Agnès, la Corée du Sud - le pays du matin calme - L''île de Jeju - La récolte des algues -

{23} Agnès, notre amie coréenne, celle que nous appelions « notre petite sœur », faisait partie de la fête du mariage, sans son époux qui n’avait pu se libérer d’un déplacement professionnel important.

 

Après notre périple japonais nous la retrouverons à Séoul avec sa famille, pour une semaine qui nous permit d’apprécier, dans un dépaysement total, le gigantisme de cette ville de vingt millions d’habitants, fort éprouvée par la guerre des deux Corées de 1950 à 1953 et qui fut entièrement reconstruite.

 

Nos amis nous accueillirent royalement et nous firent découvrir le charme d’une ville qui, malgré son expansion démentielle, s’est efforcée de laisser transparaître les qualités essentielles de l’âme coréenne la chaleur de l’accueil et la douceur pacifique d’un peuple qui fut toujours brimé par son voisin, le japonais conquérant.

 

Cette gentillesse de nos amis nous a toujours séduits et notre amitié s’est affinée de sentiments si précieux qu’ils sont devenus primordiaux dans nos existences.

 

Les cinq années que nous vécûmes ensemble marqueront nos âmes d’une empreinte de chaleureuse affection et de grand bonheur, davantage encore ressenti lorsque nous nous retrouvions à la campagne ou chez nous à Bruxelles pour de grandes fêtes familiales et lors de voyages entrepris ensemble comme la visite des châteaux de la Loire.

 

Il restera de ces souvenirs le sentiment d’un souci de communication chaleureuse entre deux sensibilités, l’occidentale qui s’enorgueillissait de son passé et l’orientale qui le découvraitC’était particulièrement riche pour tous, les adultes comme les enfants qui resteront marqués par cet échange éclectique entre deux civilisations.

 

C’était dans le même esprit que, quelques jours auparavant, nous avions découvert le Japon et pénétré, en l’appréciant, la sensibilité d’une race que les conflits de nos histoires avaient rendus rébarbatifs et inamicaux ; il faut aussi avouer que la Corée, victime et plus latine, nous était affectivement plus proche.

 

{24} Au soir, nos amis nous ont invités dans le meilleur restaurant de Séoul, nous y avons dégusté les mets occidentaux les plus fins … dans le cadre luxueux d’un établissement qui pourrait rivaliser avec les meilleurs de nos grandes capitales … On se serait cru dans une grande artère de Paris … Comme quoi notre culture s’implante jusque dans le luxe.

 

{25} Agnès nous fit visiter les musées nationaux, afin de nous imprégner davantage d’une culture que nous ne demandions qu’à découvrir et qui nous fut intelligemment décrite et commentée par notre amie, très avertie en histoire de son pays par ses études universitaires et son métier d’antiquaire.

 

{26} Nous toucherons également au folklore et à l’art culinaire coréen, contrastant étonnamment avec ce que nous venions d’apprécier au Japon.

 

Si le raffinement de la cuisine japonaise réside dans l’originalité de la présentation monochrome où le poisson qui est la nourriture essentielle du pays domine, celle de la Corée sera très riche de la couleur de nombreux légumes presque crus finement taillés et artistement présentés accompagnés du très fameux kimchi (préparation condimentaire de mets divers et de légumes dans des couches de « pili-pili » et mûrie dans des pots de terre enterrés).

 

Quand elle était en Belgique, notre amie campait à la cuisine d’où elle ne sortait plus, pour nous présenter une variété incroyable et succulente de plats colorés, agrémentés de kimchi et arrosés de vin rosé ou soju (vin coréen équivalent du saké).

 

Pendant notre séjour, nous serons surtout impressionnés par l’originalité et le pittoresque d’un repas gastronomique végétarien pris dans un silence monacal pendant que des musiciens aux instruments anciens envoûtaient la salle d’une mélodie étrange, mais d’une délicatesse extrême.

 

Pratiquée dans le silence, c'est un rite et une religion officiée tant dans la finesse et le raffinement des plats, mettant en valeur toutes les nuances colorées et la beauté des mets végétariens, que par l’ambiance feutrée, méditative et sereine que répandaient le public et les musiciens. Nous en retirâmes un sentiment de grande détente qui vint à point nommé requinquer nos organismes fatigués.

 

{27} Cependant, nos amis nous réservaient l’apothéose : un séjour dans l’île de Jeju, située à quelques centaines de kilomètres de la Corée du Sud et qui bénéficie d’un climat que jalouseraient les îles paradisiaques du Pacifique.

 

Volcanique à outrance, cette terre coréenne est surprenante, tant par son ciel d’un bleu intense que par son sol noir-encre des matières que rejetèrent la centaine de volcans qui y émergèrent aux époques les plus reculées de la formation de notre planète.

 

Les autochtones proposent aux touristes des sortes de génies protecteurs qu’ils disposent partout pour contrer les mauvais esprits et grossièrement taillés dans la lave typiquement grêlée lors de son effusion incandescente.

 

Son climat paradisiaque l’a fait privilégier par les Coréens comme lieu idéal de vacances et de voyage de noces, aussi nos amis, en reconnaissance de l’accueil reçu quand ils étaient en Belgique, tenaient à nous offrir un séjour dans cette île merveilleuse.

 

Ils nous y avaient réservé une des plus belles chambres dans le meilleur des nombreux hôtels luxueux de l’endroit qui pouvaient rivaliser avec les plus importantes places touristiques du monde.

 

C’est dire les moments de détente ineffable que nous y connûmes dans la quiétude de l’environnement et dans le sentiment d’affection qui nous unissait à nos amis.

 

Michel était le géologue spécialiste de l’île, reconnu dans le monde entier comme la sommité dans l’étude d’un type de phénomène très important de glissements tectoniques qui ont laissé des failles profondes dans certaines structures volcaniques comme dans cette île et dont l’étude permet d’en retracer l’histoire.

 

Ces travaux ont d’ailleurs fait l’objet des thèses de doctorat que notre ami avait défendues à Bruxelles et Séoul.

 

Aussi quel voyage passionnant et hautement intéressant fut-il, celui que nous eûmes le grand avantage d’accomplir avec lui dans ces montagnes et ces volcans, remontant ainsi au plus loin dans l’histoire de notre planète !

 

Grâce à ses commentaires éclairés, nous nous émerveillâmes, dans un lieu mythique pour des profanes comme nous, de ces failles que le glissement des sols avait produites, révélant des strates aussi jolies que nous interpellant, témoins vieux de milliers voire de millions d’années, si présents devant nous que nous les caressions du doigt.

 

{28} Non loin de là, nous irons nous entretenir avec des plongeuses cueillant des algues pour kimpas, ce mets très décoratif, préparé par les Coréens comme par les Japonais, fourrés de riz, légumes et petits mets fins, pour être ensuite découpés en tronçons et disposés en pyramide sur un plat…  C’est très joli et délicieux, accompagné d’un mousseux.

 

Pendant deux jours nous écoutâmes ainsi notre ami, guide intarissable, patient pour notre incompétence, avec cette humilité charmante du vrai savant qui avoue son ignorance devant l’ampleur des problèmes.

 

Revenu en Belgique, nous aurons l’impression d’avoir quitté le pays depuis si longtemps et si loin qu’il nous semblait que nous avions changé de planète et que le temps s’était arrêté.

 

Nous ne pûmes nous empêcher d’éprouver ce regret nostalgique d’avoir laissé là-bas cette petite sœur qui allait reprendre sa vie de femme d’affaires qui exploite une usine de meubles d’une centaine de personnes dans une Chine inhumaine et déconcertante.

 

Attendris, nous aurions aimé une fois encore la prendre dans nos bras pour la soutenir, comme nous l’avions fait quand nous les avons découverts, un soir de Noël, elle et sa famille, adorables asiatiques désemparés, perdus dans une assemblée religieuse d’occidentaux arrogants.

 

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Elle venait de loin

Si loin qu’elle pensait

Que le ciel les avait égarés,

Abandonnés sans espoir.

 

Elle rêvait d’ibis

Brodés sur des robes blanches

Et de douces complaintes

Psalmodiées par des enfants ocre

 

Elle chantait au soir

La cantilène des kayagums

Quand son âme pleurait

La nostalgie des rizières.

 

Elle a trouvé une sœur

Qui lui donna son cœur

A la place des rizières,

Et du bleu des ibis,

Du chant long des rivières,

Du cœur d’or des iris.

 

 

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Le hasard a voulu qu'aujourd'hui, 31 août 2010, date de cette publication dans le blog du journal "la Libre", Agnès, "notre petite soeur corréenne" est parmi nous après avoir participé à la célébration du mariage de notre fils puiné, Benoit, avec une adorable personne. L'événement a eu lieu ce samedi et a donné lieu à de grandes festivités et réjouissances.  La cérémonie s'est déroulée selon le rite druidique-animiste dans la nature, sous les grands hêtres de sa propriété dans le même esprit que son frère le fit au Japon suivant la tradition religieuse du pays - naissance et mariage suivant le rite animiste et funérailles suivant le rite bouddhiste - devant un autel de fruits, produits de la nature et évocation des forces naturelles.

 

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