Infarctus du myocarde - mort de tissus musculaires par bouchage d'artères coronaires

{2} Après avoir été le témoin bouleversé du paroxysme de la souffrance que peut subir un être humain, je tiens maintenant àcompléter un dossier que j’ai eu l’audace d’ouvrir par la relation de ma propre expérience et des considérations (très personnelles) à la base desquelles je me suis permis de disserter.

 

Le 4 juin 1977 était un de ces beaux jours pré-estivaux dont ce mois nous gratifie généralement. J’avais terminé une journée difficile par une soirée laborieuse qui m’avait permis d’achever dans la nuit un important document fiscal qu’il fallait rentrer au plus tôt. Aussi ce fut avec grand soulagement que, vers une heure du matin, j’allai avec mon épouse poster l’envoi.

 

Nous en profitâmes pour goûter la quiétude et la sérénité d’une nuit étoilée, parfumée de la senteur des arbres et arbustes des avenues et jardins en pleine folie reproductrice.


En nous couchant, nous appréciâmes tout particulièrement la fraîcheur des draps que nous avait réservé notre lit largement ouvert devant des fenêtres qui l’étaient tout autant.

 

Détendu, je me laissais envahir par la douce torpeur précédant l’aube latente et un agréable sentiment de travail accompli. L’engourdissement et le sommeil qui s‘ensuivirent, contribuèrent à prolonger une ambiance de détente, nullement révélatrice de ce qui se préparait.

 

Vers sept heures, je fus réveillé par une sorte de crampe à l’estomac. Nullement inquiet et habitué à ce genre de désagrément comme la plupart des gens de la quarantaine un peu larges de la fourchette, je me levai pour avoir recours au remède de famille qui nous soulageait habituellement : le bicarbonate de soude.

 

Je m’en flanquai une dose de cheval pour avoir la paix, mais à ma grande et inquiétante surprise, sans effet… J’étais à l’étage supérieur et je regagnai ma couche péniblement, à la limite de l’évanouissement.

 

La douleur à l’estomac était devenue intolérable et irradiait sourdement dans le bras gauche. Je venais tout juste de lire un petit ouvrage sur l’infarctus du myocarde et c’est avec frayeur que j’en reconnus les symptômes.

 

Ma compagne, alertée, appela notre médecin traitant qui habitait assez loin et mit un certain temps à venir. C’est alors que je vécus une expérience étonnante qui  m’interpella longtemps.

 

Une douleur violente à la limite du supportable me tordait l’épigastre, irradiant la gorge et le bras de son grappin griffu, tandis qu’une sueur froide et morbide me baignait le corps…

 

Je crus mourir…un froid de glace se mit à monter lentement, partant des extrémités, d’abord des pieds et les des mains ensuite des jambes et des bras… C’était comme si j’entrais dans un processus de glaciation tel que l’ont vraisemblablement subi les êtres vivants des époques glaciaires.

 

Ce ne fut pas très long, car l’impossible douleur s’effaça, se centrant, se rassemblant symétriquement sur les parois d’un cône que j’apercevais se prolonger bien loin comme dans l’au-delà.

 

La souffrance se retira comme un voile de soie qui glisse en bas d’un corps qui se dénude, abandonnant la place à une béatitude immense et une soif irrésistible de connaissance.

 

Je pressentais que quelque chose de fondamental allait se produire… ; pourtant, pris de scrupule je m’inquiétai des miens , mais me rassurai : ils ne manqueraient de rien, j’avais prévu ma mort et mon épouse était formidable.

 

Je me souviens qu’à ce moment, j’écarquillai les yeux démesurément comme dans l’acte physique quand on ne veut rien perdre d’un spectacle : j’allais enfin savoir !

 

Au fond du cône, un point lumineux, incroyablement lumineux, semblait s’éloigner tout en m’attirant. Une sorte de bonheur physique m’enveloppait, me baignait d’un sentiment d’ineffable quiétude. Etais-je encore un corps, étais-je un esprit ?

 

Cette sensation se prolongea longtemps, hors du temps, avec une impression d’éternel voyage dans un train express qui s’emballe.

 

Et puis ce fut… la brutalité d’un réveil dans la réalité. J’étais sur ma couche, glacé de sueur froide et dégoûtante tandis qu’une main dans un gant de fer me broyait la gorge et me tordait le ventre ; une douleur lente, non localisable mais insupportable sourdait dans le bras gauche.

 

Mon toubib se pointa enfin et sa piqûre me soulagea à tel point que l’intolérable douleur disparut progressivement et que je sombrai dans une bienfaisante lassitude.

 

Une ambulance m’emmena groggy et irréel. Je crus voir des gens aux fenêtres, dans la rue, sur les toits, partout…tandis que je regardais avec eux la longue voiture qui m’emmenait, sirène hurlante et tous feux en alarme…

 

A mes côtés, un ambulancier me tapotait la main en me disant : « Ca va, Monsieur. », nous allions très vite car j’étais bousculé dans les virages…

 

Le reste fut rapide, j’avais repris conscience….. Les brancardiers couraient dans les couloirs et je voyais défiler les portes des chambres et celles de l’ascenseur. Ils me flanquèrent dans un lit compliqué entouré de machines et d’instruments qui l’étaient plus encore.

 

Le « pot » salvateur qui avait forcé mon fils Benoit à accepter sa naissance, m’a distillé dans les veines le fluide miracle qui me sauverait la vie. (C’est ce que je croyais mais j’appris par après que c’est surtout de la « flotte »,…qu’on appelle aussi sérum physiologique)

 

Je ne sais si cette « potion magique » me sauva la vie, mais il est certain que ce fut pour moi le début d’une existence nouvelle,une renaissance en quelque sorte.

 

J’étrennai d’abord une unité toute neuve que la clinique venait tout juste d’inaugurer  : la salle de « réanimation » comme on avait la « délicatesse » de l’appeler à l’époque (on dit maintenant « soins intensifs »).

 

C’est dire que je me trouvais en bonne compagnie de rescapés du grand saut final. Euphoriques comme moi (le « cordon ombilical » plongé dans nos veines se chargeait de nous droguer avec modération), mes confrères d’infortune étaient de joyeux drilles dont les jolies infirmières qui nous surveillaient en permanence, derrière une sorte de comptoir vitré, avaient bien du mal à maîtriser les emportements.

 

Dans le lit à côté de moi, une brave dame, seule du sexe, roulait des yeux horrifiés, tout en se trémoussant un « bide » qu’on voyait tressauter sous ses draps.

 

J’y restai huit jours et j’en garderai un souvenir « inoubliable ». J’étais physiquement très bien, l’infarctus est un accident « mécanique » de notre pompe de circulation sanguine et l’état général est amélioré par le repos et les adjuvants pharmaceutiques prescrits.

 

Après ce petit intermède apprécié en «communauté » de rescapés, je fus transféré en chambre seule, privilège gratuit que me réservaient mes assurances complémentaires.

 

C’était moins drôle, mais très agréable : plus de soucis professionnels ; programme : télévision et lecture, de nombreuses visites,… : ma famille, mes collègues, mes patrons aux petits soins pour l’avenir (ils avaient même prévu de réorganiser les bureaux pour m’éviter les escaliers) … et ma pitchounette tous les soirs… souvent tard… (on est très tolérant en chambre seule…) ; trois semaines que ça a duré !…

 

Ce fut un tournant essentiel dans mon existence. Un changement fondamental tant psychique que physique. Rentré chez moi, je bénéficiai encore d’un mois de convalescence en chambre : à l’époque, on prenait mille précautions avant de réinsérer une victime d’infarctus dans la vie professionnelle. Maintenant, quelques jours en clinique et deux, trois semaines de convalescence tout au plus.

 

Un jeune cardiologue, assistant du spécialiste qui me soignait, me prit en main et me conseilla, sans trop en parler à son patron, de faire régulièrement du jogging.

 

Je commençai tout doucement, quelques kilomètres … : quelques tours dans un parc proche. A la campagne, je m’habituais à courir le dimanche matin. J’avais commencé l’été et je rentrais en nage, le corps en feu, dégoulinant de sueur. La douche fut alors bienfaisante ; je la pris de plus en plus froide ce qui était très tonifiant.

 

C’est ainsi que je pris l’habitude de la prendre tous les jours et, spartiate, de me baigner dans l’eau froide, hiver comme été. J’avais constaté que cette dizaine de minutes d’ablutions glacées apportaient au corps une tonicité incroyable dont je bénéficiais une bonne partie de la journée.

 

Je me suis procuré les pommeaux de douche les plus puissants afin de provoquer une réaction circulatoire qui ne peut qu’être bénéfique que je prolonge en m’étendant dans l’eau froide de la baignoire pour bénéficier d’un grand moment de détente.

 

Maintenant que je suis "très vieux", je fais suivre cette douche "glacée" par une "très chaude"qui est très bénéfique car elle apporte l'avantage du "choc  thermique" (Il faut de l'entraînement).

 

je complète cette première mise en forme matinale par une bonne demi-heure de gymnastique, d’exercices d’assouplissement et de massage des zones du corps atteintes par les misères musculaires, articulaires, rhumatismales ou autres « réjouissances » que l’âge s’est empressé vicieusement d’y introduire.

 

C’est le prix à payer pour bénéficier ensuite d’une journée agréable, en bonne condition, l’esprit clair et dans un optimisme que n’altèrent aucunement les vicissitudes que la vie ne manque pas de me réserver ou de me « gratifier ».

 

Si dans ce chapitre particulier, je me suis étendu sur cet « accident » qui tout compte fait s’est révélé heureux, c’est surtout pour porter ma réflexion sur cette courte période pendant laquelle j’ai cru mourir.

 

Avec le plus de loyauté possible, j’ai souvent analysé ces quelques moments en évitant le piège tentant de l’affabulation, surtout quand on les raconte et qu’on veut étonner son public.

 

{6} Quelque temps après, j’eus l’occasion de lire un ouvrage traitant de la question : « La vie après la mort » ou quelque chose comme ça. Il y est relaté les entretiens avec différentes personnes qui prétendent avoir vécu une expérience dans l’antichambre de l’au-delà.

 

Ce qui est commun à (nous) tous, c’est le cône ou tunnel qui conduit à une sorte d’abstraction « ectoplasmique » de leur conscient physique qui donnerait l’impression de flotter au-dessus des événements.

 

Certains verront ainsi leur corps étendu sur leur lit mortuaire, entouré de leur famille désolée. D’autres vivront en « flash » des moments importants de leur existence. D’autres encore se perdront dans un univers de couleurs contrastées avec des éclairs de lumières vives mais bienfaisantes.

 

Avec le recul du temps et la sagesse d’une interrogation profonde, j’en arrive à conclure que ce que j’ai vécu (ou que nous avons vécu) n’est qu’un phénomène purement circulatoire qui amène une telle chute de tension que dans un premier temps la vision en est affectée (fuite dans un cône) et qui dans un second temps peut provoquer des réminiscences cérébrales par réveil de zones privilégiées du souvenir (évocation des moments majeurs de la vie).

 

Les autres phénomènes (vision de son corps dans la chambre funéraire), pour autant qu’ils soient exacts, sont du domaine du paranormal - je ne me sens aucune qualité pour l’aborder. Il est possible que nous soyons dotés d’un « double », comme le prétendent certains scientifiques sérieux, qui nous permettrait des prouesses inexplicables pour notre entendement.

 

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