De l'intelligence à la pensée - cortex cérébral - neurones - de Toumaï à nous.

 

 

Avant de remonter aux sources de ce long processus qui a fait de nous un être intelligent, il est utile que nous analysions le centre du mécanisme cérébral qui à la suite des mutations et adaptations est devenu cet outil performant de l'intelligence humaine.

Le cerveaux est construit avec des neurones : Le système nerveux est constitué par l'assemblage d'un nombre considérable de cellules d'un type particulier appelées neurones. On estime, chez l'homme, que leur nombre est de l'ordre de 15 milliards; rien que dans le cerveau on en compterait 9 milliards. Leur corps protoplasmique est de forme irrégulièrement étoilée, mais ce qui les caractérise, surtout, c'est la présence de très nombreux prolongements. Ces prolongements, très fins, sont tous terminés par une petite arborisation. Ils sont fonctionnellement différents, et l'on doit distinguer les dendrites et l'axone. (R. Fabre et G. Rougier, Physiologie médicale, p. 377)

Tiré de « Génétique du péché originel » Christian de Duve - pages 136-138 ( Génétique du péché originel - Odile Jacob - édition améliorée février 2010)

Le cerveau est construit avec des neurones  ... Le cortex cérébral est le siège mystérieux de la conscience ... l'événement crucial de l'histoire de la conscience fut le développement du cortex cérébral, une fine structure en forme de feuillet, d'environ 2 mm d'épaisseur, qui enveloppe la totalité du cerveau chez les animaux supérieurs et les humains.  Typiquement formé de six couches superposées de neurones, le cortex est le siège de la conscience.

En deçà de cette frontière, l'assemblage complexe de centres nerveux et de fibres qui constitue le corps du cerveau et le restant du système nerveux central reçoit et traite d'innombrables signaux entrants et envoie d'innombrables ordres sortants  La presque totalité de cette activité a lieu sans que nous en soyons conscients, réglant les battements du cœur, la tension sanguine, la digestion, les mouvements des yeux, l'équilibre et quantité d'autres phénomènes physiologiques.

Certains signaux cérébraux traversent la frontière et passent par le cortex cérébral. Ceux-là suscitent la conscience, les sentiments, les émotions, les impressions, les pensées, les rêves, les imaginations, les raisonnements, , les décisions, soit toute la gamme des phénomènes mentaux qui remplissent nos têtes.

Après cette mise au point du Professeur, analysons le processus qui a amené l'être humain à devenir intelligent ... et remontons aux sources  ...

Cela a dû commencer quand le premier primate (ou son ancêtre) s'est servi de ses pattes avant pour cueillir un fruit au lieu de le ramasser ou de l'attraper avec la gueule.

Ses descendants ont perfectionné le système en développant leurs doigts pour en faire des outils préhensiles, et puis de mutation en mutation sont devenus d'agiles escaladeurs  de grands arbres.  Ils ont développé de grands et longs bras, des mains et des doigts puissants et habiles : ils se préparaient  à devenir les ancêtres des humains.

Rappelons nos propos précédents : les grands changements climatiques dus à la fracture du Rift Valley, la désertification des forêts sahariennes et autres misères dont furent gratifiés nos ancêtres arboricoles ont complètement modifié leur biotope :  les arbres sont devenus rares et la savane s'est développée, les laissant à la merci des grands fauves. (Voir plus loin théorie contestée, mais valable en ce qui concerne le principe de l'adaptation au biotope modifié accidentellement ou progressivement)

Modification aussi des habitudes alimentaires : de frugivores ils deviennent  carnivores, disons plutôt charognards car ils furent d'abord incapables de chasser et de tuer.  Les malheureux  se contentaient des restes abandonnés par les fauves, du moins dans un premier temps ;   par la suite, les plus évolués se sont groupés en bandes d'un certain nombre d'individus, pas plus de vingt à trente pour être efficace Ces groupes ont commencé à chasser, les animaux blessés ou les jeunes d'abord et puis ceux qu'ils attrapaient par ruse et par traque.

Il est donc certain que ce phénomène d'associativité en petits groupes a  été essentiel à son émergence, les solitaires ont disparu ...

C'est donc ce groupe de misérables qui s'est trouvé séparé de son milieu  normal qui deviendra  l'ancêtre probable du  maître absolu de sa planète parce que les circonstances l'ont poussé à l'adaptation pour survivre.

L'ancêtre de l'homme a probablement adopté la position debout parce qu'il avait besoin de ses membres avant pour transporter les morceaux qu'il dérobait aux charognards, mieux outillés  (crocs ou becs et serres) que lui pour arracher les morceaux aux nombreux concurrents qui lui disputaient les restes. Certains auteurs pensent aussi que la position debout met davantage le corps à l'abri des rayons du soleil.

La position debout et l'utilisation des bras fut pour l'être humain le début de son évolution vers l'intelligence.  L'étape suivante fut l'association des individus pour traquer les animaux blessés.

Les bras, les mains et les doigts devinrent des auxiliaires précieux que les hommes perfectionnèrent de génération en génération.  Le développement de l'intelligence allait de pair avec l'habileté manuelle.

L'être humain était tellement fragile que ce fut vraiment par miracle qu'il put résister à un environnement aussi hostile. Il n'en fallut sans doute que quelques-uns qui se cachèrent et vécurent misérablement, adaptant leur digestion et leur organisme aux nourritures les plus diverses et les plus difficiles.  Ce long calvaire fut la meilleure école de l'homme qui n'avait que sa ruse naissante comme seule arme.

Les solitaires, même les plus forts, disparurent vraisemblablement. Seules les bandes qui s'organisèrent furent mieux armées pour affronter les aléas d'un milieu particulièrement inadapté à leur condition. Difficilement, ces bandes affrontèrent les innombrables dangers qui les environnaient et les guettaient.  Plus que jamais, l'homme utilisait ses deux bras qui devenaient les outils indispensables à sa survie.

La première manifestation intelligente de l'homme fut sans doute l'utilisation d'un auxiliaire matériel : d'abord un bout de bois pour prolonger le bras.  Comme dans toutes les évolutions de la vie, tout se passa avec lenteur, patiemment, difficilement.  Le geste fut d'abord accidentel, puis se répandit de groupe en groupe, de génération en génération.

Ces premiers balbutiements de l'intelligence furent sans doute suivis d'autres qui apportèrent à l'homme les moyens de compenser sa vulnérabilité.  Cet animal au corps fragile, sans aucune défense, sans armes ni protections naturelles, vécut un pénible et long parcours, se cachant le jour, dérobant quelques piètres nourritures la nuit.

Si je me suis étendu si longuement au risque de lasser,  c'est dans le but intentionnel de marquer et d'insister sur la longue, l'impitoyable et patiente persévérance du temps qui applique sa loi : perdre et disparaître ou gagner et subsister voire muter.

D'autre part, il est important de signaler que la théorie que je viens de développer a été remise en question par la découverte en 2002 de Toumaï (antérieur à Rift Valley) 2500 km. à l'ouest du Rift, dans le désert du Djourab au Tchad. Cependant, le modèle que je me suis plu à développer en m'inspirant de la théorie défendue par Yves Coppens reste valable quant aux effets de l'isolement de petits groupes et l'apparition de la bipédie.

Je reste donc persuadé que la théorie de Coppens est la seule valable dans les grandes lignes, les autres « hominiens » antérieurs se sont trouvés sans doute dans des conditions analogues pour adopter la bipédie et l'utilisation des mains.

Ce qu'il est surtout important de souligner c'est l'évènement essentiel que fut, pour nous, cette mutation du quadrupède frugivore arboricole au bipède omnivore intelligent que nous sommes devenus.

Les survivants de ce long calvaire ne durent leur salut qu'au développement d'une adresse manuelle et une utilisation cérébrale que leur intelligence naissante rendait toujours plus efficace.

C'est  ici qu'il faut introduire l'événement le plus important qui s'est produit sur notre planète après la vie, il y a probablement plusieurs centaines de milliers d'années : l'émergence de l'intelligence raisonnée,  mais surtout de la pensée.

Cette faculté fut d'abord cérébrale, pensée en image.  Elle fut ensuite traduite en parole grâce à la précision d'un vocabulaire qui se créa dans les groupes pour transmettre des informations, mais aussi des concepts, primaires d'abord, de plus en plus évolués ensuite.   Ces « trouvailles » transmises entre individus favoriseront le dialogue et la contestation, facteurs du progrès.

Il est important aussi de souligner que l'homme est avant tout solidaire.  Si la déduction fut d'abord le fait d'un penseur qui agira seul d'une manière  raisonnée, il transmettra ensuite son savoir à des disciples, des écoles, voire maintenant à l'humanité entière par la voie des publications, les chaires des universités et même vulgarisée par transmission hertzienne ou câblée (radio-télévision-internet).

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