La Pologne (Madame du Bois d'Aische présente la Pologne)

Pologne de Dieu,

De Walesa et son pape

A genoux, bras en croix,

En prières désespérées

Pour sa foi piétinée.


Pologne de Dieu,

Terre de l'holocauste,

Livrée aux tyrans,

Aux voisins sans âme,

Tu implores ta Vierge noire

De chasser leur haine

De calmer ta peur

D'accueillir tes morts.


Pologne de Dieu,

Terre de souffrance

Aux champs de démence,

En des cieux de misère,

Pour des peuples amers.


Pologne de Dieu,

Éperdue de foi,

A la traîne du monde,

Quand trouveras-tu

L'apaisement et le bonheur ?

 

{12} Madame du Bois d'Aische, Polonaise d'origine, assistait régulièrement à nos séances. Elle nous proposa de présenter son pays. Nous fûmes intéressés car nous allions présenter pour la première fois un pays européen et, qui plus est, nous donnait l'occasion de lever légèrement le « rideau de fer » à l'époque toujours existant.

Ainsi donc, le 25 janvier 1985, nous présentâmes ce pays, martyr de l'histoire comme tous ceux d'ailleurs que nous proposâmes précédemment, bousculés et torturés, eux aussi, par les régimes et les grandes puissances.

Notre projecteur se chargea d'ouvrir les fenêtres du grand écran sur des paysages et des lieux historiques uniques que nous présentèrent deux très beaux films : « Cartes postales » nous ravira les yeux à la vue des plus beaux coins de Pologne, reconstruits depuis la dernière guerre mondiale, scrupuleusement reconstitués à l'identique et « Les trésors de Jasna Gora », monastère élevé sur les hauteurs de la ville de Czestochowa, nous révélera, dans son écrin, les œuvres-témoins de 600 ans de ferveur religieuse chrétienne.

D'époque médiévale, l'image byzantine miraculeuse de la Vierge à l'Enfant fut apportée en 1382 par le duc Ladislas qui fit construire sur les hauteurs de Czestochowa une église et un monastère. L'église fut reconstruite en basilique de style baroque après l'incendie qui la détruisit en 1690.

L'icône fut souvent en danger, même volée, suite aux nombreux troubles, invasions et pillages qui ne cessèrent de la menacer. Le visage de la Madone porte encore les traces de deux coups de sabre donnés en 1430 pendant les guerres hussites (guerres contre Jan Hus, réformateur religieux tchèque, fondateur du protestantisme allemand, qui sera brûlé vif par ses opposants).

Cette icône pieuse est mondialement vénérée et considérée par les autorités religieuses comme miraculeuse, ainsi d'ailleurs que quelques célèbres reproductions parmi les quelque 350 qui sont un objet de culte dans le monde.

Cette vénération a donné lieu à un courant mondial de pèlerinage annuel fréquenté par 4 à 5 millions de personnes venant de 80 pays, dont plus de deux cent mille à pied. (les plus longs voyages faisan jusqu'à 600 kilomètres pour une durée de 20 jours)

La tradition locale voudrait que ce soit Saint Luc, l'évangéliste, qui aurait peint l'icône sur un morceau de table en bois de cyprès en provenance de la « Sainte Famille », Marie ayant posé pour le portrait.

Aux antipodes de ce mouvement de ferveur religieuse pour une divine madone et son enfant, entachant gravement la mémoire des hommes, on déplorera de trouver Auschwitz, le plus célèbre lieu d'extermination de « races humaines inférieures », situé en haute Silésie, près de la petite ville polonaise d'Osjewice.

Madame du Bois d'Aiche évitera, par délicatesse pour notre salle de s'étendre sur cette période criminelle de l'histoire. Cependant, par devoir de justice, je me permettrai de révéler dans leur sinistre réalité les faits et les chiffres qui noirciront à jamais la conscience de l'humanité.

Rappelons que le 1er septembre 1939, les Allemands envahiront la Pologne, atteignant Varsovie en 7 jours (première guerre éclair ou blietzkrieg). Ce fut la cause et le début de la deuxième guerre mondiale. Les Russes feront de même le 17 septembre et le pays sera partagé entre les deux puissances, un pacte de non-agression ayant été conclu avec Staline. Mais en En juin 1941, les allemands du troisième Reich déclarent la guerre à la Russie, mettant fin à deux années d'entente tacite entre les deux nations.

Ce fut le début d'un génocide gigantesque perpétré par les nazis (6 millions de Polonais, dont 3 millions de juifs).

Le premier camp d'extermination d'Auschwitz de 45 km², ouvert le 14 juin 1940, fut à l'origine destiné aux prisonniers politiques polonais qui servaient de main-d'œuvre gratuite à une usine de caoutchouc synthétique implantée sur place.

Par la suite, les « SS » à la tête du camp extermineront trois millions de Polonais, de juifs et même de prisonniers de guerre russes, par fusillade, chambre à gaz ou épuisement. C'est là aussi que se fournissait le professeur Hirt en sujets pour ses expériences sur les êtres humains vivants, dans son institut d'anatomie de Strasbourg.

Ce génocide juif (6 millions), vilenie de notre époque contemporaine, viendra alourdir la tache ignoble de l'antisémitisme qui enlaidit l'histoire de l'occident depuis le début de notre ère. Nous ne pourrons sans doute jamais effacer ce « crime énorme » de notre passé chrétien. Il a fallu attendre Jean-Paul II pour le reconnaître et implorer le pardon. Aussi restera-t-il pour nous, en piètre réparation, un vigilant devoir de mémoire à transmettre aux générations futures.

Les monstruosités d'Auschwitz font douter de l'humanité et de la civilisation occidentale : victimes nues en file devant des fosses énormes pour être abattues comme du bétail ou alignées au fond du trou et exécutées d'une balle dans la tête pour s'écrouler sur le cadavre des autres.

Pour épargner les bourreaux, eux-mêmes dépassés par l'horreur, leurs dirigeants imaginèrent les « chambres à gaz », sorte de salles de douche d'une centaine de personnes, où les malheureuses victimes étaient asphyxiées par des émanations mortelles d'acide cyanhydrique qui leur était envoyées dans des locaux hermétiquement clos ; ou encore, trouvaille sinistrement ingénieuse autant qu'économique : retourner les tuyaux d'échappement des camions dans l'espace où étaient confinés les condamnés, ainsi mortellement asphyxiés pendant le trajet vers les fours de crémation.

L'ancienne Pologne eut le triste privilège de réunir sur son territoire les six camps d'extermination du Reich : (entre parenthèses le nombre de milliers de morts) Auschwitz (1.100/1.500), Chelmno (340),.Belzec (600), Sobibor (250), Treblinka (800), Stutthof (85)).

A ces camps de « nettoyage ethnique »,il faut ajouter tous les autres dit de concentration (entre parenthèses le nombre de milliers de morts) : En Allemagne, Berchen-Belsen (70), Buchenwald (56), Dachau (30), Dora-Mittlau (20), Flossenburg (30), Neuengame (55), Ravensbrück (90), Sachsenhausen (100) ; en Belgique : Breendonck (0,391) ; en France :Natzweiler-Struthof (25), en Pologne : Gross-Rosen (40), Majdanek (230) ; en Autriche : Mauthausen (95) ; en République Tchèque : Tserensienstadt (35)

La Pologne est une république intégrée à l'Union européenne depuis le 1er mai 2004, dont le chef d'État est un président, élu au suffrage universel direct pour cinq ans. Il nomme le chef du gouvernement et dispose du droit de veto qui ne peut être levé que par la chambre basse (la Diète ou Sejm - 460 membres)) à la majorité des deux tiers, le sénat lui comporte 100 sièges. 

Fondée au Xe siècle sur le territoire des Polanes, la Pologne devient au Moyen Âge une puissance incontournable en Europe centrale. Son premier souverain est Mieszko Ier, fondateur de la dynastie des Piast, qui règne sur la Pologne de 966 à 1370. La capitale est alors Gniezno, à l'Est de Poznań. 

Poste avancé de l'Occident catholique romain face aux mondes orthodoxe (russe, biélorusse, ukrainien), païen (balte), et musulman (turco-mongol), elle est aussi confrontée au Drang nach Osten (poussée germanique vers l'est), qu'il vienne du Saint Empire ou des Chevaliers teutoniques. Située au carrefour de plusieurs mondes, et dépourvue de frontières naturelles, la Pologne est extrêmement exposée aux invasions. Celles-ci, particulièrement au XIIIe siècle, ruineront le pays (invasions de la Horde d'Or mongole de 1248 à 1275). 

Casimir III le Grand, dernier roi de la dynastie des Piast unifie la Pologne. Elle atteindra son apogée aux XVe et XVIe siècles, sous la dynastie lituanienne des Jagellon, avec Ladislas II. 

La Rzeczpospolita Obojga Narodów (res publica de deux nations) résultant de l'union du Royaume de Pologne et du Grand-Duché de Lituanie (l'Union de Lublin - 1569), couvre alors un territoire qui « allait de la Baltique à la mer noire » et jusqu'aux portes de Moscou. La capitale était alors Cracovie, en Petite Pologne. Casimir IV réunit même pour une petite période les couronnes de Bohème (1471) et de Hongrie (1490) à celle de Pologne. 

La Rzeczpospolita se dota par ailleurs d'un système politique inédit depuis la Rome Antique, l'Aristocratie. Le Roi y était en effet élu, et non héréditaire. Certes, cette "république" ne donnait le droit de vote qu'aux seuls nobles. Cela représentait toutefois presque 10 % de la population et plus encore autour de Varsovie, devenue capitale au XVIIe siècle. Les nobles obligèrent le roi à céder de ses prérogatives, notamment en ce qui concernait les impôts, l'armée et la justice. 

Ainsi, le monarque polonais, à l'époque où les monarchies européennes (France, Espagne, Autriche, Prusse) "s'absolutisaient", était au contraire affaibli. 

La tolérance religieuse était une autre caractéristique majeure de la Rzeczpospolita. Si la majeure partie des paysans était restée catholique, de nombreux nobles s'étaient convertis au protestantisme, luthérien mais surtout calviniste. 

Par ailleurs, la Pologne avait donné abri (en particulier dans la ville de Leszno) aux "Frères tchèques" (Hussites) qui voulaient échapper à la re-catholicisation de la Bohême entreprise par les Habsbourg. Enfin, la Rzeczpospolita comptait une très importante population juive (5 à 10 % de la population totale), en particulier dans les villes et surtout dans la partie orientale du pays. 

En 1570, l'Accord de Sandomierz prônait la coexistence pacifique des religions. Il fut renforcé en 1572 par la Confédération de Varsovie. La tolérance était si grande que la noblesse polonaise contraignit Henri de Valois (1572-1574, futur Henri III en France), pour être élu roi de Pologne, à accorder plus de libertés aux protestants français. Mais cette tolérance se réduisit progressivement au XVIIe siècle, en particulier après 1655, quand la Suède protestante envahit la Pologne et fut arrêtée à Częstochowa, devant le sanctuaire marial de Jasna Góra. 

En 1683, Jean III Sobieski, arrête une offensive turque de grande ampleur sous les murs de Vienne. Malgré cet exploit, la Rzeczpospolita est peu à peu victime d'un long déclin, du fait de son système politique anarchique, et des nombreuses invasions (suédoises, russes, turques, prussiennes). À la fin du XVIIIe siècle, la Pologne perd son indépendance, partagée trois fois successivement entre ses voisins (1772, 1793 et 1795). La première division de la Pologne, en 1772, conduisit à un sursaut civique. Ce sursaut amena en 1791 à la proclamation d'une Constitution, nettement moins « révolutionnaire » que celle de la France, mais néanmoins perçue comme trop dangereuse pour ses voisins. 

Tout au long du XIXe siècle, la Pologne se vit écartelée, partagée entre la Russie, la Prusse (puis l'Allemagne), et l'Autriche (puis l'Autriche-Hongrie). Elle ne recouvre son indépendance qu'en novembre 1918. 

Comme la plupart des pays d'Europe du Centre-Est, à l'exception de la Tchécoslovaquie, les idéaux démocratiques des premiers temps ne durèrent pas. Le régime devint rapidement autoritaire, notamment sous l'influence de Józef Piłsudski. 

L'invasion allemande du 1er septembre 1939 déclenche la Seconde Guerre mondiale. La Wehrmacht atteint Varsovie en 7 jours grâce à sa stratégie du « blitzkrieg » et à sa supériorité technologique (la capitulation de Varsovie : le 28 septembre 1939). À l'est, l'invasion soviétique du 17 septembre anéantit tout espoir de résistance. Le pays est à nouveau partagé, cette fois-ci entre l'Allemagne nazie et l'Union Soviétique. 

À la fin du 2e conflit mondial, les Soviétiques conservent la partie orientale du pays, annexée en 1939, et la Pologne « glisse » vers l'ouest, en absorbant le sud de la Prusse Orientale, la Poméranie et la Silésie, allemandes depuis plusieurs siècles mais dont la population est chassée. Elle devient une république populaire inféodée à Moscou, et membre du Pacte de Varsovie. 

Premier pays du Pacte à se libérer de l'emprise soviétique en 1989, et à former un gouvernement non communiste et non lié au bloc soviétique. La Pologne fait partie, depuis 1999, de l'OTAN. En 2003, les USA lui attribuent le commandement d'une zone d'occupation en Irak. 

Madame du Bois d'Aische réalisa une présentation chaleureuse et raffinée de son pays en soulignant sa richesse culturelle et sa grandeur, martyre du passé, souffrant de l'injustice et de la cruauté de voisins qui ne cessèrent de l'opprimer et de la spolier.

Elle nous servit elle-même, un Bortsch ou Barszcz, sorte de bouillon de betteraves qui ont fermenté trois jours, relevé d'épices, oignons, cumin : breuvage absolument délicieux, servi bien chaud, ce qui était fort agréable en cette fin de janvier rigoureux.

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