Essais de mutation de couleur chez le canari (apparition du rouge qu'il n'a pas dans ses gènes)

La maisonnette que nous avions louée au début de notre mariage avait été bien agrandie par son propriétaire : l'arrière était prolongé d'un living et, à la suite de sa moitié droite, d'une remise, d'un poulailler couvert rejoignant une buanderie et un atelier-garage qui occupait tout le fond. Une allée de briquaillons rouges, comme on dit en Belgique, longeait le côté, permettant un bel accès pour rentrer une voiture.

Mon beau-père et moi nous nous entendîmes comme larrons en foire pour transformer tout cet environnement en volières et cages d'élevage d'oiseaux.

{18.2} Nous avions conçu le projet d'améliorer le canari rouge qui, à l'origine, ne possédait pas cette couleur (il est gris-vert avec des touches de jaune).

Impossible donc de l'obtenir par sélection alors qu'on produit des blancs, des jaunes, des verts facilement. Seule une mutation génétique pourrait introduire ce coloris.

A cet effet, certains éleveurs avaient atteint des résultats par croisement avec le tarin rouge à tête noire du Venezuela, bel oiseau d'un rouge profond au nom scientifique amusant de Spinus Cucullatus.

A Labofina, centre de recherches et mon lieu de travail, un chimiste consacrait également une partie de ses loisirs à l'élevage des canaris et cherchait comme nous à améliorer la couleur du rouge qui n'est pas assez soutenue et se maintient difficilement.

La récessivité du caractère dû à l'appariement avec un oiseau d'une autre famille, était un problème qu'il était difficile de maîtriser. Les éleveurs rivalisaient donc d'astuces et trouvailles pour y parvenir.

Le retour aux sources avec le tarin rouge du Venezuela était réservé à quelques rares amateurs qui avait la chance de posséder des reproducteurs qui d'une part acceptaient un appariement et de l'autre produisaient un résultat valable.

Le métis qui résultait de ces tripotages contre nature, devait lui aussi être capable de se reproduire, ce qui était assez rare, si bien que le produit final de tous ces croisements valait son pesant d'or.

Nous n'avions évidemment pas la bonne fortune de posséder cet « oiseau rare » et devions nous contenter de travailler avec des sujets en provenance d'autres amateurs spécialisés.

Beaucoup de chercheurs belges espéraient améliorer le rouge par un apport intensif de carotène. A l'origine de l'appellation, les caroténoïdes étaient une classification réservée au pigment de la carotte.

Il est intéressant de rappeler à ce propos quelques notions de base concernant la coloration des être vivants.

Depuis Newton, on sait que la lumière blanche du soleil est un mélange de toutes les couleurs de l'arc-en-ciel, réfraction qui se produit lors du phénomène naturel (appelé d'ailleurs arc-en-ciel) qu'on voit parfois dans le ciel, produit par la décomposition de la lumière sur un écran de gouttes de pluie situé à l'opposé du soleil.

De plus, depuis 1920, on sait que la lumière est une particule qu'on a appelée photon et que la différence entre les couleurs provient de la quantité d'énergie que celui-ci véhicule.

Cette énergie s'exprime par une onde dont la longueur peut se mesurer en nanomètres (la milliardième partie du mètre). Ainsi le rouge mesure 700 nanomètres et le bleu au bas de l'échelle 480.

Nos yeux, par l'apprentissage qui augmente les fonctions cérébrales surtout pendant les vingt à vingt-cinq premières années de la vie, sont capables de distinguer une dizaine de millions de nuances...( sic !)

Cette faculté est un des avantages de l'homme civilisé qui a développé au maximum les nuances grâce aux progrès dans la chimie des couleurs et dans le domaine des spectrographes - appareil servant à étudier la décomposition (spectre) d'un rayonnement.

Tout ça pour dire qu'un problème aussi complexe et aussi subtil que les teintes et les nuances étaient difficile à cerner d'une part et d'autre part que les 700 nanomètres de nos canaris rouges prenaient un sacré coup de « flaptitude » en manque de croisements révolutionnaires.

Nous devions donc revigorer la couleur à coup de techniques diverses telles l'apport de carotène dans la nourriture. Des maraîchers flamands, amateurs eux-mêmes, avaient par sélection produit des carottes d'un rouge profond dont les canaris étaient friands.

Nous espérions réaliser des prouesses dans le domaine grâce à l'importance de notre élevage, la patience et la détermination de mon beau-père et notre technique rigoureuse de sélection.

Malheureusement, notre aventure fit long feu. Après quelques élevages réussis dans l'enthousiasme, nous subîmes la catastrophique épreuve d'une infection de tout l'élevage par l'introduction malencontreuse d'un spécimen atteint d'une maladie respiratoire extrêmement contagieuse : un virus bronchique infectieux et mortel provoquant dans les élevages belges des hécatombes d'oiseaux.

 

Nous ne parvînmes pas à enrayer l'épidémie et en quelques semaines perdîmes tous nos oiseaux. Dégoûtés et exsangues de moyens financiers, nous abandonnâmes et en revînmes à nos volières d'oiseaux exotiques et du pays (tarins, chardonnerets, bouvreuils, linots et autres granivores.)

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