Le Maroc (présenté par Abdel, un ami de nos fils, étudiant marocain)

Magrib al aqsa,

Qu'un djinn embrassa

En soupirant de ferveur

Pour ses beaux sables rêveurs.


Maroc, prosterné, tout en chant

Vers Allah, au soleil couchant,

Après l'appel des muezzins

Qui sortent des hauteurs voisines.


L'Africain, bâtisseur d'empires

Entouré de chefs qui conspirent

Offrit à la France un joyau

De gloire et de rois conquérants,

Devant lui comme des agneaux

Malgré la fierté de leur rang.


Et toi, désert saharien,

Peuplé des seuls bédouins,

Trop grande immensité brûlante,

Aux caravanes nonchalantes,

Tes oasis, ouvertes aux cieux

Sont fraîcheur et cadeau des dieux.

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{6} Notre fils Patrick, après son cycle du secondaire, avait entrepris des études d'optométrie (partie de l'optique qui concerne la correction de la vision). Il s'était lié d'amitié avec un condisciple d'origine marocaine, Abdel, qui ne tarda pas à devenir un ami de la maison.

Bel athlète, souriant, serviable et gentil, il nous accompagnait pratiquement tous les week-ends dans notre propriété de la campagne, où il nous aidait à terminer la grande « véranda » qui couvrait la piscine et ses abords.

C'était un de ces jeunes venus dans notre pays rejoindre son frère, tentés tous deux par « l'eldorado » européen, et qui s'était arrangé pour obtenir une bourse d'étude des autorités belges.

Très jovial et ami de mon fils, il eut l'art de s'insérer adroitement dans notre « tribu » d'une douzaine de personnes (lui, Agnès, Michel et leurs enfants, ma mère, nous deux, nos filles et l'un ou l'autre de nos fils et neveu quand ils n'étaient pas occupés ailleurs).

Fort d'un équipage de deux voitures dont un «break version familiale » avec remorque, nous émigrions, chaque week-end et congés, vers cet éden qu'était devenu notre havre de Meux,

Mon épouse régentait tout cela avec son habituelle maîtrise, sa gentillesse et un don de l'organisation qui l'a toujours caractérisée.

Considérées avec le recul du temps, nous devons avouer que nos relations avec Abdel sont difficiles à analyser avec objectivité. Fut-il sincère dans son amitié ? Ne profita-t-il pas des idéalistes « bonasses » que nous étions malgré nous ?

En confidence, ne suggéra-t-il pas à Agnès d'en « profiter » ce qui, pour le moins, manquait « d'élégance » à notre égard !

Et puis surtout, il y a cet étonnant incident du prétendu décès de sa mère qu'il nous annonça avec un réel chagrin dans la voix. Nous compatîmes et le soutînmes affectueusement.

Plus tard, mon épouse rencontra son frère que nous ne connaissions pas, qui, scandalisé, déclara : « Ma mère vit toujours, il raconte n'importe quoi pour se faire remarquer».

Devant mon clavier, je pense à lui et n'arrive pas à lui en vouloir. Je revois sa bonne tête bouclée de méditerranéen, son sourire si franc pourtant et me rappelle les bons moments que nous avons eus ensemble. J'en avais fait un ami qui m'aidait beaucoup dans nos travaux d'aménagement de notre véranda-piscine et d'entretien d'une propriété de près d'un hectare.

Pourquoi avait-il raconté cette histoire ridicule de la mort de sa mère, alors qu'il savait que nous finirions par rencontrer son frère qui habitait la région ? Était-il mythomane ou mendiait-il tellement l'affection qu'il en « inventa » ce drame pour trouver une intimité affectueuse qu'il ne connaissait pas et qu'il « enviait » quand nous la prodiguions à notre entourage familial ?

Quand nous lui proposâmes de présenter le Maroc, le 25 novembre 1983, il paniqua, ne se sentant pas assez cultivé pour se défendre lors des questions que ne manquerait pas de lui poser son auditoire.

Je le rassurai en lui suggérant de l'aider en posant moi-même de nombreuses questions dont nous conviendrions des réponses à l'avance.

Nous préparâmes un certain nombre de sujets que nous répétâmes ensemble. Ce fut parfait, il se débrouilla en vrai conférencier. Cependant, à une question que je lui tendais en perche salvatrice d'une toute simple venant de la salle, il fut pris de panique, ne se souvenant plus de son texte. Il me regarda avec des yeux désespérés, comme s'il voulait que je lui souffle la réponse ...

Et puis, ça lui revint ... et toujours en me regardant : « Ah, oui ... » comme le potache qui se rappelle un texte. Je dus me pincer le nez pour ne pas rire. C'était cocasse, le subterfuge était dévoilé. ... Mais attendri et indulgent, personne n'en souffla mot.

Le Maroc, pays du soleil couchant, (Magrib al-‘aqsa), s'est, selon les meilleurs auteurs, développé progressivement à partir de colonies phéniciennes qui y établirent des comptoirs dès la moitié du cinquième siècle avant Jésus-Christ.

Dangereusement menacée par Carthage lors des guerres puniques (souvenons-nous d'Hannibal qui avait franchi les Alpes avec des éléphants), Rome s'imposera finalement ainsi que dans le reste de l'Afrique du nord,  contribuant au développement de la partie méditerranéenne du pays qui s'étendra progressivement à l'intérieur du continent africain.

A la fin du troisième siècle de notre ère, Rome en crise perdit son hégémonie et la région entra dans une période noire, abandonnée à la domination de ses chefs berbères.

Du VIIème au XVème siècle, l'Islam s'imposa progressivement en soumettant et convertissant les tribus berbères qu'ils enrôlèrent dans leurs armées parties à la conquête de l'Espagne, victoires et défaites se succédant (ainsi Tolède fut reprise en 1085 par les chrétiens).

Pendant tout le quinzième siècle, les troupes ibériques (Espagnols et Portugais) ne cesseront de harceler les Arabes avec des fortunes diverses ce qui ne fit qu'augmenter le sentiment religieux qui favorisait l'unité et l'opposition à l'étranger. Ce mysticisme suscita des débordements de foi allant jusqu'au maraboutisme, (vénération d'anachorètes considérés comme des saints).

De 1912 à 1925, le Maréchal Lyautey, un des grands hommes français, celui qu'on appela "Lyautey, l'Africain" et le "bâtisseur d'Empire", réussira à imposer son pays malgré l'opposition de ses voisins espagnols et portugais et l'action du rebelle Abd-el-Krim dans le rif.

Je me souviens que tout gamin, nos maîtres parlaient du grand Français à nous petits Belges comme d'un personnage de légende qui avait été un des plus précieux artisans de la francophonie méditerranéenne.

Son action déclencha un puissant mouvement d'émigration de 40.000 de ses compatriotes (de 1919 à 1922). Par la suite, la politique de la France connut des fortunes diverses en colonisant les régions rurales où s'installèrent des « Européens » avec des méthodes de conquêtes militaires qui mécontentèrent les populations locales.

En novembre 1942, les Américains débarquèrent dans le pays pour appuyer les alliés. Roosevelt rencontra le sultan du Maroc (en 1943 à Anfa) et encouragea le nationalisme marocain. C'est ainsi que la France se retrouva seule pour défendre sa position aux Nations Unies, face à l'Espagne et aux états arabes et asiatiques musulmans qui encourageaient son indépendance.

Acculé par la guerre d'Indochine (mai 1954) et l'insurrection algérienne (1er novembre 1954), le gouvernement français fut forcé d'accorder l'indépendance au Maroc (2 mars 1956) tout en se réservant difficilement quelques privilèges.

Sa population atteint maintenant 30 millions d'habitants, avec une extension urbaine mettant en danger son équilibre démographique (trois cents agglomérations urbaines et 13 millions de citadins dont trois millions à Casablanca et un million à Rabat, capitale politique et administrative )

L'émigration (un million deux cent mille résidents à l'étranger) est un phénomène important qui conditionne l'économie du pays par l'apport de devises et les échanges culturels qu'elle génère.

Les richesses naturelles ne sont pas très importantes, en dehors du phosphate dont le sous-sol contient les plus riches réserves du monde.

L'histoire du Maroc sera marquée par la personnalité de ses souverains qui oeuvrèrent magistralement à sa démocratisation et son indépendance : Mohammed V (1909-1961) sultan de 1927 à 1953 et grand allié de la France en 40-45, déposé par elle de 1953 à 1955 parce qu'il réclamait l'indépendance que, réhabilité, il obtint en 1956 (il fut proclamé roi en 1957) ; Hassan II (1929-1999) lui succédera en 1961 ; il sera un artisan de l'unité autour du trône en combattant le front Polisario qui cherchait à rendre le Sahara indépendant.

Le 30 juillet 1981, après les émeutes tragiques de juin, le roi Hassan II s'engagera à modifier la constitution en réduisant les pouvoirs de la monarchie en la rendant plus constitutionnelle (sous-entendu moins théologique de droit divin).

Son fils aîné, Mohammed VI, né en 1963, qui lui succèdera en 1999 à sa mort, se fera remarquer, dès le début de son règne, par de nombreuses mesures de réconciliation avec l'opposition (libération du cheikh islamiste Yassine, retour de l'opposant Serfati et des enfants de Ben Barka, indemnisation des victimes de tortures, écartement du dur ministre de l'intérieur Basri). Il parviendra en outre à rallier le monde extérieur à sa politique d'assainissement et de développement tout en affaiblissant l'opposition du front Polisario.

Ce mouvement restera toujours la grande pierre d'achoppement à la politique d'unification du territoire défendue par tous les monarques et dirigeants du Maroc à l'encontre de ce front de plus en plus puissant qui milite pour une reconnaissance internationale du territoire saharien en une seule nation la « République arabe sahraouie démocratique »

Son action déclencha un puissant mouvement d'émigration de 40.000 de ses compatriotes (de 1919 à 1922). Par la suite, la politique de la France connut des fortunes diverses en colonisant les régions rurales où s'installèrent des « Européens » avec des méthodes de conquêtes militaires qui mécontentèrent les populations locales.

En novembre 1942, les Américains débarquèrent dans le pays pour appuyer les alliés. Roosevelt rencontra le sultan du Maroc (en 1943 à Anfa) et encouragea le nationalisme marocain. C'est ainsi que la France se retrouva seule pour défendre sa position aux Nations Unies, face à l'Espagne et aux états arabes et asiatiques musulmans qui encourageaient son indépendance.

Acculé par la guerre d'Indochine (mai 1954) et l'insurrection algérienne (1er novembre 1954), le gouvernement français fut forcé d'accorder l'indépendance au Maroc (2 mars 1956) tout en se réservant difficilement quelques privilèges.

Sa population atteint maintenant 30 millions d'habitants, avec une extension urbaine mettant en danger son équilibre démographique (trois cents agglomérations urbaines et 13 millions de citadins dont trois millions à Casablanca et un million à Rabat, capitale politique et administrative )

L'émigration (un million deux cent mille résidents à l'étranger) est un phénomène important qui conditionne l'économie du pays par l'apport de devises et les échanges culturels qu'elle génère.

Les richesses naturelles ne sont pas très importantes, en dehors du phosphate dont le sous-sol contient les plus riches réserves du monde.

L'histoire du Maroc sera marquée par la personnalité de ses souverains qui oeuvrèrent magistralement à sa démocratisation et son indépendance : Mohammed V (1909-1961) sultan de 1927 à 1953 et grand allié de la France en 40-45, déposé par elle de 1953 à 1955 parce qu'il réclamait l'indépendance que, réhabilité, il obtint en 1956 (il fut proclamé roi en 1957) ; Hassan II (1929-1999) lui succédera en 1961 ; il sera un artisan de l'unité autour du trône en combattant le front Polisario qui cherchait à rendre le Sahara indépendant.

Le 30 juillet 1981, après les émeutes tragiques de juin, le roi Hassan II s'engagera à modifier la constitution en réduisant les pouvoirs de la monarchie en la rendant plus constitutionnelle (sous-entendu moins théologique de droit divin).

Son fils aîné, Mohammed VI, né en 1963, qui lui succèdera en 1999 à sa mort, se fera remarquer, dès le début de son règne, par de nombreuses mesures de réconciliation avec l'opposition (libération du cheikh islamiste Yassine, retour de l'opposant Serfati et des enfants de Ben Barka, indemnisation des victimes de tortures, écartement du dur ministre de l'intérieur Basri). Il parviendra en outre à rallier le monde extérieur à sa politique d'assainissement et de développement tout en affaiblissant l'opposition du front Polisario.

Ce mouvement restera toujours la grande pierre d'achoppement à la politique d'unification du territoire défendue par tous les monarques et dirigeants du Maroc à l'encontre de ce front de plus en plus puissant qui milite pour une reconnaissance internationale du territoire saharien en une seule nation la « République arabe sahraouie démocratique »

Le Sahara, morcelé lors des colonisations, sera toujours âprement disputé par le Front Polisario qui lutte, depuis 1966, pour l'indépendance du territoire et sa réunification en une seule entité saharienne.

Rappelons que le désert saharien s'étend sur dix millions de km² et comprend dix États (Algérie, Egypte, Libye, Niger, Mali, Maroc, Mauritanie, Soudan, Tchad, Tunisie) qu'il n'est peuplé que de bédouins nomades autour des oasis sur un territoire dont le point le plus élevé est situé à 3415 mètres ; quant au Maroc, il comprend de nombreux sommets au-dessus de 4.000 mètres, avec le point culminant de l'Afrique du nord, le djebel Toukbai à 4165 mètres.

Après de nombreuses interventions guerrières aux fortunes diverses, affaiblissant les deux parties, L'ONU parviendra à établir un plan de paix en août 1988, le Polisario étant contraint de reconnaître la supériorité militaire et la puissance de l'organisation territoriale des autorités marocaines.

Nous avions pu nous procurer pour cette séance deux films vraiment intéressants sur un pays dont l'histoire remonte très loin dans l'antiquité phénicienne, romaine ou carthaginoise.

L'un, « Villes Impériales » fut un délire de mosquées, minarets, palais de sultan, ciselures, arabesques et couleurs à couper le souffle que beaucoup connaissent maintenant avec la démocratisation des voyages et les documentaires de haute qualité diffusés à satiété par nos téléviseurs.

L'autre, « le Grand Sud vu du ciel », impressionnant de vues grandioses dans ses couleurs sahariennes, nous offrit, par le miracle du montage aérien, la vision sereine et majestueuse d'un spectacle réservé aux grands rapaces qui la survolent en planant lentement.

Notre public fut particulièrement chaleureux lors de cette réunion et le manifesta lors du thé marocain que mon épouse et mes filles leur servirent accompagnés de « mharka », délicieux gâteaux marocains que nous avions confectionnés selon une recette que la maman d'Abdel avait transmise à son fils.

 

 

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