L'Au-delà - Conclusions : ma vie fut un long fleuve tumultueux qui a trouvé la mer de la tranquillité - Les conclusions du Professeur de Duve -


{16}Je voudrais conclure ce long travail de réflexions personnelles sur les motivations d'exister et la valeur de nos croyances en confiant, à ceux qui ont eu la curiosité de me suivre sans nécessairement partager ma conviction personnelle de nous trouver dans un monde mécanique sans finalité, que seule notre angoisse de la solitude face au néant de la mort justifie notre croyance en un au-delà.


Si je me suis étendu aussi longuement et aussi profondément, dans les deux chapitres précédents, sur des événements (la mort de Jean-Paul II et le drame de son successeur confronté à une des plus grandes crises de l'Église) qui ne devraient plus me concerner puisque ma position intellectuelle se situe dans l'agnosticisme, c'est que je tenais à préciser celle-ci.

 

Je rejoins le Professeur de Duve quand, dans son dernier livre, il pose les questions fondamentales pour l'être humain en s'interrogeant sur sa finalité (Qui sommes-nous ?  D'où venons-nous ?  Où allons-nous ? ) et qu'après avoir exposé ses connaissances étendues résultant d'une vie passée dans l'intimité des cellules, il conclut par l'interrogation « Et Dieu dans tous cela ? ».

 

Avec la plus grande prudence, le célèbre savant  avouera sa perplexité face à l'ampleur de la question ... il dénoncera le travers religieux de l'anthropomorphisme ... il dira : c'est l'homme qui a créé Dieu à son image ... Quant à sa position, il ne voudra pas démissionner d'une manière confortable en se réfugiant dans l'agnosticisme et refusera absolument de se définir comme athée ... A son avis, il faut « dépersonnaliser » Dieu, tout comme la nouvelle physique nous dit qu'il faut « dépersonnaliser » la matière.   Pour le professeur, il n'y a pas dans notre langage, pour désigner l'entité qui émergera ainsi, d'autre terme que celui d' «ultime réalité ». (Tiré de « A l'écoute du vivant » chapitre 18)

 

Quant à l'avenir des religions, il conclura :

 

Les religions ne doivent pas être abandonnées.  Elles doivent se débarrasser de leurs croyances mythiques, de leurs déclarations irrationnelles, de leurs enseignements obscurantistes, de leurs rituels magiques, de leurs prétentions abusives à une légitimité supérieure, de leur recours au chantage moral, sans compter parfois leurs appels à la violence.  Dépouillées de tous ces accessoires, mais en conservant intact le sens du sacré, elles doivent être soutenues et protégées afin de continuer à nous aider à contempler le mystère, respecter des préceptes éthiques, célébrer nos fêtes, partager nos joies et nos tristesses, supporter nos épreuves. (A l'écoute du vivant, page 361)

 

Dans son dernier ouvrage « Singularités, les chemins de la vie » le professeur de Duve, pose des questions essentielles : Qu'est-ce que la vie ?  Quelles en sont les caractéristiques et comment est-elle apparue ?  - (Tous les organismes vivants, animaux ou humains, descendent d'une cellule ancestrale unique. Tous utilisent le même langage et le même code génétique)Christian de Duve décrit dans ce livre les étapes de l'évolution qui fut une succession de hasards et de nécessités, de « singularités », dont il définit les différents types comme autant de balises, de jalons, qui ont tracé les chemins de la vie. (Texte de la dernière page de garde du livre)

 

La croyance en des forces supérieures à la base de notre existence aboutissant à la religiosité vient du sentiment que notre mécanique intelligente n'est pas le fait du hasard parce que sa finalité supérieure se situe au delà de notre vie terrestre.  Pour la plupart des êtres humains,  l'éducation dans le bain familial et le milieu les y conduit immanquablement.

 

Je n'ai cessé de décrire ce long cheminement personnel dans une recherche sincère de la vérité, avec des moyens intellectuels limités par une formation disparate que certains jugeront, peut-être,  peu sérieuse. Cependant celle-ci a pu être complétée et enrichie par un labeur intellectuel encyclopédique constant qui m'a contraint à toucher toutes les disciplines.

 

De plus, le « bon sens paysan » ou celui du comptable avec sa « logique qui tue » comme disait un de mes anciens patrons, peut, en se contentant d'un raisonnement simple, s'exprimer timidement et discrètement dans le concert des grands penseurs enivrés de théories savantes.

 

Aussi pour terminer ce livre, que certains qualifieront « d'erreur de vieillesse », rédigé pour ceux de mes proches qui auront la patience et l'indulgence de me lire, je tiens à avancer les conclusions suivantes autant sentimentales qu'empreintes de ce fameux « bon sens » :

 

Pendant les quatre-vingt années d'existence ... (quatre cinquième de siècle  ça compte, bon sang ...) que je viens de subir, mon cerveau s'est organisé pour penser, aussi me suis-je interrogé sur tout, emmagasinant des quantités d'expériences dans les domaines les plus divers et les plus controversés.

 

J'ai débuté ces « mémoires », il y a dix ans, avec la relation émue et chaleureuse de mon enfance chrétienne dans une famille aimante, et ensuite, sous l'œil bienveillant de mes oncles prêtres, celle de ma jeunesse dans le bain ecclésiastique d'un entourage éducatif très fervent et idéaliste.

 

{18} Des amis merveilleux m'ont initié aux valeurs supérieures de l'être humain et m'ont fait découvrir dans toutes ses expressions les plus subtiles le monde éthéré du « beau » authentique.


Ils ont poussé pour moi les barrières de leur jardin intime et m'y ont fait pénétrer.  J'y ai découvert les délicates fleurs de la pensée élevée, le bleu des ciels de l'enthousiasme, le parfum enivrant de l'idéal, le souffle puissant de la grandeur...

 

Leur foi était et est toujours belle, réconfortante de certitude, chaleureuse d'amour partagé, bâtie sur les hauteurs lointaines de l'inaccessible dans le matériau  immatériel et évanescent du rêve et de la poésie.

 

Grâce à eux, je connus les plus grands moments de ma vie dans la ferveur et la candeur de ma jeunesse, dans l'emballement d'un idéal de service et de partage avec les plus faibles....

 

{19} Ensuite, ce fut pour moi la rencontre avec  l'amour dans la dualité profonde de deux âmes complémentaires qui s'enrichissent de la découverte de l'immensité de l'autre comme une mer infinie qui recule les horizons....

 

.... avec le bonheur de marcher ensemble sur le chemin de la vie, main dans la main pour la joie, épaule contre épaule pour l'adversité, les yeux levés pour l'espoir et les mâchoires serrées pour  la souffrance....

 

.... avec la joie de partager à deux l'ouverture au savoir, au « beau », au rêve, à la poésie, à l'irréel imaginaire, à la méditation de l'âme qui élève la pensée au sublime....

 

.... pour se prolonger dans le nid du foyer et y accueillir l'avenir-enfant qui s'y installe exigeant de pérennité, guider ses pas incertains, partager son inquiétude, soutenir la marche hésitante de ses découvertes jusqu'à l'envol vers des territoires nouveaux.... faits du futur des générations en puissance....

 

Tout au long de ce long chemin, je découvris l'immense plénitude de celui qui se relève lentement, victorieux de l'adversité, quand il fut le genou à terre.

 

Merci au hasard qui m'a fait naître du « bon côté de la barrière » et m'a procuré le plaisir de m'aventurer  dans les dédales, arcanes et méandres de notre civilisation du bien-être et de la consommation pour m'y ménager, avec les miens, une place confortable et rassurante avec la complicité de ce qui fut la plus grande société belge.

 

C'est ce qui m'a autorisé le bonheur dans une existence diversifiée, colorée et sentimentale, aboutissant à l'ouverture multiculturelle, riche d'enseignement et de joies profondes.

-----------