Le respect du papier au Japon qui est un objet de culte animiste et qui a ses "officiants" comme la calligraphie.

Maintenant que j’écris ces lignes, après avoir longuement visionné et médité le film de notre voyage, je commence à mieux saisir l’importance qu’il faut accorder à une chose aussi simple, mais si fondamentale que le papier. Nous, les occidentaux, le considérons comme une matière sans valeur, méprisable, à peine digne de nous torcher, à gaspiller sans scrupule et à éliminer par sacs entiers.

 

Pour les bouddhistes et animistes du Japon, le papier est une matière noble. Il y a un art de le confectionner, patiemment, dans une prière et dans le recueillement… En Corée et en Chine aussi, il y a des secrets et un rite pour sa f abrication comme jadis pour le parchemin chez nous, mais avec en plus une sacralisation spirituelle qui en font un objet de culte.

 

Nagasaki et Hiroshima, dans les mausolées de grande sobriété placés à peu près à l’épicentre de l’explosion nucléaire, sont attachées des milliers de bandelettes de papier qui prennent le rôle sacré du souvenir, mais aussi de la prière vers les âmes des défunts et les puissances supérieures.

 

Ce rite bouddhiste-animiste qu’il faut ranger aux côtés de l’ikebana, la taille des arbres, la calligraphie, la cérémonie du thé et autres, est une sorte d’appel au recueillement dans la profondeur d’une méditation propice à l’élévation de la pensée vers l’au-delà des croyants.

 

Il faut une longue pratique de ce type de discipline intérieure pour la dissocier de son accessoire que sont en l’occurrence les bandelettes de papier, comme le sont aussi les clochettes des temples, gongs et moulins à prières.

 

Cela m’a remis en mémoire le long bâton garni de bandelettes que l’officiant animiste faisait onduler cérémonieusement autour de mes enfants mariés pour appeler sur eux les faveurs du bonheur dans la fécondité dans le même esprit que nos prêtres encensent ceux qu’ils veulent magnifier parce que bénéficiaires d’un sacrement qui les a sanctifiés.

 

Couché sur le marbre

Le corps d’un arbre

A livré son âme au papier,

En soif d’encre et couleur,

Faim de page à magnifier

Dans la gloire et la splendeur.

 

La page frémissait de pensées,

Le pinceau caressait les signes,

Les signes s’envolaient au ciel

Et les bonzes s’inclinaient.

 

L’écriture fut oiseau

L’écriture fut roseau

L’écriture fut lumière

L’écriture fut prière

 

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S’il est un art japonais universellement connu c’est bien celui de l’origami ou pliage du papier. Il est devenu mondial et il y a des « artistes » qui rivalisent d’adresse et d’ingéniosité partout. En France, il y a une association des « plieurs de papiers ».

 

Il serait originaire de Chine et s’appelait janzhi et comprendrait aussi le découpage.

 

L’origami japonais viendrait d’un rite religieux, très ancien, de représentation d’une divinité dans les cérémonies Shinto

 

Le pliage le plus difficile est l’Hippocampe, mais le plus célèbre est la grue à cause d’une histoire merveilleuse mais triste d’une petite fille qui est devenue, au Japon, mais aussi dans le monde, un symbole de paix et d’entente universelle dédié à l’enfance, avenir de notre société.

 

Cette fillette japonaise fut atteinte par les rayons de la bombe atomique d’Hiroshima et est morte en 1955 à l’âge de douze ans.

 

Elle avait survécu miraculeusement et semblait en bonne santé, elle faisait même de la course à pied.

 

Elle avait deux ans quand la bombe explosa. … Elle ne fut même pas blessée, alors que ceux qui étaient à cet endroit furent presque tous tués ou gravement atteints.

 

Jusqu’en 1954, elle semblait avoir échappé aux effets de la radioactivité et menait une vie tout à fait normale jusqu’à faire du sport de compétition. Cependant, un jour, après un relais, elle ressentit les premiers effets d’un mal insidieux, la leucémie qui sommeillait sans doute en elle et auquel peu de survivants de l’explosion atomique ne réchappèrent.

 

Son état s’aggravant, elle fut forcée d’être soignée en milieu hospitalier et c’est alors qu’une amie de classe lui parla d’une ancienne légende japonaise qui racontait que celui qui confectionnait mille grues en origami verrait un vœu exaucé.

 

La petite Sadako, c’était son prénom, courageusement se mit à plier des grues en papier dans l’espoir de guérir et de recommencer son sport favori … Après une courte rémission qui lui permit de rentrer chez elle, son mal empira et elle dut retourner sur son lit d’hôpital.

 

Elle y mourut le 25 octobre 1955 à l’âge de douze ans.

 

Ses amis de classe et de sport émerveillés par son courage, non seulement finirent de plier les 1000 grues, mais amplifieront le mouvement dans toutes les écoles japonaises avec récolte de fonds pour élever une statue en mémoire de Sadako et de tous les enfants frappés par la bombe.

 

La statue, élevée bien haut dans le Parc de la Paix à Hiroshima sur un piédestal en granite, représente Sadako, en tenue de sport, tenant dans ses bras largement ouverts une grue en or.


 

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