Le Bouddhisme - Edmond Tang, chercheur à Pro Mundi vita

22n. – Le Bouddhisme. {15}

 

 

Ô, toi Bouddha, l’éveillé

Dans l’extase de ton Nirvana

Tu médites l’éternité

Dans un profond recueillement.

 

Tes fidèles suspendent

Leurs bandelettes

En pressantes supplications.

 

Et les moines extatiques,

Aux longues mains tendues,

Élèvent en douces prières

De lancinantes évocations.

 

Les moulins tournent,

Les chapelets s’égrainent,

Les chants se murmurent

En vagues monocordes

Telles des volutes d’encens

Au Bouddha souriant.

 

{15} On se souviendra d’Edmond Tang qui avait présenté la Chine et plus particulièrement deux familles et deux villages en mettant surtout l’accent sur la vie de tous les jours de deux entités de la Chine profonde aux activités aussi différentes que la culture agricole et l’élevage du ver à soie.

Edmond Tang est un chercheur attaché à «Pro Mundi Vita », spécialisé en christologie dans le contexte des religions chinoises, japonaises et coréennes.

Il nous fit un exposé très clair et pragmatique du Bouddhisme,cette démarche à connotation philosophico-religieuse n’est de toute évidence pas aisée de cerner. Nous avons eu la grande chance de trouver en lui un chercheur très éclectique dont une des principales tâches est de trouver des carrefours de croyance propres à unir les hommes dans leur recherche d’une vérité fondamentale quant à leur destinée.

Le bouddhisme est un des grands systèmes de pensée orientale, né en Inde au sixième siècle avant Jésus-Christ. On le considère plus comme une philosophie qu’une religion. Elle est assise sur trois bases, appelées les trois joyaux : le Bouddha (le fondateur), le Dharma (sa doctrine), le Sangha (communauté des fidèles ou ordre monastique suivant certains).

Le Bouddha, l’éveillé en sanscrit, est celui qui a réalisé l’éveil et atteint le « Nirvana ». La vie du Bouddha est riche en légendes relatant des miracles et des apparitions divines. Il semblerait cependant qu’un certain Siddhartha Gautama aurait existé qui serait né vers 624 avant Jésus-Christ et serait le Bouddha. Il connaîtra d’abord une vie de palais avant d’en partir à la recherche d’une solution à la souffrance. Il pratiqua d’abord l’ascétisme à tel point qu’il faillit mourir et chercha une autre voie.C’est ainsi qu’il atteignit ce qu’il nomma « l’éveil » et fut suivi par de nombreux disciples.

Le Bouddhisme serait né en 543, c’est-à-dire 81 ans plus tard. Ce ne sera qu’un millier d’années après que l’enseignement et les paroles du Bouddha commenceront à se donner et à se pratiquer.

Le Bouddha tel qu’il est révélé par les maîtres de son enseignement n’est ni un dieu, ni le messager d’un dieu. Son système de pensée n’a pas d’origine divine et est plutôt axé sur la compréhension de la nature de l’esprit humain, lequel pourrait être redécouvert par toute personne, par ses propres moyens et par l’expérience ; le bouddhisme des origines niait même la création du monde par les dieux, ainsi que la rédemption ou la révélation.

Il existe un bouddhisme chinois, un indien, un japonais, un tibétain pour parler des plus importants, mais aussi népalais, mongolien, cambodgien, coréen, laotien, birman, thaïlandais, vietnamien, bhoutanais…et même occidental.

Il est important de se pénétrer en profondeur de cette pratique qui tient autant de la religion que de la philosophie. A l’origine le bouddhisme était plus une philosophie qu’une religion, cependant très rapidement les pratiques religieuses propres aux régions compléteront son enseignement.

Le Dharma ou les préceptes fondamentaux de l’enseignement du Bouddha sont constitués de « quatre nobles vérités » :

  1. Toute vie implique la souffrance et l’insatisfaction.
  2. L’origine de la souffrance se trouve dans le désir et les attachements.
  3. La fin de la souffrance est possible.
  4. La voie moyenne mène à la fin de la souffrance.

La voie moyenne est un critère de sagesse, ainsi la méditation mène à la concentration et permet d’atteindre la sérénité, mais ce n’est pas le seul moyen, il y en a d’autres.

La voie moyenne est la quatrième des nobles vérités d’où part le « noble sentier octuple ». Le Bouddha a découvert le noble sentier qui donne la vision et la connaissance, conduit au calme, à la vision profonde, au nirvana.

Ce sentier comporte huit membres regroupés en trois parties :

1° La sagesse (prajna)

1/ compréhension juste ou vision de la réalité (samma ditthi)

2/ pensée ou émotion juste – dénuée de haine, avidité, violence

(samma samkappa)

2° La moralité, discipline, éthique (shila)

3/ parole juste – ne pas mentir ni semer la discorde par ses paroles, ne

pas bavarder oisivement ou parler abusivement. (samma vaca)

4/ action juste, respectant les 5 préceptes (samma kammanta)

5/ moyens d’existence juste (samma ajiva)

3° La méditation ou la concentration (samadhi)

6/ effort juste – surmonter ce qui est défavorable et entreprendre ce qui

est favorable. (samma vayama)

7/ attention ou prise de conscience juste – des choses, de soi, de son

corps, de ses émotions, ses pensées, des autres, de la réalité

(samma sati)

8/ Concentration juste : établissement de l’être dans l’éveil (samma samadhi

 

D’une manière générale les écoles distinguent trois caractéristiques de l’existence : (Wikipédia)

« Tout phénomène conditionné est insatisfaisant, tout phénomène conditionné est éphémère et toute chose est sans soi »

1° Le non-soi : de l’atome à l’univers en passant par les êtres humains et leur état d’esprit, il n’y a rien qui ait une existence indépendante et réelle par lui-même.

2° L’impermanence : tout est constamment changeant, tout est flux, rien n’est figé une fois pour toute.

3° La souffrance : ou insatisfaction : ce n’est pas que la souffrance physique ; du fait de l’impermanence des choses, rien ne peut nous satisfaire de manière ultime et définitive.

Les trois racines du mal ou les trois poisons sont : l’avidité, la colère, l’ignorance ou l’indifférence.

Le bien et le mal n’existent pas dans le Bouddhisme ; l’action est favorable ou défavorable.

Il y a une dizaine de préceptes progressant selon leur degré de raffinement que l’on retrouve dans plusieurs écoles :

S’efforcer :

· De ne pas nuire aux êtres vivants, ni retirer la vie,

· De ne pas prendre ce qui n’est pas donné,

· De ne pas avoir une conduite sexuelle incorrecte – garder la maîtrise de ses sens,

· De ne pas user de paroles fausses ou mensongères,

· De s’abstenir de paroles dures,

· De s’abstenir de paroles inutiles,

· De s’abstenir de paroles calomnieuses,

· De s’abstenir d’animosité,

· De s’abstenir de vues fausses.

 

Sous leur forme positive ce sont :

· Avec des actions bienveillantes, je purifie mon âme,

· Avec une générosité sans réserve, je purifie mon corps,

· Avec calme, simplicité et contentement, je purifie mon corps,

· Avec une communication véritable, je purifie ma parole,

· Avec des paroles salutaires et harmonieuses, je purifie ma parole,

· Avec des mots bienveillants et gracieux, je purifie ma parole,

· Abandonnant la convoitise pour la tranquillité, je purifie mon esprit,

· Changeant la haine en compassion, je purifie mon esprit,

· Transformant l’ignorance en sagesse, je purifie mon esprit.

(Dans ces formules positives, les 6ème et 7ème préceptes  négatifs sont regroupés en un seul).

Ces préceptes ne sont pas des règles absolues mais des guides de comportement éthique et ils varient suivant les traditions.

D’autre part, il y a aussi ce qui est appelé « les quatre incommensurables » ou demeures de Brahma, qui pourrait amener tous les êtres à la libération ultime et les conduire à une renaissance dans le monde céleste de Brahma et aux émotions positives puissantes développées par des pratiques appropriées :

- La bienveillance universelle développée par la méditation (metta bhavana)

- La compassion, née de la rencontre de la bienveillance et de la souffrance d’autrui, développée par la méditation (Karuna bhavana)

- La joie sympathique qui consiste à se réjouir du bonheur d’autrui (mudita bhavana).

L’équanimité ou tranquillité qui va au-delà de la compassion et de la joie sympathique est un état de paix face à toute circonstance, heureuse, triste ou indifférente (uppeka bahavana)

 

Quant à l’éveil, (Bodhi) pour les theravadins, c’est la compréhension parfaite et la réalisation des quatre vérités (se réveiller des renaissances successives) et de faire jaillir la vérité. Pour les adeptes du Mahayana, l’éveil a plus à voir avec la sagesse et la prise de conscience de sa propre nature de Bouddha.

L’éveil permet à l’homme d’entrer dans le nirvana, puis d’atteindre à sa mort le parinirvana (extinction complète).Le cycle karmique est donc brisé à jamais. Là où le bouddhisme theravada insiste sur l’extinction complète et irréversible du sansara, le mahayana laisse aux bodhisattvas la possibilité de s’y maintenir (sans toutefois produire de karma), par compassion pour les êtres vivants, qu’ils vont alors guider vers l’éveil.

Dans le theravada, la vacuité (état de ce qui est vide) est proche du concept d’anatta (le monde est vide en soi). Il existe une attention portée à la vacuité ainsi qu’une contemplation de cette vacuité.

Quant aux trois corps (ou kayas) de Bouddha, le canon pâli (ancienne langue, principalement religieuse, de l’Inde méridionale et de Ceylan) désigne trois corps de Gautama Bouddha :

° Son corps fait de quatre éléments, soit le corps historique de Gautama.

° Le corps mental par lequel Gautama se rendait dans les royaumes divins.

° Le corps de la doctrinel’ensemble des enseignements, qui demeurent un

certain temps après la mort de Gautama.

Dans le Mahayana, les trois corps d’un Bouddha sont trois plans d’expression de l’éveil :

° Le corps absolu : la dimension de vacuité de l’éveil. C’est un corps sans

forme ;

° Le corps de jouissance : c’est le premier des corps formels, visible par les

grands Bodhisattvas. Il est caractérisé par cinq perfections ;

° Le corps d’apparition, émanation illusoire se manifestant dans les mon-

des du sansara par compassion pour les êtres animés.

Certains ont voulu y voir un parallèle avec la Sainte Trinité chrétienne.

Afin de donner un « condensé » aussi actualisé que possible de cette importante matière, je me suis autorisé pour développer ce qui précède à reprendre dans les toutes dernières versions de Wikipédia les éléments essentiels qu’il m’a semblé utile de fournir à un lecteur qui comme moi cherche à se faire une idée générale de cette philosophie-religion.

Notre conférencier, à l’époque, s’était surtout efforcé de nous donner un exposé très spécialisé que nous avons écouté avec beaucoup d’attention, mais qu’il est difficile pour moi de résumer en quelques pages. J’ai donc préféré continuer la présentation actualisée et schématique adoptée depuis le début de ce chapitre.

Ce fut autour d’un thé parfumé que nous avons terminé une soirée tellement intéressante et instructive, tout en écoutant notre conférencier qui répondait aux nombreuses questions que certains n’ont pas manqué de lui poser.

 

 

°°°°°