Crépuscule serein avec le blé qui lève - Être grands-parents - Combler le fossé des générations, des civilisations et des races - Patience et richesse de l'âge -

{1} Quand, après ce long jour que fut l’existence, le soir commencera à tomber sur des épaules lourdes de combats souvent inutiles et que la fatigue pèsera sur des corps que diminue l’âge, les yeux brillants des petits-enfants estomperont lassitudes et harassements.

 

Cette levée de petits moineaux turbulents nous rajeunira du tintement clair de leurs rires, du rose délicat de leurs joues et de la joie qui allume leur regard … tandis que s’imposera en nous ce sentiment de renouveau printanier qu’ils apporteront avec la fraîcheur et la grâce naïve de leurs babils et pépiements.

 

Être grands-parents, sentiment ineffable de richesse et de prolongement… Seconder ses enfants-parents dans une complémentarité complice et utile tout en s’enrichissant encore d’expériences nouvelles, apporter la détente, la patience de l’âge et la disponibilité de la retraite, ce sont là des démarches d’une qualité rare quand elles sont réalisées dans un souci intelligent de favoriser la croissance heureuse de ce « blé qui lève ».

 

Le conflit des générations n’est pas une vaine assertion. Plus que jamais, notre époque capricieuse nous y confronte, tellement nos modes de vie ont diamétralement changé. Ce rapport parents, grands-parents est donc difficile à établir sans un très gros effort de dialogue, d’information et de compromis.

 

Notre microcosme familial fut épargné de ce souci-là parce que depuis toujours, nous abordons avec franchise et ouverture ce phénomène de changement des mœurs et des conceptions philosophiques dans un souci du bien de nos jeunes, confrontés maintenant à un contexte environnemental tellement compliqué et révolutionnaire qu’il est difficile à gérer pour tout le monde.

 

L’opposition de traditions et de méthodes existant nécessairement entre deux civilisations aussi éloignées l’une de l’autre que ne le sont l’occidentale chrétienne et l’orientale bouddhiste-animiste, compliquée de sa spécificité  nippone, viendra rendre nos problèmes d’autant plus aigus qu’ils devront s’accommoder des compromis établis pour en tenir compte.

 

A l’époque où j’écrivais ces lignes, cette génération montante était composée de trois petits-enfants délicieusement eurasiens : chez Patrick et Michiko, une fillette belle comme une fleur, intelligente et studieuse, ainsi qu’un petit garçon timide, délicat comme une porcelaine, féru d’informatique en digne émule de son père et, chez Béatrice et son « beau prince », un petit bout déluré, spontané et rieur, adorable petite fille qui nous étonne tous par la précocité de son intelligence.

 

Depuis, une seconde petite fille, adorable et primesautière, est venue s’ajouter chez notre fille aînée le 1 février 1971.

 

Notre fils Benoit, quant à lui, s’est épris d’une charmante personne qu’il a épousée le 28 août 2010, agrandissant le cercle de notre famille avec ses deux adolescents chaleureux, studieux et très éveillés.

 

C’est dire la composante merveilleuse d’une levée « exotique » de cette moisson que nous avons le plaisir de voir grandir et embellir au fil des jours, et qui nous environne d’une telle aura de plénitude qu’elle constitue à elle seule la plus grande source de l’authentique bonheur.

 

Les moulins des Bonzes

Et les chapelets des nones

Ont empli les cathédrales du ciel

De douces mélopées

Que nos petits enfants miels

Ont repris en chœur.

 

La chanson des rizières,

Le soupir des blés d’or

Se mêlent en leur âme

Pour renaître en mystères

Que cachent leurs yeux longs.

 

Quels grands moments précieux que sont ces parties d’école que l’institutrice-Leïna jouera avec son grand-père, élève indiscipliné et fantasque qui ne comprend jamais rien et que le professeur devra sanctionner en lui faisant recopier des dizaines de fois les erreurs corrigées,…. Le pauvre grand-père en passera la langue de concentration…. pendant que le « prof » se tordra de rire…

 

Et tous ces travaux d’aiguille, de cuisine, de tissage, de dessins et peintures avec une grand-mère si adroite et merveilleuse magicienne qu’elle transformait les plus misérables loques en vêtements de poupée somptueux, les plus minables pâtons en gâteaux dorés et brillants, les pelotes de laines en pièce de tissus aux dessins savants, et qui, en outre, croquait sur un papier toile des paysages ou sujets féeriques qu’une petite fille emmenait peupler ses songes.


Il y eut aussi les rêves d’un petit garçon plein d’imagination qui matérialisait ses appétits d’exploits dans des batailles épiques que livraient ses figurines de chevaliers et sarrasins des croisades, anachroniques sur camions, tanks et missiles derniers cris. Le grand-père en adjoint efficace avait fort à faire pour redresser hommes en armures, chevaux, barricades et canons, sans arrêt bousculés dans de violentes bagarres.

 

Et puis encore ces merveilleuses séances de sorcellerie dans le mystère du jardin, plein de caches fleuries et d’insectes bourdonnants dans les lourdes senteurs chaudes de la végétation ensoleillée…. Leïna, magicienne, étendait des bras incantatoires sur ses compagnons qu’elle transformait en animaux-assistants, grâce à une potion magique faite d’eau putride récoltée des jarres décoratives dans laquelle elle faisait macérer des pétales de fleurs cueillies dans les parterres et les buissons.

Les buissons ont levé

Des joues de pommes rouges,

Les insectes bruissaient

Des chants de fol été.

 

Les pommes de rose-bonheur

Se sont ornées de rires,

De cascades de perles

Dans des frimousses-fleurs.

 

Des yeux de douce joie-belle

Se sont allumés de ciels,

Se sont parés de longs cils

Comme les oiseaux des îles.

 

Adolescents tous les deux maintenant, ils sont studieux, brillants dans les études, frais et spontanés, étudient et pratiquent tous les deux le japonais avec leur maman et une école japonaise ... Léina, joue du violon, est performante en danse classique qu'elle pratique depuis toute petite, tandis que Kenzo, très fort en informatique rivalise avec son père dans le domaine, tout en se détendant physiquement dans un mouvement de jeunesse.

 

Et enfin l’exaltante satisfaction de recommencer tout cela avec la plus petite, Marie-Ambre, celle qui nous rappelle tellement sa mère, celle qui ouvre des yeux en amande étonnés mais ravis sur tout, avide de savoir et de connaître, celle qui fut tout de suite une adorable petite fille, surprenante de fraîcheur et d’intelligence qui se love d’instinct dans les méandres compliqués de notre monde super-technique pour s’y adapter et s’en servir avec un à propos révélateur de grandes facultés d’adaptation.

 

Quel plaisir pour les grands-parents d’alimenter ce cerveau-buvard qui veut apprendre, qui enregistre avec une fidélité surprenante tout ce qu’on lui donne pour approvisionner cette fringale de savoir. Et quel plaisir de taquiner ce petit bout rieur qui ne demande que ça …. Et qui répond avec malice…

 

L’ivresse du bonheur s’empare aussi de nos cœurs quand deux petits bras de chaleur veloutée viennent spontanément nous étreindre et qu’une bouche fruitée nous picore de baisers-fleurs… ; une tête délicatement tiède d’enfant heureux se glisse ensuite dans le creux d’un cou qui a vraiment été placé là pour le ravissement des deux.

 

Une bouche pour une fleur

Des étoiles dans les yeux

La fraîcheur d’une source

Le murmure des clochettes

Le babil de l’enfant clair,

C’est tout cela qu’elle offre

Quand elle ouvre les bras.

 

Un duvet de velours

En baisers rouges-rosés

Réchauffe nos cœurs usés,

Fatigués de leur long jour.

 

Un petit enfant sage

Caresse de vieux visages,

Ensuite un angelot

Se blottit sans un mot

Tout au creux d’une épaule.

 

Deux vies de longue présence

Lèvent au ciel un front ridé

Pour un merci adressé

Vers les dieux de l’innocence.

 

 

J’ai écrit ces lignes, il y a quelques années, tellement je voulais éterniser des moments ineffables de bonheur, un sentiment de douceur infinie qui m’envahissait quand mon « petit soleil » dans l’attente de son deuxième bébé, … (une petite sœur pour sa première merveille), … venait se reposer chez nous … se détendre, … retrouver le giron maternel … les yeux brillants de profonde félicité …

 

Ah ! Les yeux, ces fenêtres du cœur qui s’ouvrent sur des espaces qui s’étendent bien loin dans l’infini de l’amour … les yeux, ces portes de l’âme que l’on pousse pour accueillir les convives au repas du bonheur … les yeux, ces oiseaux de doux messages qui s’envolent en colombes de quiétude.

 

Ces yeux de partage et d’invite, ce sont ceux-là que notre fille nous offre quand nous l’écoutions parler de cette vie qu’elle porte en elle.

 

Ces yeux du bonheur dans l’attente prénatale, ils ont réveillé en nous le doux souvenir des sentiments qui ont précédé la venue de nos quatre enfants.

 

Quelle aura précieuse illumine alors le papa et la maman …, elle qui tient bien au chaud dans son corps ou tendrement contre son cœur, quand elle ne l’a pas porté, cette nouvelle vie … qu’ils vont ensemble entourer d’amour et d’espoir.

 

Elle portera le doux nom de Laure-Élise et découvrira pour la première fois le tendre sourire de sa maman le 3 juin 2005.

 

Lever les yeux de l’attente,

Voir le ciel d’un sourire,

Y guetter la source d’un rire,

Rêver d’un minois rose.

 

Imaginer des cascades

De bouches babillant,

 S’assoupir aux clochettes

De campanules d’enfant.

 

Caresser du regard

Un ventre arrondi

Ou trouer l’azur

De l’oiseau d’argent.

 

Voir se lever la nuit

De l’attente,

La tendre nuit de l’espoir,

La lente nuit

De l’aube claire

Des poupons qui naissent

En découvrant

Les yeux de leur maman.

 

Elle a cinq ans maintenant. Elle vient souvent maintenant trottiner près de son grand-père, malicieuse et volontaire, sachant si bien se faire comprendre, fidèle alliée de sa grande sœur qu’elle copie en tous points

 

Très personnelle et indépendante, elle aime s’opposer à ceux qui la contrarient, sans baisser les yeux, avec une ténacité déconcertante. Cette petite personnalité volontaire est surprenante et désarmante. Ses yeux, inquisiteur cherchent dans les vôtres la petite défaillance qui annonce la reddition.

 

On ne peut s’empêcher de camoufler un sourire amusé tout en soutenant un regard déterminé à vous faire lâcher. Heureusement, bons éducateurs, ses parents canalisent habilement cette personnalité naissante pour en sortir le meilleur profit possible.

 

Sa grande sœur, d’une maturité étonnante (elle a sauté une année scolaire) l’entoure beaucoup et contribue à l’éveil d’une petite intelligence que nous avons la joie de voir s’épanouir.

 

Deux petits bras

Serrent très fort

Et une joue si douce,

Frôle un vieux visage.

 

C’est le ciel et les étoiles

C’est la fraîcheur

De l’eau vive,

C’est la douceur

Des duvets de fleurs,

C’est la tiédeur

De la fin du jour.

 

Des petits yeux

De velours sombre

Qui nous affrontent

Avec un minois charmeur,

C’est un éclair

Par une nuit

De douce chaleur.

 

A cette palette exotique de sombres prunelles de velours et de joues de miel piquées d’or, viendront s’enrichir des yeux malicieux et des pommettes vives des deux enfants de l’épouse de Benoit (ils viennent de se marier le 28 août 2010) qu’il a adopté dans son cœur comme il l’avait fait pour ses sœurs.

 

Quelle heureuse complémentarité à notre histoire, notre si fantasque puîné viendra-t-il y apporter en introduisant Annick et ses deux enfants,  lui qui avait enfin trouvé celle qu’il espérait depuis toujours et qu’il recherchait en vain !

 

Qu’il est attendrissant de les voir se regarder tous les deux avec tant de ferveur dans les yeux, tant de tendresse dans le regard !

 

Pour nous parents, quel couronnement à une vie réussie que ce constat d’amour réciproque traduit par les yeux de nos enfants et beaux-enfants.

 

Et enfin, pour terminer tout cela en apothéose, il y a la découverte de ces deux « beaux gosses » qui sont venus compléter avec bonheur notre composante familiale :

 

Une jolie fille, adorable par sa spontanéité déconcertante, adolescente avec toute la richesse et la complexité que cela peut comporter. Son intelligence est brillante, mais elle s’en sert avec une telle acuité qu’il faut la canaliser.

 

Elle adore les enfants qui le lui rendent bien. Quel bonheur de la voir s’occuper des plus petits avec une tendresse vraiment maternelle. Ils sont pendus à ses lèvres quand elle leur raconte de jolies histoires sorties de son imagination débordante.

 

Et puis, il y a aussi son frère, ce beau garçon au profil d’adonis, cheveux naturellement et harmonieusement bouclés, gentil et spontané dont l’intelligence discrète ne demande qu’à s’épanouir.

 

Il est le fils qui manquait à Benoit, lui qui a tant de talents pour s’occuper des jeunes, et leur faire profiter de sa générosité naturelle et de son expérience.

 

Quand nous les retrouvons avec les autres dans nos réunions festives, nous constatons avec bonheur qu’ils ont tellement intégré harmonieusement notre composante familiale qu’ils donnent l’impression d’en faire partie depuis toujours.

 

Le grand aigle des cimes n’avait pas de compagne

Il l’avait cherchée dans les prés et les roseaux

Par grands ciels et vallons, cols, sentes et montagnes

Par forêts chaudes et folles îles aux oiseaux.

 

Elle vint à lui avec deux gentils oisillons,

C’était enfin celle qu’il avait tant cherchée,

Et qui le regardait avec ses yeux de fée,

Son cœur tendre et ses joues roses de passion.

 

Il l’aimera toujours en gentil tourtereau,

Ecrira son nom en le gravant dans le marbre,

Et construira pour elle un grand nid dans un arbre

Très doux et très chaud pour y loger ses perdreaux.

 

 

Le bonheur y fixa un rendez-vous de ciel

A tous les habitants de ce lieu féerique

Aux lapereaux graciles, aux oiseaux exotiques

Multicolores et beaux comme un grand arc-en-ciel.

 

 

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