si petite fille….

 

Elle en avait toujours rêvé….de ce copain de son frère qui la regardait parfois avec un grand, éclatant mais doux sourire et des étincelles malicieuses dans les yeux….

 

Ce qui devait arriver, arriva…. la petite fille devint une jeune et mignonne femme….et le prince charmant s’éprit d’elle….

 

Ils s’épousèrent par un des plus beaux jours de printemps. Le soleil était si heureux qu’il en inondait le ciel si fort que le bleu n’en était que plus bleu….et les arbres plus verts….et les fleurs plus fleurs….

 

Dans ce conte de fées (vrai), il y avait une jolie maisonnette tapie dans les bois et des grands hêtres…. Le frère et son ami en avaient fait un merveilleux havre d’accueil pour ceux qui allaient célébrer une union avec toute la ferveur d’un jour éclatant le bonheur….

 

C’est avec émotion que j’en revis encore les premiers moments dans l’environnement somptueux des grands hêtres…. :

 

Nous nous étions assis avec les invités sur la terrasse qui bordait la maison et goûtions la fraîcheur des frondaisons que trouait de pinceaux d’or un soleil en fête…

 

Un écureuil, après avoir rangé ses petits, nous lorgnait de temps à autre, en passant le bout du nez hors du creux où il nichait…

 

Un peu plus loin, dans un espace en clairière, cachée aux yeux de tous, une calèche attelée de deux gros chevaux attendait avec un cocher en redingote coiffé d’un haut de forme (c’était une surprise du marié à tout le monde).

 

La future mariée s’était préparée et nous apparut radieuse de soie blanche et coiffée d’une ravissante capeline….. son visage, sous la voilette, était lumineux et ses yeux légèrement embrumés d’émotion semblait atteindre la plénitude du bonheur suprême…..

 

Vinrent alors, pour moi, des instants parmi les plus précieux de mon existence :

 

La calèche apparut sous les applaudissements d’un entourage surpris et ravi, visiblement gagné par le romantisme féerique de la situation dans ce cadre idyllique, vibrant de lumières qui se jouaient d’ombres tendres ….

 

La maison de mon fils Benoit se situe dans un bois de haute futaie qui s’étend pas très loin de la petite ville de Wavre où devait se dérouler la cérémonie religieuse du mariage.

 

Ce fut donc dans ce décor de feuillage et de grands arbres que je connus des moments de bonheur qui se sont gravés profondément dans mon souvenir et que je me rappelle avec délice….

 

Je devais conduire la future mariée devant l’autel, comme c’est la tradition, on m’invita donc à prendre place dans le véhicule avec ma fille.

 

Vinrent alors ces moments précieux que je veux distiller lentement pour mieux en communiquer toute la valeur.

 

Le parfum de subtile fraîcheur des hêtres qui s’éveillent, se mêlait à la tendre tiédeur de l’humus des chemins encore chauds de la douceur d’une belle nuit de printemps.

 

J’entends le pas des chevaux qui frappe sourdement la terre battue, le grelot des colliers, une fauvette qui chante…, un merle qui siffle….

 

Mes yeux caressent le dos rond et luisant du vieux cocher, les ombres feuillues qui s’inclinent et nous saluent,… les bribes de soleil qui lutinent les branches,… et nos visages… et nos cœurs….

 

Mais surtout, il y a cette petite main de ma fille qui est posée sur mon bras et qui tremble le bonheur, il y a sa tiède présence contre moi dans le berceau de la calèche qui sublime plus encore des instants inoubliables.

 

Il y a aussi ces passants qui nous acclament quand nous traversons la petite ville au petit trop de nos chevaux… et cette place devant l’église que nous contournons dans la foule de nos amis, ravis de la poésie du moment.

 

Dans l’église qui rayonnait de tous ses vitraux ensoleillés, je confiai ma fille à son beau prince qui s’avança avec elle vers l’autel où ils allaient sacramentellement unir pour la vie leur couple merveilleux.

 

Nous avons fêté cela ensuite dans un endroit pittoresque à souhait  : un ancien moulin à eau aménagé en salles de banquet avec l’originalité de sa conception fonctionnelle transformée en plateaux d’accueil.

 

Le temps magnifique permit une réception chatoyante dans la propriété qui entourait le moulin avec quelques musiciens de jazz pour agrémenter la fête.

 

Au dessert, je me suis autorisé à sortir quelques vers dithyrambiques pour mieux encore magnifier une journée qui fut exceptionnelle aux yeux de beaucoup :

 

C’était un bel oiseau

Qui s’en venait du ciel.

Ses yeux étaient très beaux

Son teint était de miel.

 

Béatrice pour nom,

En joie comme un pinson,

Calmant de son sourire

Ceux qui craignaient le pire.

 

Tu es petit amour

Un rayon de soleil

Qui bercera toujours

Nos rêves et nos éveils.

 

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Un très grand et beau prince,

Un jour, vint à passer

A ses pieds s’est jeté,

Tremblant qu’on ne l’évince.

 

Philippe est bien son nom.

Il est fort comme atlas,

Franc, généreux et bon.

Mais qu’il a de la classe !

 

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Est-il un plus beau havre

Que ce grand nid à Wavre

Pour de beaux oisillons

Qui bien s’y blottiront ?

 

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