&94u Le coeur et l'âme face à réalité sexuelle du couple

{5} Cependant, cette époque d'interrogations métaphysiques m'incitait à utiliser ma faculté de transposition de la réalité en prolongements imaginaires avec l'avantage du vécu. Dans ce monde étrange du « rêve-éveillé » je retrouvais, tellement ils me collaient au cœur, des accents de sublime, d'élévation, d'émerveillement qui me consolaient de l'aridité de mon quotidien.

Mais je tenais avant tout à protéger mon foyer, à lui épargner les contrariétés de ma vie professionnelle, à l'entourer d'une aura de bonheur. Je me pose la question,, maintenant, de savoir si j'ai réussi.

Ma «chérie », ainsi que je pris habitude de l'appeler, était bien trop subtile et fine pour ne pas avoir réalisé ce que j'endurais et que je camouflais si maladroitement.

Respectant ma démarche, elle joua le jeu, très attentive cependant à me soutenir discrètement dans les moments de découragement. Fragile comme je l'étais, sans elle, il est probable que je me serais maintes fois écroulé.

Je ne sais pourquoi, peut-être par un reste de « pudeur chrétienne », mon subconscient mit du temps à l'associer physiquement à mon monde imaginaire.

Elle s'introduisit en complément de Diaphane-cœur pour contrarier Diaphane-Prof ou Diaphane-éducation quand ils m'imposaient leur rigueur et leur rationalité.

Ce fut ainsi que Diaphane-cœur « nouvelle formule » trouva dérivatif à mon monde d'angoisse, d'inquiétude et de tourments métaphysiques en me faisant découvrir le monde éthéré de l'imaginaire ultime.

Voilà comment ce diable de double s'y est pris pour traduire le sublime de la réalité physique :

Ectoplasmes, nous nous étions retrouvés dans un nouvel Eden que les dieux eux-même n'avaient pas imaginé.

C'était un monde de songe bleu, du bleu lavé des aquarelles où nos corps diaphanes, diaphane comme une aile de libellule, se déplaçaient sur des plages infinies qu'un sable d'or pâle recouvrait d'un manteau de soie tiède.

Nos pieds s'enfonçaient dans des lèvres chaudes et des langues moites qui nous pourléchaient tendrement.

Une mer d'émeraude nous tendait des bras d'amante alanguie : nous y précipitâmes nos chairs avides de voluptés extatiques. (Je ne peux m'empêcher d'être interpellé moi-même par ce gargarisme de phrases alambiquées,...pourtant, que les rieurs ne s'y mettent pas encore,... ils n'en sont qu'au début : j'entre en transe comme un chaman... je ne vais pas manquer d'user, voire d'abuser, ne vous déplaise, d'épithètes et de longues envolées dithyrambiques).

Ce fut une longue glissade dans des bras et des doigts d'huile qui nous enveloppèrent de profondes et envoûtantes caresses.

paroxysme du visuel, nos yeux se trouvèrent... nos yeux se pénétrèrent... nos yeux plongèrent dans l'abîme de l'autre... nos yeux se plurent de la perfection des formes... nos yeux glissèrent dans l'intime que nous offrîmes sans pudeur...

 

Caresse infinie des yeux

Au creux de l'intime

Délicates rondeurs

Que prolonge un dos

Pour un port qui se coule

En glissade infinie.

 

Il y eut aussi au paroxysme de l'odorat de subtiles senteurs de printemps qui troublèrent nos raisons... de lourdes et chaudes effluves de pâmoison d'été qui glissèrent en vagues successives ou s'affalèrent en nappes oblongues qui nous agrippèrent le ventre en tenaille... mais aussi un rappel d'odeurs moites comme celles des bancs de brumes d'automne s'étalant en longues langues sous les futaies...

 

Parfum subtil des sens

Qui s'enroule en frisson,

Parfum lourd et sourd,

Remugle de canicule

En sieste lascive.

 

Il y eut encore la caresse des paumes effleurant la moire que révélait un galbe de jambes... et la douce émotion du doigt qui glissa dans un pli satiné... et tiède......et le cœur qui bat, qui bat affolé d'amour...

 

Ô mains, ô mains d'idoles

Fuseaux des îles,

Ô porte-doigts

Emmanchés de bras

Qui s'étire en caresse,

En quête de folles étreintes.

 

Il y eut surtout les lèvres, des lèvres pulpeuses et chaudes, des lèvres de passion, les lèvres qui sourient, ou qui rient en faisant jaillir des flots de trilles cristallines, claires comme des chants d'oiseaux... ou encore des accents profond de brames comme ceux du cerf dans les forêts d'automne.

 

Bouche mutine ou câline,

Chaud sourire

Pour de beaux yeux,

Amour murmuré

En tendre soupir,

Mélodie des lèvres

Qui s'évasent en bruissement

De plaintes gazouillées

 

Il y eut enfin la pulpe fruitée des langues et des bouches qui s'enlacent, s'étreignent, se mordillent et s'agglutinent en révélation profonde d'union sublime.

Leur âme, alors, se noya dans le lac d'étoile qui s'ouvrit dans les yeux de l'autre pour s'y éblouir de l'immensité d'un lent regard de passion.

Leurs corps s'unirent en longue étreinte,... leur âme s'embrasa de ferveur, ... leurs corps se joignirent, l'un dans l'autre pénétré... évanescente, leur âme, s'irisa de lumière,...et leur corps et leur âme enfin apaisés s'étourdirent en aura de bonheur.

 

 

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