&95v Poésie/Rome et Florence

12/03/2016

0Z.19 Rome et Florence

George était mon modèle et mon maître. … Idéaliste, il m’entraînait dans des projets démesurés, … Audacieux jusqu’à l’inconscience, il consacra toute sa vie à s’occuper de jeunes malades ou infirmes, négligeant le portefeuille d’assurances qu’il constituait et faisait vivre sa famille nombreuse.

Dans les billets précédents, j’ai relaté notre existence d’exclu en sanatorium. … En 1947, nous avons réalisé le rêve que nous avions imaginé dans nos chaises-longues de malade … Aller à Rome, la ville de notre civilisation et de notre histoire de chrétien. …

A force d’y penser, nous avons voulu le réaliser et nous projetâmes de réaliser le voyage, dès que nous aurions l’autorisation de rentrer en Belgique. …

Pour réaliser cette aventure au sortir de la guerre, nous n’avions que de petits moyens, chacun un billet de mille francs, demi salaire d’un petit employé de l’époque…. Nous comptions profiter du change des francs suisses en lires et des achats « en noir » à des ambulants. …

Notre escapade dura un mois, tellement nos tirâmes sur toutes « les ficelles ». … Notre uniforme de scout nous permettait de trouver à loger dans des locaux de réunions sur des paillasses de paille. …

Nous nous promenâmes sur le fameux toit du Duomo de Milan. … Nous restâmes une semaine à Florence, ce qui nous permis de nous émerveiller de ce joyau de l’histoire et de son fameux musée de peinture et de sculpture. …

Cette ville restera gravée dans nos souvenirs, tellement nous fûmes émus et impressionnés par ce joyau grandiose et sublime de notre civilisation que nous avons parcouru le cœur serré d’émotion. …

Le souffle coupé, nous avons religieusement visité ces œuvres du génie et de la création artistique humaine : le Baptistère de Saint Jean Baptiste, la cathédrale Santa Maria del fiore, le campanile de Giotto, la loge du Bigallo et l’églises Sainte Marie Nouvelle, la Galerie des offices, le Vieux pont, le musée Saint Marc, l’église de l’Annonciation, le palais Pitti, la Galerie Palatine et les jardins de Boboli,   pour ne citer que les plus importants lieux d’art et d’histoire. …

Cependant, c'était surtout Rome que nous voulions atteindre, la ville des contrastes, la ville de notre histoire, la ville-berceau de notre civilisation, la ville tourmentée de son humanité trouble faite de vices et vertus... Rome que nous voulions respirer et que nous voulions aimer ou haïr tout à la fois.

Rome, dans nos fièvres,
Ville de nos cieux,
Cœur au bord des lèvres,
Fièvre dans nos yeux.

Nous tenons ton âme
Captive de ton feu.
Ta louve se couche
Sur ton marbre blanc.

Ta ville est de sang,
Ta ville est de joie,
Ta ville est de meurtre,
Ta ville est de rire.

Ton cœur est de crimes.
Ton cœur est de saints.
Ton cœur est de papes
Et de martyrs et de bourreaux.

Rome, perfide Rome,
Aux relents d'arènes,
De Titus et Néron,
D'Octave et Cléopâtre,
De Lucrèce, la diablesse
Et des Borgia goutteux.

Rome, grande Rome,
D'Auguste et César,
De Pierre et Paul,
De Michel-Ange et Botticelli,
Rome des belles martyres
Qui s'offrent à leur Dieu
Dans des arènes brûlantes
Du sang et du cri
Des agneaux saignés.

C’est intentionnellement que je donne à la publication de mes poèmes un ordre d’importance dicté par mon ambition de communiquer l’émotion que je ressens au souvenir des moments sublimes de ce voyage. …

Dans le même esprit, voici celui qui contribua à l’évolution de ma sexualité étouffée par mon éducation …

J'ai caressé tes cheveux roux,
J'ai mis mon front sur ton cœur
Et affolé de nacre
J'ai baisé tes genoux.

Pensant t'y trouver.
J'ai remué toute la terre,
En secret, jamais apaisé.
J'ai craché sur mes yeux ;
J'avais des mains de sorcière
Qui ne pouvaient plus te toucher
Et j'ai pleuré de rage.

J'ai arraché ton voile
Pour mieux te regarder,
Mais j'ai pleuré de rage