27.d - Le rival des aigles qui ne rêve que de sommets périlleux.

Ch. 27 d - Le rival des aigles.

 

Un fils, c’est l’orgueil et le prolongement des pères, la fierté et l’adoration des mères. Nous en avons eu deux, tellement différents : autant l’un est méthodique, scientifique et ordonné, autant l’autre est fantaisiste, poète et farfelu….

 

Mais ce qu’ils ont en commun c’est la passion de la découverte, des voyages, de l’exotisme et…de l’informatique…

 

Benoit, le plus jeune des deux, est un passionné de ciels, un optimiste au cœur d’or, qui aime aider, secourir….sauver….

 

C’est ainsi qu’il a pu trouver dans son métier « agent des services d’urgence » où sont regroupées toutes les fonctions autrefois attribuées aux pompiers et ambulanciers, l’occasion de laisser éclater ses qualités altruistes, son goût du risque et de l’aventure, son horreur de la vie rangée…pantouflarde…

 

Ce fut toujours l’oiseau qu’il fallait remettre dans le nid parce qu’il s’en échappait…. à tel point que sa mère l’aurait bien attaché à sa jambe…

 

Ses études en pâtirent, bien sûr, mais comme moi, il compensera par un autodidactisme persévérant.

 

Il s’éclatera dans le scoutisme en devenant un chef de troupe très actif, entreprenant jusqu’à spécialiser ses garçons dans la spéléologie et l’alpinisme.

 

C’était dangereux et risqué, mais il était attentif et prudent. Il pratiquait ces disciplines avec son assistant et ami qui sera un fidèle compagnon le suivant partout et toujours y compris dans son métier.

 

C’est avec lui qu’il créa une école de parapente, sport de montagne qui balbutiait doucement en Belgique et qui consistait à s’élever d’une hauteur soutenu par une sorte de parachute dirigeable pour s’envoler bien haut, bien loin et parfois longtemps en profitant des courants aériens.

 

Ce sport d’altitude, finalement peu coûteux, connaissait un essor fantastique dans les stations de haute montagne où nos deux compères se rendaient souvent pour y pratiquer l’alpinisme. Ce goût des grands espaces lui était venu pendant son service militaire aux para-commandos.

 

C’est ainsi que devenus des fanatiques de cette activité nouvelle, ils rêvèrent de la pratiquer en Belgique, à partir de quelques crêtes dans le Namurois ou encore grâce à un moteur d’automobile enroulant un long câble qui les lançait dans les airs tout en les décrochant de l’engin.

 

A cette époque, Benoit avait entrepris avec mon épouse un commerce de meubles et d’objets anciens provenant de Corée que notre amie, Agnès, retournée dans son pays et qui y avait créé l’activité commerciale d’exportation de ces articles, lui procurait à de bonnes conditions.

 

Nous lui avions fourni les fonds nécessaires au développement de cette activité qui démarra sur les chapeaux de roue : cet article était nouveau en Belgique.

 

Deux ans avant, notre amie, toujours elle, avait trouvé un boulot de professeur de français à Séoul pour notre fils, Patrick, qui se passionna pour l’histoire et les vieilles choses du pays.

 

Benoit qui s’était mis dans la tête le projet de créer un commerce d’articles de sport et une école de parapente avec son fidèle ami chef-scout, lui proposa de revenir en Belgique pour y continuer l’activité qu’il avait lancée avec sa mère.

 

C’est ainsi que nous l’avons aidé financièrement et administrativement à lancer une seconde activité. Malheureusement, l’affaire ne parvint jamais à décoller valablement et nous fûmes contraints de la liquider.

 

Fou de ciel et d’espace, Benoit ira retrouver à Bagnères-de-Luchon ses amis pyrénéens et les hauteurs de Superbagnères d’où il s’enivrera d’espace et de grandeur dans un cadre de hautes montagnes, parmi les plus beaux du monde.

 

Moniteur de parapente, il y restera sept ans, parfaitement intégré au milieu pourtant très fermé des Pyrénéens jusqu’à prendre leurs habitudes, leur accent et leur béret.

 

Il s’y découvrira une nouvelle passion, la sculpture et le modelage.

 

Nous l’y avons retrouvé quelquefois dans sa petite maison au charme si typique et à la décoration intérieure originale propre à son caractère artiste.

 

Il nous parlait alors de sa passion pour la région et nous emmenait en pensée avec son parapente, le long des gorges et des flancs montagneux, au-dessus de vallées lilliputiennes, dans le scintillement des sommets à la blancheur éternelle….

 

Il nous disait aussi le bonheur des sentes et des pinèdes, la récolte des cèpes et des bolets, la pèche aux écrevisses dans les torrents de montagne, le guet aux ours (il n’y en a plus que quelques-uns), si secrets dans des hauteurs désertées par les hommes, le frisson du pressentiment de leur présence à quelques pas dans la nuit et l’angoisse de leurs grognements furieux…..

 

Il y avait surtout le récit de cet enivrement de l’espace dans ce cadre sublime qu’il savait si bien nous faire partager….

 

Pendu à ses lèvres, nous l’écoutions et revivions avec lui la grandeur de certaines situations et avons participé intensément à la plus belle histoire de sa vie…. il nous la conta, un soir, avec une flamme que je ne lui connaissais pas dans les yeux.

 

Il voguait suspendu à son bel engin qui gonflait les plis de sa voile du vent permanent des hautes altitudes.

 

Dans ce silence unique fait du vide de l’esprit et de la mystique d’un souffle venu d’ailleurs, il planait lentement au-dessus de cimes blanches, de pics ocre, de flancs brûlants de soleil, de vallées lointaines que coiffaient quelques nuages de neige fouettée…

 

Ce fut alors que vint se joindre à lui…. un aigle…. le plus grand, le plus royal, le plus beau de tous les aigles, celui que ses yeux magnifieront toujours….

Le cou tendu, le bec en éperon, l’œil aigu, il planait comme lui, porté par un souffle permanent d’altitude….

 

Ils volèrent longtemps ainsi, de concert, lentement,… majestueusement, virant de l’aile, prenant de la hauteur, glissant en enivrants méandres ou lentes plongées…. tandis que le vent leur caressait sublimement le ventre….

 

Le rapace orgueilleux l’avait respecté… et lui faisait une escorte royale… il finit par plonger vers une imperceptible proie que seul son oeil avait pu découvrir…..

 

Dans le poème qui va suivre, je n’ai pu m’empêcher de chanter le grand oiseau des cimes que ce fils sera toujours pour moi, ivre d’espace et de grandeur …..

 

Le grand oiseau des cimes

Que de lents ciels animent

Défiait les nuages

Qui peuplaient ses mers sages.

 

Toutes ailes étendues,

Il survolait les nues

En s'enivrant du vent

Qui gonflait ses évents.

 

Le grand oiseau des cimes

Caressera l’argile,

Choisira ses pinceaux,

Pour provoquer l’abîme

Que violent ses vaisseaux

 

Le grand oiseau des cimes

Retrouvera l’abîme

Pour poser ses bateaux

Et s’étourdir de rêves

De grands mats et de grèves.

 

Benoit goûtait à tout, insatiable, à la recherche de sensations, aussi l’immensité de la mer et le romantisme du bateau à voile ne pouvaient que l’attirer, c’est ainsi qu’il fit partie d’un équipage de catamaran dans les mers du sud.

 

Il entreprit le tour du monde en V.T.T. (vélo tous terrains), traversera le Canada pour longer toute la côte de l’Amérique du Nord et s’embarquera avec son vélo pour la Nouvelle Zélande et la Nouvelle Calédonie…

 

Il allait s’enfoncer dans l’incroyable Australie quand nous le rappelâmes pour répondre à une convocation de la Ville de Bruxelles qui l’invitait à commencer une carrière d’agent de ses services d’urgence qui assurent maintenant les charges autrefois dévolues aux pompiers et ambulanciers.

 

Il en avait réussi autrefois les examens, bien classé, et n’avait été écarté de la sélection que pour des raisons d’appartenance linguistique qu’un recours au conseil d’Etat avait permis finalement d’annuler.

 

S’investissant à fond dans un métier qui lui convenait à merveille, il pourra mettre en valeur les qualités naturelles qui font la richesse de sa personnalité : altruisme, dévouement, dynamisme, audace, goût du danger, performances athlétiques….et les connaissances que lui avaient apportées l’obtention et la pratique de son brevet officiel de secouriste….

 

Casse-cou éternel, il utilisera les nombreux jours de récupération (deux jours pour vingt-quatre heures de travail continu selon la règle de ce métier) pour exercer un boulot complémentaire d’élagueur où il met à profit ses qualités d’escaladeur.

 

Passionné de moto, il s’entend comme larron en foire avec son cousin Bruno (mon filleul, aussi amateur de sensations fortes que lui) pour effectuer de longs voyages ou randonnées.

 

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