Le liban (Un ami voisin, Libanais, étudiant en médecine)

Liban des Phéniciens,

Navigateurs anciens,

Fondateurs de Carthage,

La patrie d'Hannibal.


Liban des cèdres antiques

Enfouissant leurs racines

Dans le sable des portiques

De luttes intestines.


Grand peuple voyageur

Qui proclame au prétoire

Les souvenirs vengeurs

De ses plaies d'histoire.


Dans le passé lointain,

Au creuset des humains,

Sommeillent toujours les traces

De l'éveil de nos races.


 

{5} Quand nous avons commencé nos rencontres, nous avions prévu de nous en tenir à cinq séances par an, en saison d'hiver, les derniers vendredis des mois d'octobre et de novembre, ainsi que de janvier, février et mars.

La saison prit donc fin avec la réunion de mars et ne recommença que le 28 octobre 1984, avec notre ami libanais, Oussama, étudiant en médecine qui habitait avec ses frères juste en face de chez nous, au quatrième étage d'un complexe de huit appartements.

Garçon d'une grande maturité, due aux épreuves subies dans un pays exsangue et déchiré par les conflits entre Israël et ses voisins, il nous avait conquis ainsi que nos fils qui l'interpellaient par les fenêtres de nos deux immeubles se faisant face dans la rue.

Devenu vite un habitué de la maison, en avons-nous passé de moments agréables en conversations-confidences sur les grands problèmes et déchirements de cette région-clef, berceau de nos civilisations, abcès toujours virulent, inguérissable, de nos conflits philosophiques et religieux !

Nous interpellant, il expliquera pourquoi lui, chrétien maronite, s'était converti à l'Islam, alors que ses frères et ses parents restaient fidèles à la religion de leur milieu. Il nous avait convaincus du bien-fondé de ses arguments, dans un contexte de lieu et de circonstances. Idéaliste pur, il défendait ses convictions avec une chaleur enthousiasmante, attendrissante aussi.

Quel étonnant pays que ce Liban, étroit territoire de la taille d'un grand département français ; mouvante destinée que celle de cette petite nation, lieu des origines de l'histoire du monde hébraïque, islamique et chrétien, que des courants politiques divergents ont bouleversé depuis 1975, et qui se trouve sous la menace permanente d'une dislocation proche de l'anéantissement.

Pauvre petit coin de terre que des voisinages agressifs et turbulents ont perturbé depuis toujours en l'occupant et l'asservissant, qui ne dut son salut qu'à l'étonnante faculté d'adaptation et de délocalisation qui a toujours caractérisé son peuple, contraint de subir et mourir ou s'éloigner pour revenir.

Avec sa foi de néophyte d'un Islam pur, notre ami Oussama aurait aimé faire comprendre à des chrétiens le bien-fondé d'un autre message aussi valable que le sien quand il est compris dans son sens fondamental.

Cependant, par délicatesse et respectueux de la sensibilité de son auditoire, il s'en abstiendra et se contentera de commenter les images merveilleuses d'un film primé à un festival du film du tourisme français.

Un autre film aussi surprenant, intitulé « Liban, terre des hommes », mettra en valeur toute la richesse culturelle d'une région de plateaux, montagnes et vallées que l'histoire a privilégiée, véritable creuset d'échange culturel entre les grandes confessions monothéistes du monde.

Belle région au climat de côte d'azur dans beaucoup d'endroits avec culture de la vigne, de l'olivier, des bananiers et des orangers mais aussi du blé et des pommiers dans la Beqaa (plaine de 120 km. de long sur 8 à 15 de large, entre 500 et 800 mètres d'altitude, très fertile mais très disputée par les belligérants depuis 1975.)

Ses riches voisins arabes, surtout à partir de 1968 jusqu'au conflit de 1975, apprécieront la douceur et le pittoresque de ses plateaux montagneux en y venant nombreux, touristes avides de fraîcheur, contribuant ainsi à sa grande prospérité.

Rappelons aussi ce que nos livres d'histoire nous ont enseigné sur Baalbek, (Baal Beqaa = le seigneur de la Beqaa) ancienne Héliopolis, en bordure de la Beqaa dans laquelle vivaient les adorateurs de Baal et où Salomon aurait construit un temple

Le Liban est un des endroits du monde dont le voisinage multiculturel est des plus variés et des plus spectaculaires qui soit. : des maronites ( sous l'autorité du patriarche d'Antioche, rite d'influence latine, reconnaissant le pape ; ils sont environ 700.000 actuellement au Liban avec le syriaque comme langue liturgique) ; des grecs orthodoxes et catholiques ; des arméniens orthodoxes, catholiques et protestants ; des syriens orthodoxes ou jacobites, des syriens catholiques ou syriaques ; des chaldéens catholiques uniates (reconnaissant le pape, mais conservant leurs rites et organisation), orthodoxes ou nestoriens (de l'hérétique Nestorius) ; des latins, chrétiens arabes rattachés à Rome ; des musulmans (surtout chiites, ensuite sunnites, druzes, alaouites, ismaéliens (Syrie) et enfin des israélites à Beyrouth.

En ce qui concerne les orthodoxes, rappelons qu'ils se sont séparés de Rome dès avant le schisme d'Orient de 1054. Leur désaccord porte sur trois points : l'infaillibilité du pape et son autorité, l'immaculée conception de la Vierge qui est considérée comme une innovation doctrinale inutile et un désaccord « Byzantin » sur la trinité appelé le filioque (et du fils), l'Esprit saint procédant du Père et du Fils selon Rome et non du Père par le Fils selon les orthodoxes (sic). Rappelons aussi qu'ils admettent le divorce des civils et le mariage des prêtres, s'il a eu lieu avant le diaconat (dernière étape avant la prêtrise).

Depuis 1975, le pays fut ravagé, déchiré par les nombreux conflits qui n'ont pas cessé de l'appauvrir et de le désorganiser, provoquant l'exode (surtout des chrétiens) vers tous les pays du monde. Les musulmans en resteront les plus nombreux (60 %)

A l'époque où Oussama fit son exposé, des événements politiques graves déchiraient son pays-martyr. En 1982, les forces israéliennes (opération Paix en Galilée) avaient occupé une partie du Liban pour repousser les Palestiniens avec lesquelles ils étaient et restent en conflit permanent, les forçant à s'opposer aux alliés syriens de ceux-ci. Le 21 août 1982, une force multinationale viendra au secours des Libanais en s'efforçant de pacifier la région au détriment des israéliens qui s'étaient interposés.

En 1983, s'ouvriront des négociations israélo-libanaises, sans concertation avec la Syrie, aboutissant au traité de Naqoura (17 mai 1983) qui fut dénoncé par la suite (en février 1984) sous la pression d'une fraction libanaise partisane de la Syrie, si bien que l'opération « Paix en Galilée » fut inutile pour les Israéliens qui par la suite durent se replier jusqu'à une bande de sécurité.

La FINUL (Force Interimaire des Nations Unies au Liban) a été créée en mars 1978 par les résolutions 425 et 426 des Nations Unies. Elle comprenait 4.000 hommes au départ et devrait en compter 15.000 dans l'avenir dont la moitié d'Européens. Sa mission consistera à appuyer les 15.000 soldats de l'armée libanaise pour former une zone tampon entre le Liban et Israël.

Tout cela réveille en mon souvenir les conversations intéressantes (en confidence) que nous avons eues avec Oussama sur cet abcès de la politique mondiale et sur ce traité de Naqoura (entre Israël et le Liban) et le président chrétien libanais Gemayel qui l'avait conclu... Très gentil et idéaliste, notre ami tentait de minimiser les tensions et d'expliquer le bien-fondé de toutes les positions...

Il nous dira aussi le drame de sa famille, deux de ses frères que nous connaissions bien, partageaient l'appartement avec lui, alors que ses parents et le plus jeune des fils restaient au Liban. Il se souciait beaucoup de l'avenir de ce jeune frère, presque analphabète, qui n'avait pu faire d'études dans cet environnement perpétuellement bouleversé par les conflits.

Nous terminerons la soirée, en conversations animées autour d'un thé libanais, délicieusement sucré, accompagné de « makroun » et « awamat », spécialités de son pays que sa maman, en séjour chez lui à cette époque, avait préparées à cette occasion.

 

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