André Parent, soutien occidental de son frère et de sa soeur, partis dans l'Altiplano, pour aidés les exploités de Potosi en Bolivie))

Ô toi, damné de la terre

Aux horizons de galère,

Triste victime du sort,

Sans autre espoir que la mort.


Dans l'antre, tu te tapis,

Dos contre un mur, accroupi,

Pour un ciel dur de famine

Dans ce triste sort des mines.


Une longue faim t'étripe

A toi, tes enfants s'agrippent,

Avec ton épouse en pleurs

Du jour sans pain qui se meurt.


«Ô, damnés de la terre ».

 

{9} La famille Parent est connue pour son action en faveur des misérables de l'Aliplano en Bolivie qui besognent dans les tristement célèbres mines d'argent de Potosi.

Un de nos habitués nous mit en relation avec l'un de ceux-ci, professeur dans un institut de la région, afin d'organiser une séance avec projection d'un film sur l'action de son frère, missionnaire là-bas et de sa sœur, assistante bénévole, qui, tous deux, se dévouent à améliorer le sort des malheureux qui y survivent misérablement, détruit par la coca dont ils mâchent les feuilles pour tromper une faim qui les tenaille.

Le 30 mars 1984, notre salle, comble, accueillit donc un prolixe et enthousiaste conférencier qui exposa avec un rare talent les conditions de vie épouvantables et inhumaines de ces populations.

Bouleversés, nous l'écoutâmes décrire l'enfer des mines d'argent, quasi épuisées, difficilement rentables, à peine étançonnées, prêtes à s'effondrer, sans aération valable pour assainir une atmosphère irrespirable. Dans ces lieux dantesques, de pauvres diables risquaient leur peau et raccourcissaient leur vie pour quelques misérables Boliviano ou Bob (monnaie du pays depuis).

Les Espagnols avaient découvert, à leur arrivée au seizième siècle, ce métal précieux en abondance dans les montagnes de Potosi et en avaient organisé l'exploitation la plus rentable, forcément rudimentaire, mais dangereuse et insalubre.

Dès 1545, l'exploitation intensive de ces mines, poussa les envahisseurs à déporter et réduire à l'esclavage des millions d'êtres humains. A elles seules, les mines de Potosi firent périr de froid et d'épuisement, depuis le début de leur mise en valeur, près de six millions d' « indios ».

De tout temps, les peuples conquérants ou les classes dominantes assurèrent leur confort et leur richesse en asservissant la main-d'œuvre disponible qu'ils réduisait à l'état d'outils à rentabiliser pour une production maximale.

A ces époques d'esclavagisme social, la vie et la souffrance ne valaient pas plus que celles des animaux, le confort des dominants étant à ce prix.

Ce ne sera qu'à partir de la moitié du vingtième siècle que les nations qui se sont voulues civilisées, se donneront une morale d'égalité sociale en reconnaissant la valeur du travail pour n'en venir par la suite que très difficilement à l'égalité des sexes.

L'Altiplano est un ensemble de hautes plaines, situées entre 3.600 et 4.200 mètres sur les territoires de la Bolivie et de la Colombie, qui s'étendent sur 1000 kilomètres.

Froid et vents dominent, la température moyenne est en dessous de 10 à 12 degrés et les populations indiennes qui s'y sont établies, vivent misérablement de l'élevage de quelques bovins et moutons et de la culture d'un peu d'orge et de pommes de terre.

Les alentours du lac Titicaca, (le plus haut lac navigable du monde) bénéficient cependant d'un micro-climat clément dû à l'étendue d'eau. Ils seront d'ailleurs le berceau de la civilisation Tiwanaku ou Tiahuanaco (Xème - XIIIème siècle) qui fit partie de l'empire Inca jusqu'à la conquête espagnole en 1538.

La république de Bolivie compte 8.857.870 habitants (évaluation juillet 2005) sur une superficie de 1.098.581 km² (deux fois la France). Capitale administrative et politique : La Paz et constitutionnelle : Sucre.

Deux régions géographiques : l'occidentale traversée par deux cordillères qui bordent un vaste plateau (l'Altiplano) avec une altitude moyenne de 3.800 mètres et les villes de La Paz, Oruro et Potosi et, d'autre part, les plaines alluviales orientales au climat tropical qui couvrent l'autre moitié du territoire.

Elle était obligatoirement enseignée et utilisée en parallèle avec plus de 40 langues amérindiennes. La récente constitution de 1994 ne précise pas de langue officielle, et proclame dans trois articles le principe de non-discrimination, notamment dans l'emploi des langues.

Ainsi l'art. 6 reconnaît les droits de la personne sans distinction de race, de sexe, de langue, de religion, opinion politique ou autre caractère ethnique, origine, condition économique ou sociale... tandis que l'art. 116 impose au pouvoir judiciaire l'obligation d'assurer la gratuité de la défense juridique avec l'éventuelle assistance d'un interprète et enfin l'art. 171 reconnaît, respecte et protège les droits sociaux, économiques et culturels des peuples indigènes en leur garantissant l'utilisation et l'usage des ressources naturelles ainsi que leur identité, valeurs, langues, coutumes et institutions.

Il n'en reste pas moins que sur le terrain, le bilinguisme reste la règle pour les autochtones, les Espagnols se contentant de n'utiliser que leur langue. Ceux-ci ainsi que les « assimilés » ou étrangers, ceux qu'on nomme, sans s'occuper de la couleur de leur peau, « les blancs » (15% de la population) forment un groupe oppresseur avec la complicité des « métis » (30%) méprisant la classe des « indigènes amérindiens » (55%).

Si bien que ce pays d'une très grande richesse, avec un des sous-sols les plus généreux de la planète, exportateur de zinc, étain, pétrole et gaz naturel, argent, antimoine et à certaines époques de quinine (1830-1850), de guano et salpêtre (1868-1878), de gomme (1895-1915), producteur agricole (50% de la population active) de maïs, pomme de terre, coton, café et en contrebande de coca (importante ressource, en raison du prix élevé obtenu par les planteurs) est toujours un des pays les plus pauvres du continent américain avec une population misérable qui vit en dessous du seuil de la pauvreté : Amérindiens discriminés, sous-alimentés, mortalité infantile avant deux ans de 20%, chômage, analphabétisme de plus de la moitié de la population qui ne disposent, de plus, ni d'électricité, ni d'eau courante.

Historiquement, ce fut l'espagnol Francisco Pizarro (1475-1541), sous Charles Quint, qui fut le premier « conquistador ». De nombreuses villes furent fondées ensuite : Sucre ( Chuquisaca), Potosi,, La Paz, et Cochahamba.

La guerre de libération, en 1825, amena Bolivar et Sucre son lieutenant à créer la république de Bolivie qui à cette époque couvrait un partie du Chili et du Paraguay. Les guerres de 1879-1894 leur firent perdre la portion maritime au bénéfice du Chili et celle de 1935, le Chaco, à l'avantage du Paraguay.

Une tentative de confédérer le Pérou et le Bolivie fut aussi entreprise par le général Santa Cruz ce qui en aurait fait un État puissant., mais qui se heurta à des adversaires, tant péruviens que boliviens, chiliens et argentins.

De 1825 (conquête espagnole) à nos jours, ce ne fut que coups d'État, nationalisations, dictatures militaires, guérillas (la plus médiatique, anéantie en 1967, fut celle du « Ché » - Ché Guévara - qui y fut tué : il avait rallié les maquisards boliviens, après avoir gagné avec Fidel Castro, son lieutenant, la révolution communiste de Cuba. Il fut rejoint plus tard et soutenu par l'intellectuel français Régis Debray.

Il y eut aussi, dernièrement, la guerre de l'eau du 11 janvier 2005 dans l'Altiplano qui aboutit à l'expulsion de la compagnie Suez-Lyonnaise des eaux pour prix exorbitant et mépris des classes pauvres. (rentabilité basée sur une exploitation « capitaliste » d'une ressource naturelle, bien maîtrisée, mais peu accessible aux populations indigentes.)

Notre conférencier décrivit les conditions de vie des habitants de ces régions et leurs difficultés avec passion, nous faisant réaliser l'ampleur de la misère de ceux que le capitalisme exploitait honteusement et que son frère et sa sœur tentaient d'adoucir avec de faibles moyens.

Espoir peut-être, (ose-t-on y croire) pour le futur, avec le changement de régime et les élections législatives du 4 décembre 2005 et le référendum du 2 juin 2006 pour donner aux départements de Bolivie une plus grande autonomie avec la décentralisation qui était réclamée depuis 2005 et nationalisation des réserves de gaz et pétrole exploitées par les occidentaux

A l'époque, nous récupérâmes le confort de nos foyers, habités d'un sentiment de révolte contre un monde injuste que nous étions impuissants à changer par indifférence coupable et manque de mobilisation devant l'ampleur de la tâche.... Pourtant .... « Il vaut mieux allumer une chandelle dans l'obscurité que maudire l'obscurité » dit un proverbe chinois.

Nous nous en sommes préoccupés tout en prenant le thé avec notre conférencier Albert Parent, ce passionné du monde andain qui s'évertue à mobiliser des « petits » moyens pour aider son frère et sa sœur, perdus dans les plateaux montagneux de « l'altiplano ».

 

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