Haïti - par le Haïtiens Antoine Dubois et son épouse

Battons notre coulpe,

Nous,

Les arrogants seigneurs,

Civilisés de Dieu

Gorgés de sang noir,

Devant la misère

D'un peuple d'esclaves

Agenouillés devant nous.

 

Nous,

Les bâtisseurs d'empire,

Qu'avons nous fait

Du chant de l'Afrique

Plus grand que les rapides

Plus fort que les baobabs.


Nous,

Les esclavagistes sans pitié,

Spoliateurs de civilisations,

Osons-nous encor

Contempler notre or

Et nos cathédrales

Sans avoir au front

Le rouge de la honte.


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{17} Le 24 janvier 1986, Antoine Dubois et sa ravissante épouse voulurent bien nous commenter une très belle série de diapositives que notre ami, Monsieur Godin, paroissien grand voyageur et talentueux photographe avait sélectionnées dans les 20.000 qu'il réalisa en parcourant le monde.

Ce fut un festival coloré et tapageur malgré l'absence de son, tant le soleil illuminait l'écran et l'objectif donnait vie à une population joyeuse et palpitante, cependant si misérable.

Haïti est un État d'Amérique du Nord, situé à l'ouest de l'île baptisée Hispaniola (petite Espagne) par Christophe Colomb quand il la découvrit en décembre 1492. L'Est est occupé maintenant par la République dominicaine. La population autochtone (100.000) était amérindienne (Arawaks, Caraïbes et Taïnos).

Les hommes de Colomb furent chassés ou exterminés et une seconde colonie sous la conduite des Dominicains sera fondée peu après pour y exploiter l'or tandis que l'île était rebaptisée Santo Domingo.

La population indigène sera décimée en quelques décennies (esclavage dans les mines d'or, maladies infectieuses apportées par les colons, malnutrition et mauvais traitements). Pour les remplacer dans les mines et dans les plantations Charles Quint autorisa, dès 1517, la déportation d'esclaves noirs d'Afrique.

L'ouest de l'île fut négligée par les Espagnols et les « boucaniers français » s'y établirent. C'étaient des Normands qui y vivaient de la viande des bœufs sauvages en abondance dans l'île, qu'ils chassaient et boucanaient (fumer sur gril) pour la vendre en Europe. Par la suite, par extension, le nom de *boucanier* fut donné à tous les pirates qui écumaient les mers du Nouveau Monde.

Des colons s'y répandirent également pour exploiter la canne à sucre, le coton et plus tard, le café dont les cultures exigeaient une importante main d'œuvre d'esclaves noirs ( à la veille de la révolution française, il y avait un demi-million* d'esclaves noirs* et 30.000 colons blancs)).

Les esclaves se soulèveront régulièrement au XVIIIe siècle et incités par le succès de la révolution française, le 4 août 1791, réussirent à s'imposer sous la direction d'un régisseur noir affranchi, Toussaint Louverture qui se proclamera gouverneur de l'île.

Cependant en 1802, Napoléon Ier enverra des troupes françaises pour rétablir l'esclavage afin de mieux contraindre les travailleurs noirs. Toussaint Louverture sera capturé et envoyé en France, il y mourra l'année suivante.

Ses lieutenants, Jean-Jacques Dessalines et Henri Christophe reprendront l'insurrection, triompheront de l'armée française, élimineront les blancs et le 1erjanvier 1804, proclameront la première république noire du monde en lui restituant son ancien nom : Haïti.

C'est la raison pour laquelle la quasi-totalité des habitants (7.500.000) descendent des esclaves noirs et parlent le créole haïtien qui deviendra la plus importante des langues créoles parlées à base lexicale française : 7.500.000 sur 9.000.000 de l ocuteurs, les autres étant 1.000.000 à île Maurice, 600.000 à la Réunion, 380.000 à la Martinique, 425.000 à la Guadeloupe et 70.000 aux Seychelles ; on le parle également en Guyane, en Acadie, en Louisiane et à l'île Rodrigue.

Rappelons que le mot créole désignait anciennement un blanc né dans une ancienne colonie européenne, mais également les langues issues du parler régional, influencé par les métissages afro-européen ou afro-asio-européen venant des anciennes colonies et qui n'ont rien à voir avec le type physique : c'est ainsi qu'il en existe à base lexicale allemande, anglaise, espagnole, française, néerlandaise et portugaise.

Le sort de Jean-Jacques Dessalines qui avait succédé à Toussaint Louverture ne fut guère plus heureux car il fut assassiné deux ans plus tard et le pays scindé en deux : Haïti et Saint Domingue (annexé à l'Espagne jusqu'à la révolution de 1865 et son indépendance reconnue par la France, le Saint-Siège et les États-Unis.)

Pour Haïti, ce fut le début d'une période de troubles et de révolutions, car entre 1804 et 1957, il y eut 38 chefs d'État, dont 36 seront renversés ou assassinés. En 1915, les Américains occupèrent militairement l'île et échouèrent dans leur tentative d'y rétablir l'ordre malgré une répression dure.

Finalement, en 1957, François Duvalier, « Papa Doc » fut élu président avec le soutien de la population noire. Impitoyable dictateur, il s'imposa appuyé par une milice personnelle « les tontons macoutes » qui parvinrent à maîtriser l'armée et à juguler toute résistance dans le pays (près de deux mille exécutions en 1967).

Son fils de 19 ans, Jean-Claude Duvalier (Bébé Doc) lui succédera à sa mort en 1971, exerçant une dictature aussi dure que celle de son père. Il sera cependant renversé en 1986 par la population, tellement il fut incapable, dépravé et tombé dans la corruption. Il ira dilapider ses biens dans le midi de la France.

Ce pathétique pays est incontestablement incapable de se gérer démocratiquement. Sa population, crédule et versatile, s'emballe dès qu'un « dictateur » se présente qui crie fort, s'entoure de fidèles et, en fin de compte, impose sa loi.

C'est ainsi qu'après Duvalier, un militaire, le général Henri Namphy s'empara du pouvoir en 1986 et un autre coup d'État le remplacera par le général Prosper Avril de 1988 à 1990.

En mars 1990, des élections furent imposées sous contrôle international avec un gouvernement civil de transition présidé par Madame Ertha Trouillot. En décembre 1990, un prêtre catholique, Jean-Bertrand Aristide fut élu président, mais le pauvre fut renversé par une junte militaire en septembre 1991. Il se réfugia aux États-Unis pendant trois ans.

La situation du pays se détériorant, les États-Unis une fois de plus décidèrent d'intervenir militairement le 19 septembre 1994 et de rétablir le président Aristide qui céda ses fonctions à l'ancien Premier ministre René Préval, la constitution ne l'autorisant pas exercer un second mandat consécutivement au premier.

Il s'ensuivit une nouvelle période de troubles et d'assassinats politiques jusqu'à ce que René Préval parvint à une entente avec les cinq partis d'opposition pour former un gouvernement stable.

La capitale du pays est Port-au-Prince et sa population comptait 7.527.817 habitants en 2003. Elle est indépendante depuis 1804 et son actuel président est André Préval. Monnaie : la Gourde.

Nous avons connu de nombreux Haïtiens, surtout des étudiantes infirmières, la paroisse leur procurant un appartement dans un de ses immeubles situés presque en face de chez nous.

Très aimables et discrètes, ces personnes nous rendirent de nombreux services, surtout l'une d'elle s'étant retrouvée d ans la même institution d'étude que notre fille Béatrice.

Aussi, ce sera dans une ambiance de chaude sympathie que nous terminerons la soirée autour d'un thé haïtien tellement agréable tout en échangeant quelques propos sur une région si belle mais si misérable.

 

 

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