Hommage à mes maîtres à penser : Christian de Duve, Paul Damblon, Jean d'Ormesson - Prier c'est s'élever vers le plus haut qu'Il existe ou n'existe pas.

 

20} Je souhaite conclure mon travail en me référant à ceux qui sont devenus mes maîtres à penser et vers lesquels j'élève modestement des yeux admiratifs pour ce qu'ils représentent et ce qu'ils sont.

 

Le professeur Christian de Duve, d'abord pour son bouquin, « A l'écoute du vivant », testament intellectuel d'un savant penseur philosophe, d'une rigueur scientifique et d'une profondeur remarquable qui a décrypté l'être vivant tout en portant le jugement le plus équilibré qui soit sur la foi chrétienne, fondement de notre culture occidentale.

 

Son propos éclairé m'accompagne au chevet et m'incite à la réflexion profonde pendant des nuits d'insomnie, cependant merveilleuses, où je me perds agréablement dans la complexité si bien agencée de notre entité intelligente.

 

J'y retrouve les interrogations primaires de ma jeunesse à laquelle ce cerveau éclairé apporte des réponses tellement rigoureuses parce qu'appuyées d'arguments provenant des sources les plus sérieuses et  les plus variées de la connaissance actuelle.

 

Son dernier livre « Singularité » est un ouvrage destiné à un public de savants très avertis que j'ai suivi avec grandes difficultés et dont j'ai tiré ce passage significatif :

 

« Nous ne serons jamais capables de fouiller plus qu'une fraction infinitésimale de l'Univers pour y chercher des signes de vie et de pensée, ou même de simple habitabilité..... »

 

« Si la recherche devait s'avérer infructueuse, comme cela paraît fort vraisemblable, cet échec n'offrirait en rien la preuve de la singularité de la vie et de la pensée, ni même de leur rareté. Il nous sera toujours loisible, en contemplant les cieux, de rêver d'autres mondes. »

 

Paul Damblon aussi, lui qui se qualifie prudemment « d'agnostique avec hypothèse de travail athée ».   Grand musicien, érudit vulgarisateur scientifique qui a le don de bien nous faire comprendre, malgré leur complexité,  des domain es aussi inextricables et aussi interpellant que ceux de l'infiniment petit ou de l'infiniment grand.

 

Nous l'avons découvert, mon épouse et moi, très tôt dans notre incertitude métaphysique et notre quête de vérité religieuse et nous suivions avec enthousiasme les émissions télévisées de vulgarisation scientifique qu'il avait le talent d'exposer avec rigueur et clarté.

 

Dès qu'il parut, il y a quelques années, nous n'avons pas manqué de nous plonger dans son livre « Au bonheur de vivre - Libres propos d'un mécréant ».

 

Sortant du même moule que lui, j'y ai retrouvé la description d'un milieu de petite bourgeoisie chrétienne de Wallonie,  tellement proche du mien dans les détails de sa vie d'enfant et d'adolescent.

 

Dans cet entourage, sa jeunesse comme la mienne a été gavée des nombreuses et incroyables « sottises » dont nos éducateurs et familles (surtout les mères) nous bourraient sans se préoccuper de leur (in)vraisemblance.

 

Ce fut à vingt ans, comme la plupart de nos contemporains de l'époque qui avaient pris la peine de s'interroger sur l'enseignement qu'on leur imposait, que l'invraisemblance et l'irrationnel de ce qui lui avait été enseigné lui apparut comme un coup de poing dans l'œil.

 

S'en gaussant avec talent, il ne manque pas de relever toutes ces incroyables « billevesées, sornettes ou autres balivernes » que nos éducateurs n'ont pas manqué de nous asséner à coup de catéchisme et cours de religion.

 

Il faut reconnaître avec objectivité que le clergé actuel est devenu très prudent et circonspect dans son langage et qu'il évite certains discours théologiques relatifs aux dogmesPrudemment il s'en tient surtout à ce qui ne l'engage que très peu, c'est-à-dire l'amour de Dieu, de Jésus son fils et de Marie sa mère pour nous, et réciproquement bien entendu. Il est évident qu'actuellement, ce discours inoffensif est certainement le meilleur qui soit et faute de mieux, il est important de l'encourager et l'accepter pour ceux qui en ont besoin et qui y croient.

 

Dans le triptyque de mes maîtres à penser, je tiens aussi à installerJean d'Ormesson de l'Académie française. En bonne place à portée de main lui aussi, son livre : « Presque rien sur presque tout »  est aux aguets de mes nuits pensives.  Son discours est au diapason de mes états d'âme poétiques.

 

Avec un talent qui vous met à genou, il écrit ce qu'il nomme le roman du Tout en précisant bien modestement que tout ce qu'il va s'aventurer audacieusement à écrire n'est presque rien.

 

Je ne peux m'empêcher de recopier intégralement le passage de son livre repris sur la dernière page de la couverture :

 

« Il y a un roman plus vaste que le roman des hommes : c'est le roman du tout.  Le tout d'abord, seul.  Première partie.  Formidable.  Formidable, mais inutile.  Explosion.  Galaxies.  Soupe primitive.  Diplodocus.  Puis des hommes dans le tout.  Deuxième partie.  Plus belle encore.  Et avec un semblant de signification.  Sentiments.  Passions.  Violons sur les toits, violons dans les cœurs.  Le ciel descend sur la Terre.  Cavalcades et coups d'Etats.  Trahison et grandeur.  Systèmes de l'univers.  Qui a écrit ce roman ?  Qui l'écrit ?  On ne sait pas.  Peut-être le tout lui-même ? Peut-être les hommes Peut-être un Être suprême auquel, faute de mieux, nous donnons le nom de Dieu ? On dirait tantôt que nous sommes écrits d'avance dans le livre et tantôt que c'est nous, jour après jour, qui l'écrivons.  On ne sait pas.  Mais on peut essayer, vaille que vaille, de feuilleter ce chef-d'œuvre, cette grande Big Bang Story, qu'est le monde autour de nous. »

 

Je ne pouvais pas trouver meilleure finale à mes longues confidences sur un passé interrogateur qui m'a procuré toutes les joies de la découverte,U

 

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{21} Il va de soi qu'il me faut conclure maintenant.

 

Je le ferai par ce que j'annoncerai comme étant la fantaisie du poète mais aussi sa sagesse du cœur.

 

Depuis quelques temps, comme un grappin dans les tripes, me restent accrochés ces quelques mots prononcés par le sage vieillard de Taizé, qu'une déséquilibrée a assassiné, le frère Roger, cet apôtre de l'œcuménisme et de l'unification des croyances, prononcés à la fin d'une célébration religieuse retransmise sur les écrans de T.V : « Rien n'est plusresponsable que prier ».

 

Responsable c'est avoir conscience d'une règle de conduite (morale) de l'être humain résultant de son accès à l'intelligence qui le pousse et le force à agir ou à se comporter d'une certaine manière l'entraînant à poser les actions lui permettant de  s'y conformer.

 

Dans la décontraction sereine du crépuscule de ma vie, j'ai découvert le sublime de l'existence, idéalisé dans l'élévation de la pensée tournée vers la solidarité des humains en quête de ce qu'ils cherchent depuis que leur cerveau a pensé : le bonheur.

 

Aussi, à mon sens, cette responsabilité par la pensée priée, impose la création d'espaces personnels d'harmonie dans le sublime de l'esprit que chacun construira et partagera en fraternitésolidaire de pensée entre ceux qui n'ont pas fait le choix « intellectuel » de croire et l'immensité des autres qui ont leur raison de le faire.

 

Prier, c'est surtout élever universellement et solidairement le meilleur de nous-mêmes vers le plus haut, en ajoutant comme Jean d'Ormesson : «qu'il existe ou n'existe pas ».

 

 

 

 

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