Le Cambodge (Yan Sovanna, cambodgienne, soutien de ses compatriotes réfugiés en Belgique)

Ankor Vat,

« Ville qui est temple »,

Refuge au pied des cieux,

Multiples bras des dieux

En forêt d'exubérance.


Le corps de tes déesses.

Le phallus de tes éphèbes

S'érigent en hommage

A ta trinité bouddhique.


Ankor Vat

Dans un ciel de laideur

Quand sévit Pol Pot

Et gémissent

Ceux qui meurent


Ankor Vat

Sihanouk usé.

Pol Pot, au sort

Du million de morts

Pol Pot, la haine

D'un peuple en peine.


Ankor Vat

Dernières voix du passé,

De tes soupirs angoissés

Tu couvriras la terre

Et rempliras les mers :

Tu hanteras tes temples,

De voix qui assemblent

Tes peuples torturés.

 

{11} La séance suivante, le 30 novembre 1984, nous marquera davantage encore : notre conférencière vietnamienne Ohan Trin nous avait mis en relation avec une voisine de rue, Yin Sovanna, Cambodgienne active comme elle dans l'action d'aide à ses compatriotes.

Yin Sovanna était accompagnée d'un représentant des réfugiés du Cambodge auprès du Benelux ; rappelons qu'à cette époque, le pays était tiraillé entre les idéologies capitalistes et communistes qui s'affrontaient sur son territoire.

Ce délégué du camp occidental nous procura deux très beaux films, l'un sur les richesses artistiques (dont le fameux site d'Ankor) et sur le patrimoine culturel du pays, l'autre fut présenté par Yin Sovanna et traitait du Cambodge d'aujourd'hui ainsi que du Bouddhisme.

Il est important de signaler qu'à l'époque de cette rencontre, en 1984, les belligérants de la région se trouvaient en pleine épuisement d'un conflit qui avait atrocement éprouvé une population pas du tout guerrière quoi qu'on en pense. Déjà, au début de l'année, le prince Sihanouk, monarque normalement en place, avait avancé l'idée d'une solution politique basée sur la constitution d'un gouvernement quadripartite (deux de chaque côté), afin de ramener tout le monde autour d'une table de réconciliation.

Pour bien comprendre l'ambiguïté politique de la situation, il est intéressant d'en faire le rétroacte suivant :

Pendant l'époque de la guerre 40-45, le prince Norodom Sihanouk, âgé de dix-huit ans, avait succédé en 1941 au roi Monivonk, alors que la France de Vichy autorisait le Japon à stationner des troupes au Cambodge leur facilitant ainsi leur conquête de la Birmanie et de la Malaisie.

L'armée japonaise s'empressa d'éliminer l'administration française favorisant ainsi l'indépendance du pays avec à sa tête un homme à eux, Son Ngoc Thanh. qui fut arrêté à la capitulation du Japon en septembre 1945 par le général français Leclerc lui-même.

Le roi Sihanouk s'efforça alors de renégocier l'indépendance du royaume avec les Français qui ne lui accorderont qu'un pouvoir interne dans une fédération indochinoise.

La France ne reconnut le Cambodge comme État indépendant que le 8 novembre 1949 dans le cadre toutefois de l'Union française, gardant ainsi un pouvoir considérable.

Les années qui suivirent furent particulièrement difficiles (1950-1954) et le roi Sihanouk éprouva les plus grandes difficultés à pacifier démocratiquement la région de plus en plus aux prises avec de nombreuses factions, le pays ne retrouvant une relative tranquillité qu'à la suite de la conférence de Genève de juillet 1954.

Les Français et le Vietminh évacueront le pays qui acquiert une indépendance totale le 31 décembre 1954.Le roi Sihanouk s'efforça alors de renégocier l'indépendance du royaume avec les Français qui ne lui accorderont qu'un pouvoir interne dans une fédération indochinoise.

Vint alors une période dangereuse pour Sihanouk tiraillé entre les deux blocs politiques (occident et communisme) qui tentaient de s'implanter, les USA s'efforçant de lui faire rallier le bloc anti-chinois.

 

Prudemment, Sihanouk qui avait habilement mis son père, Suramarit, à la tête de l'État en abdiquant en sa faveur, choisira la neutralité en septembre 1957, tout en jouant sur les deux tableaux en acceptant l'aide des Chinois et des Russes.

A la mort de son père, en avril 1960, poussé par la pression populaire, il prit la tête de l'État, alors qu'il n'avait cessé d'être aux prises avec toutes les factions rivales soutenues par l'extérieur (Thaïlandais, Sud-vietnamiens, Américains) ce qui le plaçait en position délicate pour régner.

De 1956 à 1969, le pays connut une relative prospérité avec le développement de son infrastructure économique aidé par de nombreux pays comme la France, la Chine, L'Union soviétique et la Tchécoslovaquie.

Pendant cette période cependant, divers événements marquèrent l'histoire de la région, dont l'intervention des USA, en mars 1965, contre le Nord Vietnam suite au développement de l'insurrection communiste au Sud Vietnam, mais surtout à la suite du célèbre discours du Général de Gaulle de Phnom Penn, le 1er septembre 1966, qui appuyait le prince.

S'ensuivit alors une période extrêmement troublée aux tractations et fortunes diverses où l'on vit les adversaires se retrouver dans des camps différents. Sihanouk ayant de plus en plus de difficulté à maintenir la neutralité n'aura d'autre choix que de se poser finalement en ennemi du communisme.

Le 18 mars 1970, Sihanouk sera renversé et condamné à mort par contumace par Lon Nol qui, surtout depuis 1966, jouera un rôle important dans la politique du pays, d'abord allié ensuite adversaire du prince.

Vint ensuite la période génocidaire de 1975 à 1978 qui fit plus d'un million de morts par malnutrition, épuisement et exécution sous la conduite du communiste Pol Pot que l'histoire rangera parmi les criminels de guerre, bien que en ce qui le concerne cette appellation soit contestée parce qu'elle ne représente pas l'extermination d'un groupe ethnique ou philosophique.

Il sera mis en déroute, début 1979, par un front communiste de salut national constitué par ses opposants appuyés par l'armée vietnamienne qui le condamnèrent à mort par contumace.

En 1989, la république populaire du Kampuchea instaurée lors de la chute de Pol Pot, deviendra l'État du Cambodge avec le retrait des troupes vietnamiennes et en 1991, sous les auspices de l'ONU, sera signé un traité international de paix avec le retour de Sihanouk (14 novembre 1991).

Après pas mal de difficultés en 1992 et 1993 avec intervention de l'ONU des élections libres auront lieu en mars 1993 et la monarchie sous le règne de Norodom Sihanouk, sera rétablie le 21 septembre 1993.

Les dix dernières années seront toujours aussi chaotiques avec de nombreux réveils de factions communistes polpotistes et luttes intestines, interventions de l'ONU assistée de la France et de nombreux pays.

En 2004, Norodom Sihanouk, âgé de 81 ans, abdiquera à la surprise de tous en faveur de son fils Sihamoni, chorégraphe qui a fréquenté des écoles de danse à Paris après avoir fait des études à l'académie des arts à Prague, représentant de son pays à l'UNESCO, peu connu des Cambodgiens, mais qui au dire des connaisseurs, pourrait faire le poids face au Premier ministre Hun Sen, ancien Khmer rouge en place depuis vingt ans.

L'économie du Cambodge est fragile : elle dépend de l' aide internationale (un tiers du budget en 2001). Les Khmers rouges avaient tout détruit et désorganisé et malheureusement des trafiquants sévissent en grand nombre souvent soutenus par une armée en partie corrompue.

Depuis quelque temps, deux secteurs fonctionnent bien, apportant un viatique de devises : le tourisme et les chaînes de confection « prêt à porter » utilisant une main d'œuvre habile et bon marché.

On ne peut pas parler du Cambodge sans parler des temples d'Angkor. Cette région fut occupée dès le premier millénaire avant notre ère, toutefois les constructions ne dateraient que de la période s'étendant du septième au dixième siècle après J.C.

Les lieux du culte à Civa et ceux voués à Vishnou avoisineront, les adeptes de l'un considérant l'autre comme secondaire. Ces religions venues de l'Inde ont, comme dans la plupart des pays d'Extrême-Orient, intégré dans leurs rites les croyances indigènes, surtout en pratiquant le culte des ancêtres et en donnant une place prépondérante au roi dont la royauté serait accordée par le dieu Siva.

Le summum de l'architecture Khmère est l' « Angkor vat » (La ville qui est un temple) avec, datant du douzième siècle, le sanctuaire cruciforme très vaste, 1500 sur 1200 mètres, impressionnant qui domine le site. Ce temple pyramidal en trois gradins, ceinturés de galeries avec quatre tours d'angle est abondamment sculpté de décorations d'une grande finesse, représentant des divinités féminines souriantes. On y accède par la célèbre chaussée bordée de naga-balustrades (naga = cobra polycéphales).

Vient ensuite l' « Anghor Thom » (la grande ville), quadrilatère de trois kilomètres de côté avec murailles de huit mètres de haut et entourée d'une douve de cent mètres de large avec en son centre le « Bàyon », temple de 47 tours, garni de 177 visages souriants monumentaux.

Du seizième siècle date l'achèvement des bas-reliefs et le grand Buddha de Tep Pranam, alors que dans la moitié du treizième siècle, une réaction des adeptes de Civa favorise la retaille de la plupart des images créées au règne précédent pour les remplacer par des « linga » (membre viril symbolisé par une pierre dressée, signe du dieu Shiva)) ou des ascètes en prière.

Quant au bouddhisme que Yin Sovanna, notre conférencière, aborda avec beaucoup de talent, il nous fut révélé dans sa vision khmère, œcuménique avant l'âge, en ce sens qu'elle associait à la religion bouddhique les diverses croyances ancestrales dans les divinités à tel point qu'au douzième siècle, Jayavarman VII, roi bouddhiste créa la trinité bouddhique.

A Bouddha, il associa son père devenu « Lokecvara », le Bouddha compatissant, dieu de bonté pour tous, représenté souvent avec plusieurs bras. Quant à sa mère, elle devint « Prajnaparamita » la troisième personne de la trinité, mère spirituelle de tous les Bouddhas.

Actuellement le secteur touristique et le textile (présence de grandes chaînes de prêt à porter internationales) sont les principaux pourvoyeurs de devises du pays.

Cette intéressante soirée, se termina par un débat où les questions fusèrent de partout, acculant parfois le représentant cambodgien et Yin Sovanna à se cantonner dans la prudente réserve qu'imposait leur statut de réfugié politique. Nous terminerons la soirée en sirotant un thé et en grignotant des spécialités préparées et servies par nos hôtes.

 

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