Le Vietnam (Ohan Trinh, vietnamienne, soutien de ses compatriotes en Belgique)

 Folie des hommes,

Peuples martyrs,

Taches d’histoire,

Dien Bien Phu,

Vietmin et Vietcong .

 

Qu’est devenu

Le chant des rizières

Dans la colère des canons ?


Qu’est devenu

L’appel des bonzes

Quand les yeux sont de crime ?


Qu’est devenue

La voix des femmes

Quand les homme sèment la mort ?

 

La longue plaine

Et les lents cours d’eau

Se sont salis

Du sang des larmes,

Du sang des chants tristes,

Du sang des cœurs ouverts

Et du sang de la longue haine.

 

{10} A la séance suivante, le 28 octobre 1984,Ohan Trin, une Vietnamienne habitant une rue voisine de la nôtre, très gentille et très active dans l’aide à ses compatriotes, nous présenta son pauvre pays, le Vietnam, si bouleversé par des conflits qui le gangrènent.

 

Sur une superficie de 329.560 km² se débrouille actuellement (2003) une population de 81.300.000 individus avec Hanoi comme capitale.

 

Limitrophe du Cambodge, du Laos, et de la Chine, c’est une longue bande côtière bordant le Golfe du Tonkin et la mer de Chine méridionale qui groupait, en 1884, l’Annam, la Cochinchine et le Tonkin.

 

Ces colonies faisaient partie de l’ancienne Indochine française avec le Laos et le Cambodge. Elles ont acquis leur indépendance officieuse en 1945 à la fin de la seconde guerre mondiale (reconnaissance officielle en 1954 après la chute de Dien Bien Phu).

 

Sa monnaie est le dong, sa langue, le vietnamien (ou viêt) parlé par 70% de la population bien que le pays compta 74 ethnies et 54 langues.

 

République socialiste reconnue depuis 1975, avec un président (Chef de l’État), un parlement de 450 députésrenouvelé tous les 5 ans, et un premier ministre, chef du gouvernement, elle est divisée en soixante provinces et cinq municipalités avec conseil populaire à élection directe et un exécutif (comité populaire). Les municipalités sont Hô Chi Minh Ville (5,4 millions d’habitants.), Can Tho (1,1million), Da Nang (0,72 million), Haiphong (1,71 million), Ha Noi (2,15 millions).

 

Les archéologues déterminent la formation du peuple vietnamien au Néolithique, dans le delta du fleuve Rouge (Song Cai) par mélange mélanésien, indonésien et des éléments mongoliques venus du Nord .

 

En Asie du Sud-Est, ils sont les seuls de civilisation chinoise,introduite au deuxième siècle avant J-C. pour un millier d’années, dont ils garderont certaines traditions et coutumes (fléau d’épaule, riziculture intensive avec digues et rizières inondées autorisant jusqu’à deux récoltes annuelles, maison « à terre » (au raz du sol), avec toit lourd sur colonnes et murs en torchis, écriture et thèmes littéraires et artistiques, syncrétisme religieux avec mélange d’animisme, de bouddhisme et de confucianisme, fête du nouvel an chinois (le Têt) que les expatriés célèbrent encore chez nous entre le 20 janvier et le19 février suivant le calendrier lunaire ).

 

Le Bouddhisme y pénétra par l’Inde au deuxième siècle après J.C. et gagna les masses populaires tandis que le confucianismedes Chinois se réserva les classes dirigeantes. Cependant, le culte des ancêtres et des esprits n’en restera pas moins la croyance de base.

 

L’histoire de ce pays fut, pendant les trois millénaires précédant notre ère et les deux suivants, particulièrement chaotique, marquée par de multiples changements de régimes. Massacres et malheurs ne cesseront d’accabler une population martyre.

 

Signalons, sans être exhaustif et d’une manière succincte,les périodes et faits suivants, depuis la dynastie légendaire des Hùng, régnant sur le Van Lang (2879-258 av. J-C), le royaume de Au-Lac (257-208 av. J-C), en 208 av. J.C la fondation du Nam –Viet par Zhao Tuo,  l’invasion des Han (Chinois) en 111 av. J-C jusqu’au protectorat général d’Annam (679-868) en 938, la révolte de Ngo Quyen qui fondera un État indépendant et en 968, la création se l’empire unifié du Bai Co Viet suite à la victoire de Dinh Bô Linh sur les douze seigneurs ….

 

Viendront ensuite la dynastie des Ly (1110-1225), des Tran (1226-1400) des Hô et l’invasion par la Chine des Song (1400-1407), la guerre de libération de Lê Loi (1418-1426, un des héros de l’histoire vietnamienne), suivie de la dynastie des Lê (1428-1788).

 

L’actuel territoire vietnamien connut diverses partitions ou extensions notamment avec le royaume du Champâ, la dynastie des Mac (1527-1592), le partage nord-sud en 1600, la révolte des frères Tay Son en 1771 pour en arriver à proclamer empereur un des frères (Quang Trung).

 

Les bouleversements idéologiques provoqués par l’occupation française au dix-huitième siècle, les révolutions et les guerres qui suivirent la seconde guerre mondiale, ont complètement modifié le tissu philosophique et religieux du pays.

 

L’influence française se manifesta déjà en 1627 avec Alexandre de Rhodes qui introduisit le premier catéchisme et l’écriture romanisée de la langue vietnamienne, le quoc ngu, mais surtout en 1784 à la suite de la démarche d’un missionnaire français, Mgr Pigneau de Béhaine qui, en 1789, aida le prince Nguyen Anh, héritier des Nguyen, à bouter les Chinois et leurs partisans dehors en levant des troupes de volontaires et en armant des navires pour pallier la carence de l’entourage de Louis XVI qui n’avait pas jugé opportun d’entreprendre cette opération que le souverain français soutenait pourtant.

 

L’aide des troupes du prélat qui ne restèrent pas longtemps dans le pays, fut surtout précieuse pour instruire et équiper à l’européenne celle du Vietnam en artillerie, génie et marine et leur donner une puissance telle qu’en moins de trois ans (de 1799 à 1802) l’unité du pays fut reconstituée et la dynastie des Nguyên s’imposa suite à la victoire, en 1802, de Gia long contre les Tay Son.

 

C’est en 1858 que les Français débarquèrent à Da Nang et en 1865, fondèrent la colonie de la Cochinchine ainsi qu’en 1884, le protectorat sur le Tonkin


Quant au parti communiste qui finit par triompher, il s’introduisit en 1930 et créera le Viêt-minh en 1941.


Pendant la seconde guerre mondiale, les Japonais occupèrent le pays, humilieront les Français et inciteront les Vietnamiens à réclamer leur indépendance.


En 1945, l’empereur Bao Dai, descendant des Nguyên, partisan des Français et de l’occident, abdiquera et l’indépendance du pays sera proclamée par le communiste Hô Chi Minh.

 

Ce fut ensuite l’atroce guerre d’Indochine (1946-1954) avec la défaite française de Diên Biên Phu (7 mai 1954), les accords de Genève et la partition du pays à hauteur du 17ème parallèle  et enfin l’incroyable guerre du Vietnam (1964-1975) qui causa la mort de près de 58.000 Américains et directement ou indirectement (mines, famines, maladies, défoliants) d’environ un million de combattants communistes et quatre millions de civils, tandis que le Sud perdait 255.000 militaires et 430.000 civils.

 

L’erreur des Français à Diên Biên Phu aurait été d’avoir ignoré l’artillerie ennemie qui « noya » sous un flot d’obus les positions françaises établies dans une plaine protégée par les montagnes escarpées qui l’entouraient, en supposant que l’ennemi ne pourrait y monter son matériel lourd.

 

C’était sans compter sur l’opiniâtreté de fourmi de leur ennemi qui avait acheminé son artillerie en pièces détachées sur des bicyclettes ou à dos d’homme. La bataille causa 1750 tués, 10.863 prisonniers dont près de 7.500 morts en captivité chez les Français et près de dix mille chez les Vietnamiens.

 

Pendant la guerre froide, les occidentaux s’efforcèrent de protéger l’Asie du Sud-Est contre le communisme qui l’envahissait, aussi mobiliseront-ils de 1965 à 1973 des forces considérables pour l’endiguer (550.000 américains en 1968 et 1.500.000 vietnamiens appuyés par une aide économique massive),de plus, les forces américaines n’hésitèrent pas à utiliser l’arme chimique pour détruire avec des défoliants les forêts et le couvert végétal qui camouflaient leurs adversaires.

 

Malgré les bombardements massifs détruisant villes, complexes industriels, réseaux de transport et voies de communication, le front intérieur du F.N.L. « front national de libération » tint bon, grâce à sa discipline, sa dispersion, sa détermination, ses sacrifices, reconstruisant l’essentiel pour l’effort de guerre tout en étant aidé puissamment par l’U.R.S.S. et la Chine, à tel point que pour en finir, début 1968, à la fête du Têt (entre le 20 janvier et le 19 février, qui célèbre la nouvelle année), les communistes n’hésitèrent pas à lancer une vaste offensive qui força leurs adversaires à plier le genou.

 

L’opinion publique mondiale, soutenue par celle des U.S.A. désapprouvant ses dirigeants, fit pression sur les belligérants pour les forcer à trouver le compromis qui mettrait fin à une guerre quien fin de compte dura trente ans (1945-1975).

 

Une vaste opération de reconversion et de réconciliation, sans le bain de sang prévu par les occidentaux, fut mise en place. Malheureusement, les difficultés inhérentes au démarrage économique d’un pays livré à lui-même, aggravé par la sécheresse de 1977 et les inondations de 1978 plongent le pays dans une pénurie alimentaire permanente et grave.


Viendront ensuite (en 1977) les périodes confuses des conflits avec les voisins communistes cambodgiens du Kmer rouge Pol Pot soutenus par les Chinois ">. ce qui poussa les Vietnamiens à se faire aider par la Russie et amènera les Vietnamiens à lancer une offensive victorieuse contre son voisin cambodgien en profitant de la dissidence d’une partie des troupes de Pol Pot.

 

Ces événements réduisirent les populations à une lente extermination et acculèrent certains à chercher asile sous des cieux moins hostiles dans des conditions effarantes : ce fut l’époque des tristement célèbres « boat peoples ».

 

A cette époque, les marins d’un des pétroliers de Petrofina recueillirent en plein océan une de ces embarcations en perdition, avec des naufragés au bord de la noyade. Très humainement,Adolphe Demeure, alors président, ordonna à ses filiales de trouver de l’emploi à ces malheureux. Notre département administratif confia à l’un de ceux-ci des tâches simples de messagerie tandis qu’un autre assista des laborantins. Ils finiront tous par faire carrière dans le groupe.

 

Depuis 2003, l’économie vietnamienne est une des plus dynamique de l’Asie du Sud-Est, son problème principal restant son énorme endettement. Ses rapports avec ses anciens adversaires et les « Grands » sont très positifs voire amicaux –visite de Clinton (2000), Vladimir Poutine (2001), le président chinois Jiang Zemin (2002) et visite officielle en France du président vietnamien Trân Duc Luong en 2002. –


Ohan Trin, alors en Belgique depuis douze ans et ses amis du groupe « Lac-Viet » se dépensèrent sans compter pour sensibiliser notre auditoire aux souffrances de leurs concitoyens, mais aussi nous faire prendre conscience des difficultés d’adaptation à notre civilisation occidentale que les expatriés forcés qu’ils étaient tous, rencontraient chaque jour ainsi que leur désarroi profond.


Aussi pour concrétiser leurs propos, projetèrent-ils en première vision un montage audio-visuel interpellant dans lequel les situations seraient inversées : certains d’entre nous ayant subi chez nous, les mêmes persécutions, les mêmes épreuves, les mêmes malheurs se seraient réfugiés dans un Vietnam opulent et insouciant dans lequel ils éprouveraient les plus grandes difficultés à s’adapter à un environnement qui nous demanderait une culture et des moyens que nous n’aurions pas.

 

Ce film dérangeant nous interpella et un certain malaise, peut-être réprobateur de cette démarche moralisatrice, gagna la salle, comme quoi nous nous débarrassons difficilement de notre supériorité confortable de bien nanti et détestons qu’on le rappelle à notre conscience.

 

Une projection de dias très réussies sur les richesses artistiques et historiques de ce très ancien pays et une démonstration de danses folkloriques nous ont distraits suffisamment pour terminer la soirée dans une insouciance gênée que nos amis vietnamiens ont dû ressentir pendant qu’ils nous servaient gentiment un thé de leur pays accompagné de spécialités locales.

 

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