29.9n - Nos moyens sensoriels : L'ouïe.

Après l'odorat qui est une fonction permettant de décoder les messages olfactifs qui sont émis par presque tous les corps, avec des longueurs d'onde particulières pour chacun, nous allons nous interroger sur une autre faculté dont nous disposons qui est celle de percevoir par l’ouïe les sons émis par la friction interne ou externe de presque tous les corps en mouvement, produisant des ondes sonores dans leur milieu aérien ou marin … Arrivés à un certain degré de leur évolution, la plupart des êtres vivants sont dotés de moyens propres à l’émission de sons … qui seront perçus par le système auditif de l’entourage qui peut les « entendre » ou les «écouter » …

L’ouïe est la faculté la plus importante de l’être humain qui a atteint le degré de civilisation le plus avancé … En effet, c’est l’ouïe qui a permis, dans les premiers temps de son histoire, à l’homme de s’appeler ou s’interpeler… et d’accompagner ses gestes de sons pour accentuer et préciser ses messages … Un vocabulaire se mit en place pour suppléer à la pauvreté des gestes … L’organe vocal se perfectionna pour affiner la production des sons, jusqu’à en arriver à la virtuosité des grands chanteurs et cantatrices qui réalisent, dans le domaine, des prouesses vocales étonnantes …

Cette nécessité de communiquer provoqua chez l’humain une mutation importante de son pharynx et de son larynx qui s’adaptèrent aux exigences d’une locution rapide et performante pour produire ce que nous nommons la parole … De rudimentaire, celle-ci devint d’autant plus évoluée que l’intelligence se développa et que des concepts immatériels se créèrent pour préciser ce que l’imagination et la fantaisie de certains trouvaient.

Le stade suivant s’imposait de lui-même : l’écriture et ses supports … L’homo évolué s’ingénia à créer des signes qu’il gravait sur des pierres plates et sur les supports (parchemins ou papyrus) faits de peaux de bêtes, écorces d’arbres, planchettes de bois, … les signes étant gravés ou brûlés, … jusqu’à l’invention de la pâte à papier par les Chinois en l’an 8 avant J-C, fabriquée à partir de fibres végétales désintégrées dans de l’eau et mise à sécher sur des claires-voies … La première forme d’écriture connue fut la cunéiforme (coins dans de l’argile produits avec un roseau ou bâtonnet taillé pour former des signes) de l’Empire Sumérien (3300 avant J-C) … Avant cela des traces significatives de foyers de civilisation agricole ou de développement urbain furent découvertes, datant d’environ 5300 ans avant J-C, qui utilisaient des sortes de sceaux personnels pressés sur de la glaise comme attestation de la valeur d’un échange … Les tracés relevés dans les grottes attestent aussi d’une première forme, sans doute incantatoire, de manifestations « écrites » des premiers humanoïdes …

L’écriture idéographique et alphabétique et le livre manuscrit, ensuite imprimé, s’imposa jusqu’à nos jours qui verra l’explosion des moyens informatiques de transmission des donnée, ouvrant de larges horizons à la divulgation des connaissances humaines … Certains auteurs prétendent que le langage est une fonction naturelle développée par l’homme, alors que l’écriture n’est qu’aléatoire et forcée par l’éducation scolaire, contrariant son épanouissement naturel … Il est possible qu’avec leur développement foudroyant, les tablettes informatiques tactiles supplanteront, dans le futur, l’écriture alourdie par ses contraintes grammaticales et orthographiques ; … des signes courts empruntés à la géométrie permettant des constructions sophistiquées remplaçeraient l’imprécision des mots, construits conventionnellement à partir d’un alphabet ou d’idéogrammes …

La parole et le chant résultent de modulations de sons qui expriment des pensées ou des accords mélodieux que le cerveau émet et traduit soit en concepts cohérents d’idées … soit en constructions mélodiques propres à procurer une sensation de plaisir cérébral … En musique, l’homme a inventé des instruments performants qui produisent une gamme étendue de sons que les membres d’un orchestre combineront pour créer des œuvres phoniques remarquablement mélodieuses … La finesse d’audition pour l’oreille attentive et éduquée est telle qu’elle en percevra toutes les nuances … quelles que soient l’importance et le nombres d’instruments mis en œuvre …

Le son peut être dérangeant ou harmonieux … S’il est harmonieux (musique ou produit, dans certains cas, par la nature ou l’homme) il fera partie des plaisirs de la vie … et procurera au subconscient des sentiments de bien-être et de jouissances … Par contre, si le bruit provient surtout de vibrations sonores dérangeantes : il sera court et intense (déflagration, détonation, explosion) ; fort et prolongé (fracas, hurlement, vocifération) de groupe (boucan, brouhaha, chahut, tapage) … ou aussi particulier à l’émetteur (clapotage, crépitation, babil, pépiement, ronronnement, souffle, cri, gémissement, grognement, ronflement …)

L’échelle des bruits se mesure en décibels (dB) (mesure du son, le bel –de son inventeur Alexandre Graham Bell – exprime la puissance du son), ainsi le son inaudible par l’homme et audible par certains animaux mesure -10 dB ; dans le laboratoire d’acoustique, il est de 0 dB ; dans une conversation à voix basse à 1,50 m., il mesure 25 dB ; en chambre à coucher silencieuse 30 dB ; en appartement normal 45 dB ; en conversation normale 60 dB ; dans une rue à gros trafic 70 dB ; avec un aspirateur 75 dB ; les aboiements d’un chien seront de 80 dB ; avec la tondeuse à gazon à essence de 90 dB ; quant au niveau sonore maximal autorisé dans les discothèques, il est de 105 dB ; enfin au haut de l’échelle, il atteindra les 120 dB à quelques mètres d’un réacteur d’avion et … dans un concert de rock en plein air, on atteindra aussi les 120 dB … (sic)

Notre époque connaît l’obsession du bruit, … nouveau mal, qui n’affectait, de mon temps, que les déséquilibrés … Maintenant, on parle de « nuisances sonores » … tout le monde en souffre,  Pourtant, la plupart, surtout les jeunes, oreillettes vissées au tympan, se bourrent la tête de sons démentiels … les décibels les plus élevés sont l’apanage privilégié des concerts de rock … atteignant le même niveau de bruit que les réacteurs d’avion ! … (Voir plus haut l’échelle des bruits)

J’ai passé la plus grosse partie de mon existence dans un bureau voisin du « hall moteur » d’un centre de recherches qui y testait la qualité des huiles lubrifiant les pistons des moteurs … Ces « moteurs au banc », couplés à un frein-moteur électrique étaient programmés pour subir les contraintes les plus extrêmes et les plus variées … Je ne vous décris pas le « hurlement » brutal sorti de temps à autres par ces engins … avec, en permanence, un bruit de fond lancinant mais bruyant du « bof-bof-bof » des moteurs diesels, eux aussi de temps en temps en transe … On ne s'en plaignait pourtant pas alors (1956 à 1975), ... ça faisait partie des aléas du métier… Je n’ai pas connaissance de problèmes médicaux dont aurait souffert le personnel … Chef du personnel, j’étais pourtant bien placé pour recevoir les plaintes … Par la suite, plus tard en 1975, avec la pression des comités de sécurité et hygiène, les installations furent pourvues de hall insonorisés pour les techniciens de surveillance … mais ne changeait pas grand-chose aux nuisances sonores des autres …

Comme en tout, il faut mesure garder … Loin de moi de critiquer ceux qui en souffrent, et ils sont de plus en plus nombreux La meilleure solution et la plus efficace est d’arriver à une maîtrise du subconscient qui est, ici surtout, en cause … en y introduisant un réflexe de défense éliminant les sources d’inconfort psychique … (c’est une faculté que j’exploite personnellement au quotidien) … L’exercice est difficile, quand l’obsession s’est installée, mais il vaut la peine d’être tenté avec patience et obstination … Nous vivons une époque de « bien-être » dans laquelle nous n’acceptons plus les inconforts et les nuisances d’où qu’elles viennent en perdant de vue l’adage connu : « La liberté de chacun s’arrête où commence la liberté des autres » … concept indispensable dans une vie en communs ...

L’acoustique est une branche de la physique qui étudie les sons et les ondes mécaniques … Les ondes sonores se propagent à partir de « l’émetteur » qui les produit, … et se propagent suivant la disposition des corps qu’ils rencontrent … Depuis l’antiquité, les hommes cherchant à atteindre le plus grand nombre « d’auditeurs » ont créé des lieux favorables à la propagation des sons … Ainsi l’acoustique du théâtre d’Épidaure en Grèce est renommé pour la qualité de son acoustique … Le moindre son (chuchotement, chute d’une pièce de monnaie, allumette craquée) produit au centre de la scène , situé à 58 mètres des derniers gradins, à une hauteur de 22,50 mètres, se propage jusqu’aux rangées supérieures … Empirique dans le passé, elle est devenue une science approfondie de l’étude des sons et des ondes mécaniques par des spécialistes qui font appel, entre autres, aux phénomènes ondulatoires (étude des ondes) et à la mécanique vibratoire …

La phonation est la production de sons ou « phones » propre à la langue parlée … L’homme produit un son en chassant l’air dans son conduit vocal … le canal vocal s’étend de la glotte jusqu’aux lèvres et aux narines … Le souffle pulmonaire traverse ce canal et peut emprunter trois conduits provenant soit de la cavité gutturale, soit de la cavité buccale ou de la cavité nasale … Si le voile du palais se relève et ferme l’accès aux fosses nasales, il est alors gutturo-buccal (gosier et bouche) et s’il s’abaisse, empêchant l’expiration par la bouche, le canal vocal est gutturo-nasal … Le souffle sonore qui est produit résonne dans le canal vocal qu’il a emprunté et se charge d’harmonique (son musical) qui permet aux chanteurs d’affiner la qualité harmonieuse des sons produits en utilisant toutes les possibilités de les moduler que le système respiratoire lui fournit en se servant de la bouche, de la langue, des joues, du nez , de la gorge et des poumons …

Quant à la linguistique, elle se consacre à l’étude du langage humain … Elle se distingue de la grammaire qui se charge des normes de fonctionnement d’une langue, tandis que la linguistique se charge de différents domaines tels : la phonétique (étude des sons) ; la phonologie (étude de l’organisation des mots) ; la morphologie linguistique (étudie la structure interne des mots) ; la syntaxe (étudie comment les mots se combinent pour former des phrases) la sémantique (étudie le sens des mots et des énoncés) ; la stylistique (étudie le style d’un énoncé par rapport à des normes ; la pragmatique (étudie les énoncés pour la clarté des actes officiels) ; enfin la cohérence du langage naturel (étudie les facteurs de cohérence dans le langage naturel) …

En dehors de ses différentes techniques, il faut mentionner aussi : La linguistique synchronique (décrit une langue au présent) ; la linguistique diachronique (évolution d’une langue au cours du temps) particulière à un parler local (étude des langues) ; l’appliquée (relation avec d’autres domaines (didactique, pathologie, dictionnairique, reconnaissance vocale …) ; de communautés linguistiques (argot, parler local …) …

En ce qui concerne les relations de la parole avec l’écritureil faut constater que si la parole est universelle, l’écriture ne l’est pas … l’apprentissage d’une langue parlée est bien plus aisée et rapide que celui de la langue écrite … et nombre de scientifiques des sciences cognitives pensent qu’il existe dans le cerveau un module de langage qu’il n’est possible de connaître qu’à travers la langue parlée …

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Pour terminer, voici quelques phrases d’auteurs célèbres qui n’ont pas manqué de tenir des propos sur cette faculté de l’ouïe que nous percevons par les oreilles, pour recevoir le langage, ce support de la pensée humaine :

J'ai ouï dire qu’il y a des choses qui entrent par une oreille et qui en sortent par l’autre. Je n’ai jamais vu rien entrer par une oreille et encore moins en sortir. (Raymond Devos)

Je parle au cœur plus qu’à l’oreille. C’est ce qui explique mon succès. Car tout le monde à un cœur, et tout le monde n’a pas d’oreille. (Marcel Achard)

Il m’est arrivé de prêter l’oreille à un sourd. Il n’entendait pas mieux. (Raymond Devos)

Ventre affamé n’a point d’oreilles. (Jean de La Fontaine)

Le danseur n’a-t-il pas ses oreilles dans ses orteils ! (Friedrich Nietzsche)

Les mots ne sont que des mots, et je n’ai jamais ouï dire que dans un cœur meurtri on pénétrât par l’oreille … (William Shakespeare)

Je lui fermai la bouche d’un baiser derrière l’oreille. (Alphonse Allais)

Si cela entre par une oreille et que cela sort aussitôt par l’autre, c’est que, entre les deux, il n’y a rien pour le retenir. (Georges Feydeau)

Orthographe. La science qui épelle avec l’œil à la place de l’oreille. Défendue avec plus de chaleur que de lumière par quelques échappés d’asiles. (Ambrose Bierce)

Un baiser, qu’est-ce ? Un serment fait d’un peu plus près, un aveu qui veut se confirmer, un point rose qu’on met sur l’i du verbe aimer ; c’est un secret qui prend la bouche pour oreille. (Edmond Rostand)

L’aveugle vous regarde de toutes ses oreilles. (Gilbert Cesbron)

Le véritable mélomane est celui qui colle son oreille à la serrure d’une salle de bains afin d’entendre une femme chanter. (Pierre Doris)

Quatre-vingt ans ! Plus d’yeux, plus d’oreilles, plus de dents ; plus de jambes, plus de souffle ! Et c’est étonnant somme toute comme on arrive à s’en passer. (Paul Claudel)

Il faudrait savoir écouter la louange avec l’oreille d’un ennemi. (Jean Rostand)

Le jour a des yeux, la nuit a des oreilles. (Proverbe persan)

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