L'intelligence - L'intelligence n'est que référentielle - Le matériel cérébral de l'intelligence

 

Ch. 29.04e - L'intelligence n'est que référentielle


Toutes réflexions profondes imposent des rétroactes et synthèses afin de maintenir un canevas logique qui évite les erreurs et les mécomptes. C'est dans cet esprit, que je me livre à un survol d'idées essentielles.

L'univers est comme un cœur qui bat avec ses flux et reflux. Acceptons l'insignifiance de notre petite centaine d'années de vie en regard des milliards d'années que dure l'univers que nous connaissons et qui est lui-même insignifiant, par rapport à l'infini du temps si on l'associe à l'espace.

C'est en méditant cette évidence que nous nous mettons à douter de sa vraisemblance par  réflexe anthropocentrique.

Notre intelligence n'est que référentielle, c'est important de le souligner! C'est-à-dire que c'est par rapport à des éléments de connaissance  (des références) que nous ont transmis nos « maîtres » et notre culture que nous bâtissons notre personnalité.

Notre intelligence est un mécanisme qui enregistre un savoir dont nous héritons et qui est lui-même la conséquence de l'évolution de civilisations antérieures qui l'ont élaboré.

Notre type d'existence est basé sur un processus de sélection par élimination des moins adaptés et des plus faibles. L'espace (terrestre) étant limité, toute prolifération doit être soit  contenue par un prédateur local, soit exporté dans les limites terrestres ou éventuellement, pourquoi pas, extra terrestres pour les  humains performants.

Comment et quand survient ce prédateur, par quelle mutation ?

Ainsi que nous l'avons évoqué plus avant, par prolifération, une espèce sature à un moment donné un espace limité, d'où élimination des plus faibles, les plus forts résistent, s'adaptent et continuent à se multiplier jusqu'à nouvelle saturation.

Une mutation lente et progressive se produit : ainsi, l'herbivore digère d'abord la charogne en temps de sécheresse pour devenir ensuite carnassier.  Par mutation et  avec la patience du temps, il deviendra un carnivore performant.

La fonction crée l'organe, disait Lamarck et le milieu modifie le patrimoine génétique. Ces mutations peuvent prendre des centaines de milliers d'années, voire des millions d'années. Il faut dire, également, que les mutations importantes sont le résultat « d'accidents » rares mais aux conséquences fondamentales (la plante mutant vers l'herbivore et celui-ci vers le carnivore par passage obligé ou non dans le milieu marin).

Ces mutations longues, impitoyables et cruelles aboutissent à des nouveaux êtres vivants adaptés aux problèmes spécifiques de surpopulation. Il est à remarquer que ces phénomènes d'adaptation sont d'abord locaux, en vase clos, puis se répandent, à la faveur d'événements climatiques, sismiques, océanographiques ou autres.

C'est ainsi qu'aux transformateurs de sels minéraux, de photons et d'énergie qu'étaient les premiers unicellulaires, ont succédé les transformateurs de ceux-ci jusqu'à une algue ou un végétal marin qui a dissocié l'oxygène de l'eau et ensuite ceux qui lui ont succédé jusqu'aux transformateurs de planctons et de végétaux que sont les poissons non piscivores et les insectes marins suivis de leurs propres prédateurs et enfin les herbivores et insectes terrestres, eux-mêmes consommés et assimilés en bout de chaîne par les carnivores et insectivores.

C'est ici qu'il faut reprendre son souffle, pour conclure que nous nous trouvons devant un immense mouvement « exponentiel », parti de la naissance de « notre » univers, sorti lui-même d'un mécanisme fondamental unifié et bien exprimé par la formule d'Einstein.

Rien n'est statique et tout est en « progression » (le facteur c²)

Ce grand principe, qui a été expérimenté et prouvé par les explosions nucléaires et dans les centrales qui développent des énergies exponentielles (la radioactivité), est la preuve irréfutable de l'unification des forces (énergies), mais surtout de leur « activité exponentielle » dans le temps et l'espace.

C'est la raison pour laquelle l'élimination des déchets radioactifs est un problème sans autres solutions que de les enfuir dans les profondeurs de la croûte terrestre.

La formule d'Einstein exprime bien par l'élévation au carré du facteur  c (mis pour céléritas ou vitesse) ce mouvement exponentiel, moteur de l'Univers-Total.

Ces « vérités » de la science nous interpellent profondément, car elles ne correspondent pas à ce que nous expérimentons ou constatons dans notre vie de tous les jours dans le cadre de notre existence planétaire.

Cependant dès que nous quittons cet environnement, notre logique de « terriens » est déboussolée ... et les lois fondamentales que nous commençons à découvrir semblent appartenir à un autre monde ...

A tel point que nous devons nous rendre à l'évidence, notre « réel » ou ce que nous croyons comme tel, est illusoire ... dans le sens que nous évoluons dans un monde d'apparence et que ce nous croyons là n'est vraiment pas là comme dit Jean Guitton, un des grands penseurs catholique du vingtième siècle (décédé en 1999, à l'âge de 98 ans).

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Cantate de l'illusoire


Illusion,... illusion

Tout n'est-il qu'illusion ?

Temps et espace

Quelle est votre place ?

 

Les dieux du hasard

Ont jetés les dés,

Les dés des avatars

D'un monde organisé.

 

Cogito ergo sum

Je pense, donc je suis.

Mais aussi :

Je pense parce que je suis.

Et puis

Être ou ne pas être,

Là est la question.

 

Obsédantes mélopées

Aux frontières du réel ;

Primauté de l'être

Dans l'infini de l'existant.

 

Angoisse de l'esprit

Qui se sait seul,

Qui cherche des dieux,

Qu'il ne voit plus

Qui cherche des raisons,

De se trouver là,

 

Qui cherche son âme

Et qui ne trouve que fiel

Alors qu'il cherche le ciel.

 

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Ch. 29.4e - Le matériel cérébral de l'Intelligence.

 

Au lecteur qui me suit encore, je vais me hasarder maintenant à lui livrer mes cogitations (mot un tantinet péjoratif qui me rappelle cependant le « cogito ergo sum » de Descartes)

Le mot réel désigne ce qui existe vraiment par rapport à l'irréel qui lui serait illusoire parce qu'il appartient à l'inexplicable, provenant de l'illusion qui découle de l'amalgame de deux mondes incompatibles (la terre en trois dimensions ou quatre si l'on y ajoute le temps et l'univers en une seule sous-jacente : les forces ou e = énergie ).

Notre réel est constitué des événements qui nous font prendre conscience de notre existence.  Poser un crayon sur sa pointe est un acte humain qui a deux sens : celui qui résulte de l'acte physique et l'autre, intentionnel, qui déclenche une réflexion, en me situant dans l'espace, dans le but de coucher des signes sur un support « papier » pour capter une réflexion que je tiens à garder, relire, transmettre ... ou détruire ...

Cette démarche est le résultat d'une action qui a fait démarrer un processus de pensée raisonnée provoqué par une recherche intellectuelle sur le sens de l'existence de l'être intelligent que nous sommes devenus.

C'est une des péripéties de l'histoire des êtres vivants comme le fut celle des dinosaures :  La pérennité de notre espèce est certes aussi fragile et aléatoire.

A ce propos, il est intéressant de parler ici de ce que j'appelle le grand « SI » :

Si un astéroïde énorme n'était pas tombé sur la terre, il y a environ soixante millions d'années, provoquant le nuage opaque qui plongea celle-ci dans  la quasi-obscurité et le froid, les dinosaures et la végétation primaire qui les nourrissait auraient continué à évoluer dans leur démesure, poursuivant une évolution antérieure de cent cinquante millions d'années et nous ne serions pas là.

 Voilà ce que disent deux grands scientifiques, Gordon Kane et Christian de Duve :

 « Les dinosaures nous donnent une bonne raison de ne pas prendre au sérieux les arguments anthropiques non minimaux qui impliquent que tout dans la nature fut conçu pour la vie humaine. La Terre était un endroit idéal pour eux ; leur espèce fut dominante pendant près de cent cinquante millions d'années, soit presque trois fois plus longtemps que les mammifères et cent fois plus que l'espèce humaine.  Sans le hasard d'un astéroïde tombé voilà soixante millions d'années, peut-être leur espèce régnerait-elle encore sur la surface de la Terre.  Tout argument censé débrouiller les mystères de l'univers devrait s'appliquer aussi bien à l'univers d'il y a cent millions d'années qu'à celui d'aujourd'hui.  Si l'univers a été conçu exclusivement pour l'Homme, c'est que quelqu'un a dû se tromper. En effet, pourquoi ne pas imaginer que l'espèce humaine soit anéantie du jour au lendemain par une collision avec un astéroïde ou même par l'expulsion de la Terre hors du système solaire, du fait de l'attraction gravitationnelle d'une étoile ou d'une planète de passage. ». (Gordon Kane dans « Super-symétrie »  page 232)

 « On sait depuis longtemps par les restes fossiles qu'une catastrophe planétaire a dû se produire il y a environ 65 millions d'années, provoquant l'extinction des dinosaures et de nombreuses autres espèces vivantes.  En 1978, deux physiciens américains, Luis Alvarez et son fils Walter, trouvèrent des indices dont ils déduisirent que la chute d'un gros astéroïde était le phénomène responsable de ce cataclysme. Cette hypothèse a depuis été amplement confirmée et le point d'impact a même été localisé, en un endroit dénommé aujourd'hui Chicxulub dans la péninsule de Yucatan, au Mexique. Ce cas est fréquemment cité comme exemplaire de la portée considérable des effets que des circonstances environnementales fortuites peuvent exercer sur l'évolution biologique.  N'était un énorme boulet tombé du ciel, les dinosaures en seraient peut-être toujours à parcourir la terre, les mammifères mèneraient une existence précaire à l'ombre des grands reptiles et nous ne serions pas là pour le constater. »

D'autre part, nul n'ignore que  la fin de notre monde  est inéluctable dans un million ou deux d'années, quand notre soleil s'effondrera sur lui-même pour devenir ce qu'on nomme, faute de mieux, un trou noir, entraînant avec lui toutes ses planètes et nous par conséquent (Christian de Duve, prix Nobel de médecine, dans « A l'écoute du vivant » page 215).

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Tiré du dictionnaire du ciel et des étoiles de Trinh Xuan Thuan, pages 234 à 237 (édition août 2009)

De temps à autres, il arrive que des influences gravitationnelles, fassent dévier les astéroïdes de leurs orbites … et entrent en collision avec la terre … Il y a 65 millions d’années les dinosaures régnaient en maître sur la terre … un astéroïde énorme d’une taille de 15 kilomètres (une montagne), d’une masse de 10.000 milliards de tonnes, se fracassa sur la terre, avec la force explosive de 1 milliard de mégatonnes de TNT, soir environ mille fois la puissance réunie de tous les arsenaux nucléaires de la planète … Il s’ensuivit un raz de marée haut de plusieurs centaines de mètres qui déferla sur la Caraïbe, ravageant Cuba, la Floride, et la côte du Mexique. Le fantastique impact projeta en l’air plus de 100.000 milliards de tonnes de pierre vaporisée dont 1% restèrent suspendues dans l’air des mois durant, sous forme d’une très fine poussière. … Les vents répartirent cette poussière tout autour du globe, bloquant la lumière et la chaleur du soleil pendant plusieurs années en une longue nuit hivernale … Les trois quart des espèces vivantes disparurent, dinosaures inclus … Seuls survécurent les petites espèces dont les petits mammifères qui, sans prédateurs, proliférèrent jusqu’à l’homme dans une nature qui se modifia … Ce scénario meurtrier est le meilleur à notre disposition pour expliquer la brutale disparition des dinosaures … La croûte terrestre ne contient normalement pas d'iridium, alors qu'il est présent non seulement près du lieu de l’impact, mais répandu sur toute la terre, preuve de l'origine extra-terrestre du phénomène.

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Qu'est-ce que notre réel ?   Il n'a de sens que  situé dans l'espace et dans le temps.

Hors de ce contexte-là, il n'existe pas.  Nous devons en tenir compte dans une réflexion plus poussée dans laquelle nous ignorerions le réel : il n'existerait pas hors de l'espace-temps. On pourrait en déduire logiquement que le réel (le nôtre) est alors illusoire dans ce contexte général.

Partant de ce postulat, nous pourrions avancer que notre évolution dans le contexte espace-temps a deux dimensions : 1. une dimension fixe et immuable qui serait  fondamentale et réelle (exister) dans notre individualité et 2. une dimension évolutive qui serait du domaine de « l'illusoire » dans l'absolu parce que nous appartiendrions à un mécanisme aléatoire d'espace et de temps dépendant  de « forces » qui sont sous-jacentes et régissent tout l'univers (ou un univers-bourgeon dans l'hypothèse d'un univers-total).

L'absolu milite en faveur de l'unification : A partir du moment où on s'en tient à la formule d'Einstein, il n'y a pas d'autre alternative : une force (ou une énergie fondamentale) est non seulement le moteur du « Tout » mais sa seule raison dans une conception unifiée ... et logique ...

Cette théorie donne à l'espace-temps une dimension différente de celle que notre intelligence conçoit et perçoit parce que cette dimension est située dans un contexte général  de "forces" qui les produisent.

Le temps, l'espace et la matière sont donc les produits de cette force ou énergie qui ne cessent de se manifester dans un "Tout" que génère ces forces dans un mouvement perpétuel : dans un tel contexte, le néant statique est inconcevable ... 

Il est donc souhaitable qu'on fasse l'effort intellectuel de s'en débarrasser, et de tenter la restructuration des données que l'on va traiter non plus dans leur contexte habituel mais dans un contexte ex-anthropique et hors espace-temps.

L'hypothèse la plus valable reste que l'infini n'existe pas dans l'absolu.  Si nous supposons qu'il existe, c'est parce que nous nous trouvons dans ce contexte de limite et d'origine, ce qui nous amène à penser qu'en dehors de lui, on ne peut trouver que l'infini soumis lui aussi à l'espace et au temps, alors que c'est impossible.  Einstein l'avait bien compris lui qui inventa le concept d'espace-temps qui unifie les deux données en une « force » (e = mc²)

Probablement qu'il s'agit là d'anthropomorphisme, d'une erreur de l'homme confiné dans son univers étroit.  Nous devons donc nous écarter de ces notions d'infini pour nous en tenir aux éléments d'un environnement que nous allons tenter d'approfondir.

Cependant, avant d'entreprendre cette démarche, je tiens à évoquer dans le prochain chapitre l'importance de Darwin, dont on a célébré l'anniversaire des deux cents ans de naissance, il y a deux ans, qui bouleversa toutes les théories sur les origines des espèces et de l'homme ainsi que sur leur évolution.

 

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