L'Indonésie (Contradus Danisworo, étudiant à la VUB, maître-danseur indonésien)

Tu es le berceau de l'homme

Aux silences du passé :

Pithécanthrope trouvé

Bien loin d'Adam et la pomme.

 

De tes îles éruptives

Sans cesse bourgeonnantes

Les mers sorties captives

Des entrailles grondantes,

Déchireront le ciel,

De malheur et de fiel.


Grand peuple de misère,

Attaché à ses mers,

Implore toujours tes dieux

Pour qu'ils t'épargnent bien mieux.

 

{8} Notre ami Michel qui, on s'en souvient, préparait un doctorat en anglais à l'université néerlandophone de Bruxelles, nous avait présenté son « maître de thèse », Josèphe Hus, directeur du centre météorologique de Dourbes dans les Ardennes, qui se lia d'amitié avec notre famille. Intéressé par notre démarche, il devint un des plus enthousiastes participants à nos réunions, dénichant parmi ses étudiants étrangers des présentateurs de qualité.

C'est ainsi qu'il nous mit en relation avec Condradus Danisworo, qui présenta le 24 février 1984, son pays : l'Indonésie.

L'Indonésie est le plus grand archipel du monde. De 1.919.440 km² de surface (avec la Nouvelle Guinée occidentale qui fait partie du continent australien), elle est constituée de 17.508 îles dont environ 6.000 ne sont pas habitées et comptait 222.600.000 habitants en 2004 (quatrième pays le plus peuplé du monde après le Chine, l'Inde et les USA). Capitale et plus grande ville : Jakarta.

C'est la zone volcanique la plus active du globe (130 volcans en activité) : tremblements de terre et tsunamis fréquents (celui du 26 décembre 2004 a fait près de 200.000 morts).

C'est un gros producteurs de riz, après la Chine et l'Inde, mais, en période de sécheresse, comme c'est la principale nourriture de ses habitants, il est forcé d'en importer.

Cette graminée produite essentiellement en Asie exige un énorme labeur humain, beaucoup de chaleur et d'eau, et n'est rentable que dans des contrées à forte densité de main-d'œuvre bon marché.

Elle présente aussi le gros avantage de ne pas exiger d'assolement (alternance de culture) comme le blé : on peut cultiver le riz en rizières inondées sans discontinuer jusqu'à obtenir deux récoltes annuelles pendant des décennies (même des siècles) sans appauvrissement des sols.

Le riz blanc que nous consommons est d'un rendement faible de 50 à 60 kilos pour 100 kilos de grains bruts ou « paddy ». Son faible prix dans nos régions est dû au coût misérable de la main-d'œuvre locale, sinon cette denrée serait un luxe sur nos tables.

Les îles principales de cet archipel sont : Java et ses satellites Madura et Bali, ensuite Sumatra et enfin le groupe des îles de Bornéo, Célèbes, Moluques et l'ouest de la Nouvelle Guinée qui fait partie du continent australien.

Java est devenu célèbre, en 1891, suite à la découverte à Trinil par le paléontologue néerlandais Eugène Dubois d'un fragment de crâne qui devait appartenir à un de nos ancêtres, qu'il nomma Pithecantropus erectus et que l'on considéra comme le « chaînon » manquant entre les Primates et l'Homo sapiens.

L'archipel indonésien regroupe un grand nombre d'autochtones de races, de cultures et de langues différentes. Comme souvent, c'est la colonisation qui fait l'unité d'un pays et en l'occurrence celle des Hollandais, surtout au dix-septième siècle, dans un but principalement commercial (c'était l'époque de l'enrichissement par les épices : un gramme de clou de girofle valait plus qu'un gramme d'or).

Ce n'est qu'à la suite de la faillite de la Compagnies des Indes Orientales, au dix-neuvième siècle, lors du « puputan » (suicide collectif) de 1910 et du livre révélateur de Vicky Baum « Sang et volupté à Bali », que le gouvernement hollandais d'abord et puis la Couronne batave s'efforcèrent d'imposer une politique sociale et éducative plus humaine, interrompue malheureusement par la seconde guerre mondiale.

Autre fait marquant à signaler, l'influence de l'Islam qui s'y introduisit en douceur en s'adaptant harmonieusement aux coutumes, imité par la suite par les bouddhistes chinois. A la fin du treizième siècle, Marco Polo signalera déjà l'émergence de régions islamisées dans le nord de Sumatra. Et dès le quinzième siècle, on relèvera la création des premiers États musulmans à Java, avant leur expansion générale au seizième siècle

Les Portugais avec Vasco de Gama en 1498 apparaîtront en Inde avec la prise de Goa en 1510 ainsi qu'en Indonésie, la même année, avec la conquête de Malaka. Il est intéressant aussi de signaler l'arrivée de Magellan aux Philippines en 1521.

Cependant l'incursion des Portugais fut de courte durée et profita aux musulmans déjà bien implantés : cette « conquête chrétienne » dérangeante favorisa l'expansion de l'Islam mieux intégré et bien adapté aux coutumes locales tout en symbolisant l'opposition à l'envahisseur portugais.

De nos jours, cette population considérée habituellement comme musulmane (officiellement 87%) ne l'est que superficiellement . Confrontée à une quantité de croyances de toutes sortes, en raison de la multiplicité des races et des cultures qui s'y rencontrent, elle a trouvé plus habile et plus sage de se donner une constitution de « compromis déiste » appelée « Pancasila » où il n'y a pas de place pour l'athéisme, chacun vénérant le ou les dieux qu'il veut dans une pratique et une tradition musulmanes.

Les Hollandais, grands commerçants et grands voyageurs s'étaient introduits dès 1600 pour y installer des « comptoirs » dont la célèbre « Compagnie des Indes orientales ». Anglais, Français et Japonais firent de même.

Cependant les agents de la compagnie hollandaise bien organisés et habiles finirent par s'implanter en tirant adroitement profit des conflits qui ne cessaient d'opposer princes, seigneurs, sultans et manants du coin.

S'appuyant sur les autorités locales, ils créèrent un réseau bien organisé de cellules villageoises avec chef de village élu par les paysans ou d'entités citadines surtout portuaires de marchands et commis prospères.

L'unification religieuse, linguistique et administrative d'une population aussi hétéroclite ne put se réaliser qu'à la faveur de facteurs liés à la montée d'un Islam bien intégré, tolérant et adapté aux coutumes locales, comme déjà signalé, mais aussi d'une extension linguistique du malais (à la base de l'actuel indonésien) qui sera imposé dans les écoles, le tout étant couronné par une gestion administrative dure des Néerlandais.

De la Révolution à l'Empire, l'Europe connaîtra des bouleversements de régime suivis de nombreux changements de monarque et modifications de frontières. Louis Bonaparte deviendra roi des Pays-Bas (1808) et les Anglais, maîtres des mers, opèreront un blocus de l'île. En 1811, ils rattacheront le comptoir néerlandais au gouvernement général des Indes anglaises pour le restituer en 1814, après la chute de Napoléon, sous certaines conditions dont le maintien de Singapour sous la bannière britannique.

Dès 1830, les Pays-Bas revenus dans leur ancienne colonie imposent un régime sévère de colonisateur avec le « kultuurstelsel » ou régime des cultures : contrôle par les autorités de l'exploitation des produits d'exportation et abandon au gouvernement d'un cinquième des terres et d'un cinquième du temps de travail de chacun.

La création du canal de Suez réduira les distances et les colons néerlandais afflueront (ils seront près de 75.000 en 1900) avec des fortunes diverses en raisons des aléas inhérents à ce genre d'exploitation (maladies, chute des cours de matières premières, modernisation des installations).

Pressée par l'opinion publique mondiale, la Hollande accordera l'indépendance au pays le 17 août 1945, mais ne sera effective qu'en 1949 avec Soekarno comme premier président du pays. Il s'efforcera de maintenir l'unité du pays menacée par le conflit entre religieux et communistes.

Elle éclatera cependant en 1965, lors de la révolution du commandant la garde de Sukarno, Untung, qui prétendit déjouer un coup d'État. Le général Soeharto, commandant les réserves générales de l'armée, écrasera cette tentative de prise de pouvoir des communistes en leur faisant une chasse génocidaire (500.000 à 1.000.000 de morts) alimentée par la haine des musulmans pour les athées rouges. Soeharto force Soekarno à lui transférer le pouvoir.

Avril 1997, crise financière asiatique et crise économique. Les émeutes à Jakarta, en 1998, provoquent la démission de Soeharto.

Comme si ça ne suffisait pas, ce douloureux pays fut encore victime d'attentats perpétrés par des musulmans fanatiques inspirés d'Al-Qaïda qui frappèrent Bali, surtout le 12 octobre 2002 dans la ville de Kuta, en y faisant 202 morts et 209 blessés dont une majorité d'Australiens.

Cependant espoir quand même avec les premières élections démocratiques en 1999 et la première élection présidentielle au suffrage universel en 2004.

Notre conférencier, Contradus Danisworo, était un maître-danseur, art subtil et raffiné très en vogue dans les milieux cultivés des « Îles ». Il nous fit une démonstration étonnante et pleine de charme de son talent, accompagné de quelques musiciens recrutés par l'ambassade d'Indonésie.

Monsieur Tobing, ministre plénipotentiaire d'Indonésie, répondit aux questions qui fusaient de partout, montrant l'intérêt et l'attachement que notre public apportait à ce grand et valeureux pays.

Les employés de l'ambassade nous gâtèrent en nous présentant un film magnifique « L'aurore du monde », superbe document sur l'histoire de « l'homo » que révèle l'île de Bali et en nous servant ensuite un thé indonésien accompagné de « tchata » (sorte de biscuit).

 

 

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