Nous avons cru changer de planète tellement tout était étrange dans le pays de notre future belle-fille.

5} Notre fils aîné, Patrick épousa Michiko en mai 1993 à Fukuoka, la ville des parents de la future épouse, située dans l’île de Kyushu. Ce sera pour nous, les occidentaux, la famille et les amis qui nous avaient accompagnés l’occasion d’un étonnant séjour et d’un dépaysement total dans une civilisation surprenante faite d’ancestrales traditions nippones et de modernisme à l’américaine.

 

Nous crûmes changer de planète tellement tout nous paraissait étrange et nous en perdions tous nos repères à tel point que nous n’osions nous éloigner de l’hôtel sans accompagnateur.

 

Comme il se devait, dés notre arrivée, nous fûmes conviés à faire la connaissance d’une famille que nous ne connaissions forcément pas.

 

En premier lieu les parents de Michiko : un militaire droit comme un i, aussi souriant que discret et son épouse, avenante et bien agréable personne, très ouverte à la culture occidentale, d’un accueil chaleureux, très frustrée de ne pouvoir communiquer avec nous : nos langues sont tellement différentes, sans racines communes, tellement éloignées de notre structure verbale qu’il est difficile d’y trouver des repères mnémoniques.

 

Ma vieille mémoire s’est échinée en vain à mémoriser et prononcer d’une manière compréhensible pour les Japonais quelques mots tirés d’un petit manuel de poche pour touristes ; ce qui me rassura, c’est que mes interlocuteurs n’en sortaient pas mieux que moi, bien que plus jeunes…

 

Il y avait aussi une grand-mère souriante déformée par l’âge et pliée en deux comme toutes les vieilles Japonaises qu’on voyait trottiner allègrement, courbées presque à angle droit, le dos cassé par les tâches ménagères traditionnellement réalisées à même le sol.

 

Et puis le couple de cousins qui avaient accepté d’êtreparrains-témoins de mariage, coutume shintoïste (au Japon, on suit le rite shintoïste pour le mariage et le bouddhiste pour les obsèques) ; ce parrainage est lourd de responsabilités car il impose le devoir d’assister les parrainés aussi bien moralement que physiquement et financièrement.

 

Ces cousins exploitaient à Tosu (dans l’île de Kyushu) une importante clinique dentaire très moderne dont mon épouse testa l’efficacité à la suite de la perte fortuite d’un plombage, ce qui lui permit d’apprécier le confort des soins dentaires en position couchée, pratique révolutionnaire pour l’époque.

 

A ces cousins bien affables succéderont les autres membres collatéraux, aussi aimables qu’accueillants avec cette particularité bien amusante du salut de convivialité au cours duquel nous rivalisions de courbettes de plus en plus basses, chacun s’efforçant, par civilité, d’avoir le dernier mot, créant ainsi les situations acrobatiques des plus cocasses qui s’achevaient par un grand éclat rire bien sympathique.

 

Dans les jours qui suivirent, précédant le mariage, nous avons eu l’occasion de bien nous pénétrer de l’ambiance coutumière du milieu provincial de notre future belle-fille, très traditionnel et fort éloigné de celui des grandes villes comme Tokyo.

 

Nous avons eu le privilège avec Michiko, gentille cicérone, de goûter à d’insolites et merveilleux endroits comme ce petit temple, tout près de chez elle, perdu dans sa végétation exubérante, aux senteurs délicates de jasmin, dans un bourdonnement intense de vie subtile comme si les Bouddhas du petit édifice religieux murmuraient de lancinantes prières.

 

Le soir, dans notre chambre d’hôtel, le téléviseur nous faisait assister aux matchs du championnat mondial de sumo, qui se déroulait ces jours-là.

 

D’abord surpris et plutôt réprobateurs, nous finîmes par réaliser que plus qu’un sport de compétition, il s’agissait-là d’une expression de la philosophie nippone dans ses traditions et ses lois ancestrales, manifestant en quelque sorte l’exaltation de la force simple exercée suivant un rituel, dans le respect de l’autre et dans le geste fondamental comme dans la pensée zen. Il faut comprendre ça pour comprendre le Japon.

 

Nous eûmes aussi le plaisir d’être accueillis par les parents de Michiko dans leur jolie maison, entourée d’un jardin aux arbrisseaux soigneusement taillés par le papa, amateur de ces plantes artistement modelées suivant la tradition japonaise.

 

Là encore, la longue démarche sereine du jardinier qui taille les branches, avec une patience recueillie dans l’esprit de la pensée zen et dans l’amour de formes naturelles non imposées suivant des règles géométriques comme dans nos grands jardins ou nos parcs occidentaux, fait partie de traditions ancestrales propices à l’élévation intérieure.

 

Le mariage devait avoir lieu dans une immense « maison de mariage » équipée de plusieurs étages de salles conçues à cet effet. C’est impressionnant ce souci du grandiose et de la perfection du détail bien nippon.

 

Ces établissements, très importants, permettent la célébration de plusieurs cérémonies et banquets (pratiquement un par étage) dans un luxe de détail et de raffinement exceptionnels. Cette manifestation coûte très cher (10 à 15.000 euros) et les familles économisent dès la naissance, elle comprend la cérémonie religieuse shintoïste et le banquet avec animations et spectacle. (Le prochain sous-chapitre détaillera cet événement réalisé dans la plus pure des traditions japonaises).

 

 

-----