Rencontres Intercultures - La Corée du Sud - (Nos amis coréens, Agnès et Michel Lee)

 

Mon pays est un village

Et la terre est ma patrie

Disait le poète.


Mon frère habite ma rue,

Mais aussi la ville voisine

Et encore bien plus loin,

Tellement loin

Que c'est trop loin

Pour y aller.


Cependant,

Quand j'entends le vent,

C'est son chant qu'il m'apporte,

Et la nuit,

C'est sur les mêmes étoiles

Que nos yeux vont se chercher.


Mon frère est si loin

Que c'est trop loin pour y aller.


Mais, lui, peut-être, un jour,

Il sera devant ma porte,

Fatigué du long voyage.

Mais peut-être qu'alors, en lui

Je ne verrai qu'un « étranger ».

 

Ce besoin de sortir des sentiers battus, de libération de notre pensée et d'ouverture vers d'autres options philosophiques, trouvera concrétisation grâce à une initiative que nous nous sommes permis d'introduire, dans le cadre d'une action paroissiale d'ouverture vers les étrangers établis dans nos quartiers.

Acteurs privilégiés par notre composante familiale, nous recherchions les contacts avec toute forme d'entité culturelle ou familiale, hors de nos frontières philosophiques.

{8} La messe de minuit de Noël 1980 sera marquée par une rencontre heureuse qui changera fondamentalement notre vie et celle de nos enfants et fut le début d'une aventure merveilleuse d'ouverture et de découverte profonde d'autres cultures telles que nous les recherchions.

La cérémonie avait été réalisée avec le faste habituel d'une paroisse aisée, très active et bien organisée. Nous y avions participé avec nos deux filles qui furent très attentives malgré la longueur du service religieux.

Les instants qui suivirent, mémorables à plus d'un titre, se révélèrent très vite les prémices d'un véritable conte de fées...

Après l'office, mon épouse et moi descendions l'allée centrale, nos deux filles à nos côtés quand, soudain, nous aperçûmes, se préparant à sortir, dans le halo enchanteur des lumières de Noël, un couple merveilleux : une belle jeune femme coréenne ravissante dans une robe traditionnelle de son pays, très colorée et superbement brodée de fil d'or.

Les yeux rieurs et vifs, elle était accompagnée de son mari et de deux adorables enfants, un garçonnet bien sage et une charmante fillette souriante et mystérieuse.

Spontanée et ravie, mon épouse se précipita vers eux en leur tendant les bras : elle avait réalisé que c'était la famille coréenne dont une jeune voisine, impliquée dans les mouvements paroissiaux, lui avait signalé l'arrivée toute récente.

Ce fut fait avec un tel élan affectif et une telle ferveur que seuls peuvent l'expliquer l'endroit, le moment privilégié et le désir de communiquer malgré le fossé d'une culture et d'un langage différents.

Avec beaucoup de gestes et de rires de part et d'autre, nous nous précipitâmes dans notre maison toute proche, nos deux filles qui avaient à l'époque une dizaine d'années, s'occupant des deux enfants avec lesquels des liens chaleureux s'établirent spontanément.

Nous avons appris par la suite que c'était un couple de Coréens chrétiens récemment venus à Bruxelles pour permettre au mari, déjà docteur en géologie de Séoul, d'acquérir un doctorat supplémentaire à l'université néerlandophone de Bruxelles, sa thèse pouvant être défendue en anglais.

Son épouse, une ravissante et primesautière jeune femme, elle-même universitaire, l'accompagnait avec ses deux enfants. Avec le peu d'anglais que je baragouinais, nous parvînmes à nous entendre pour nous retrouver le soir du nouvel an et réveillonner avec eux.

Cette nuit de la Saint Sylvestre fut émaillée d'instants merveilleux de bonheur et de joie partagée. Nous nous sentîmes en symbiose de sentiments si profonds qu'il n'est pas facile de les expliquer.

Quelques jours après, ma toujours attentive et attentionnée épouse, s'étant enquise de leur adresse, se rendit chez eux. Stupéfaite, elle les trouva au lit, grippés, dans un « garni-taudis » que des gens peu scrupuleux avaient eu la malhonnêteté de louer à un étudiant étranger trop confiant.

Aussi, scandalisés, nous prîmes les choses en main, cassâmes le contrat qui les liait et découvrîmes dans une rue voisine un logement à de bonnes conditions que nous nous chargeâmes de meubler avec ce je pus récupérer dans une réserve de mobiliers déclassés qui étaient stockés à Labofina.

Quant aux appareils, frigos et autres accessoires de ménage, nous dénichâmes facilement dans la famille et autour de nous des « doubles emplois» pour les équiper confortablement.

D'autre part, le hasard voulut que le propriétaire soit représenté par l'archevêché de Malines gérant le bien au nom du cardinal Suenens qui l'avait reçu en héritage, et que l'employé qui en avait la charge administrative, conquis par l'histoire, nous loua aux meilleures conditions en nous autorisant à emprunter dans le grenier tout ce qui pourrait servir. Nous y trouvâmes des quantités de choses utiles et indispensables qu'un locataire précédent y avait laissées.

Quand ils allèrent avec mon épouse à l'archevêché signer le contrat de location, adorable, notre nouvelle amie s'est écriée avec quelques mots sortis de son dictionnaire : « Maintenant, printemps de Belgique ! ».

Une grande affinité liera étroitement nos deux foyers, surtout les épouses et les enfants. Chrétiens, ils avaient un prénom de baptême occidental : Agnès et Michel et les petits, Gabriel et Julia. Mon affectueuse compagne fera d'Agnès sa petite sœur et nous restons toujours intimement liés, malgré la distance et la séparation. Nous allons avoir le plaisir de la revoir dans quelques mois, en juillet 2010, quand elle viendra en Belgique avec sa fille et son beau-fils.

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{1} Ainsi qu'évoqué plus avant, dans le cadre d'une action d'ouverture à d'autres cultures, nous avions proposé à la paroisse de nous charger de l'organisation de réunions de quartier centrées sur l'accueil des réfugiés qui s'y établissent en leur donnant l'occasion de parler de leur pays et de leur culture.

La rencontre merveilleuse de Noël tombait à pic. Non seulement nous avions une première famille à faire connaître et à intégrer dans nos quartiers, mais aussi c'était une raison supplémentaire de nous en rapprocher.

Aussi le 28 janvier 1983, nous inaugurerons dans la salle paroissiale une rencontre « inter-culture » qui sera la première d'une série d'une petite vingtaine d'autres qui s'échelonneront tout au long des années 1983 à 1986.

Nous serons forcés de les interrompre à la suite d'ennuis de santé provoqués par le stress de ma profession, mais aussi d'infirmité visuelle et problèmes cérébraux me contraignant à suspendre mes activités professionnelles et faire opérer un cœur défaillant, ainsi qu'abondamment décrit par ailleurs. Malgré tous nos efforts, nous n'arriverons jamais à transmettre le flambeau, faute de relais sérieux.

Une feuille d'invitation attrayante intitulée : « Des habitants du quartier présentent leur pays » annonçait nos séances. Nous la distribuions dans la plupart des boîtes aux lettres de la région, tandis que la feuille paroissiale, de son côté, l'évoquait dans son édition mensuelle.

Il m'a semblé utile dans l'intérêt de ces pays de mettre à jour la partie historique des textes qui relatent ces rencontres en puisant aux meilleures sources : Encyclopédia Universalis, Wikipédia (après vérifications logiques), Jacques Leclerc, Encarta et les sites des ambassades. Les références de ces sources seront reprises en appendice alphabétique du livre.

Si cette initiative pouvait amener un regard intéressé sur ces populations malmenées, nous en serions ravis, mon épouse et moi, prolongeant dans le temps une action que nous n'avons pu continuer.

Cette actualisation fut un travail considérable de recherches, consultations et rédaction pour fournir la relation la plus objective, la plus complète tout en la faisant succincte, de la destinée douloureuse de ces pays que nos civilisations ont sacrifiés sur l'autel de leur confort et de leur progrès depuis toujours.

Il y en a d'autres dont Israël que nous avions préparé et que les circonstances évoquées plus avant ne nous ont pas per mis de présenter (Je terminerai cependant ce chapitre par une étude-plaidoyer en faveur de ce peuple, à l'origine de nos civilisations, afin de contrecarrer tant d'idées préconçues) ainsi que tous ceux d'Afrique, d'Amérique Centrale et du Sud (sauf la Bolivie et Haïti) ou d'ailleurs.....

Nous nous efforcerons dans ces rencontres de ne blesser personne et d'observer une neutralité politique et religieuse rigoureuse. En accord avec les autorités de la paroisse qui mettait à notre disposition son infrastructure (salle, secrétariat, feuille paroissiale mensuelle de contact...) ces rencontres devaient être une ouverture vers les autres venant « d'ailleurs » dans un grand esprit de fraternité en dehors de toute démarche de récupération religieuse.

Ce fut une grande aventure qui nous mobilisa tous : mon épouse prenait les contacts, rassemblait le matériel, organisait la réception de fin de séance, préparant et fournissant souvent les boissons et accompagnements du « drink », et terminait la séance avec quelques mots de clôture et d'invite à la dégustations des mets et boissons (préparations du pays concerné) ; mes fils Patrick et Benoit s'occupaient d'organiser la salle, se chargeaient des projections (matériel loué, souvent difficile à adapter et dont l'utilisation tenait de l'aventure) ; nos filles en hôtesses souriantes et affables se chargeaient de l'accueil et faisaient équipe avec mon épouse ; quant à moi je préparais les textes, la feuille d'invitation ainsi qu'une courte introduction et animais ou suscitais les questions des débats (Patrick me remplaça quelques fois surtout lors de l'accident cérébral qui m'handicapa momentanément).

{2} Au programme de la première séance réservée à la Corée du Sud, terre de nos amis avec la projection de trois films, un sur le pays moderne et industrielle qu'il est devenu, un autre sur ses traditions et un troisième sur les religions qui y sont pratiquées (Chamanisme, Bouddhisme et Christianisme).

Avant d'en parler, je tiens à donner un bref aperçu de l'histoire tourmentée de ce peuple, brimé d'abord par ses grands voisins la Chine et le Japon et ensuite victime de l'affrontement est-ouest entre le communisme et le capitalisme qui caractérisa la seconde moitié du vingtième siècle. Nous nous garderons bien d'en toucher mot dans nos séances publiques pour éviter à nos amis des problèmes auprès de leurs autorités consulaires.

Aussi, maintenant que j'écris ces « mémoires », je me sens un devoir de faire justice à ce petit peuple intelligent (dont, rappelons-le, proviennent nos deux filles) qui fut toujours victime de ses grands voisins, la Chine et le Japon et qui fut sacrifié, après la guerre de 40-45, sur l'autel de l'entente américano-soviétique qui reniera les accords pris au Caire en novembre 1943, par Roosevelt, Churchill et Tchiang Kai-Chek (Chine Nationaliste) de créer enfin une Corée libre et indépendante.

Malheureusement les événements qui suivirent se passèrent à son détriment quand à Yalta, en février 1945, les quatre grandes puissances ( les Etats-Unis, l'Angleterre, la Russie et la Chine de Tchiang Kai-Check) décidèrent que la Corée (possession japonaise depuis 1910) serait partagée en deux zones d'occupation situées de part et d'autre du 38e parallèle, dévolues aux USA pour la partie sud et à la Russie pour la partie nord.

Finalement en 1948, après de nombreuses altercations et confrontations entre le bloc communiste et les pays « libres », les deux Corées se donnèrent des constitutions, sous l'appellation de République Populaire Démocratique de Corée (R.P.D.C.) d'un côté et de République de Corée de l'autre, ce qui amena les Américains et les Russes à évacuer leur zone d'occupation en 1949.

C'est ainsi que ce  pays qui avait souffert depuis toujours des grands conflits internationaux fut entraîné malgré lui dans les camps opposés du communisme et du capitalisme, pour subir le paroxysme de la haine et de l'agressivité lors des douloureux affrontements de juin 1950 à juillet 1953 qui opposèrent aux pays occidentaux la Corée du Nord, armée par les Russes puis appuyée par la Chine communiste.

En effet, le 25 juin 1950, la Corée du Nord envahira le sud avec dix divisions de soldats équipés par les Russes en chars et avions. Le sud, avec ses huit divisions mal armées sans appui terrestre lourd, ni matériel aérien, s'écroula et se trouva rapidement envahie, au bord de la défaite.

Le 27 juin, l'ONU fut saisie de l'affaire et vota (sans l'URSS mais avec la Chine nationaliste de Formose, la Chine communiste de Pékin n'étant pas reconnue par les occidentaux)

Le 16 juillet, fut constituée une armée à laquelle participèrent seize nations : c'est-à-dire, outre les Sud-Coréens, les contingents australiens, belges, luxembourgeois, canadiens, colombiens, éthiopiens, français, britanniques, grecs, hollandais, néo-zélandais, philippins, sud-africains, thaïlandais et turcs plus les unités médicales danoises, indiennes et suédoises. Leur commandant était l'américain Douglas Mac Arthur.

Le 15 septembre, les armées de l'ONU débarquent près de Séoul, la libèrent le 28 et les Sud-coréens envahissent le nord le 30, appuyés par l'ONU le 7 octobre.

Les Chinois se prétendent menacés et envoient le 25 octobre une armée, dite de volontaires, forte de 850.000 hommes d'où renversement de la situation et repli des forces coalisées. Séoul est repris le 4 janvier 1951 par les communistes. Le Président américain Truman annonce que le recours à la bombe atomique est à l'étude.

Après une difficile contre-offensive des troupes de l'ONU et de la Corée du sud qui essuient de lourdes pertes, les coalisés reprennent Séoul le 14 mars 1951 et franchissent à nouveau le 38ème parallèle. Le général américain Mac Arthur qui commande les troupes veut continuer jusqu'en Mandchourie, mais le président Truman s'y oppose et lui enlève le commandement (Ce fut peut-être l'erreur qui empêchera la réunification de la Corée....)

Le conflit s'éternisera jusqu'au 27 juillet 1953, avec quelques escarmouches sur un front stabilisé au 38ème parallèle. Les pertes en vies humaines dans ce conflit furent considérables : 2.415.600 suivant l'ONU dont deux tiers de civils.

Finalement, les accords de Genève de 1954 couperont définitivement le pays en deux nations situées de part et d'autre du 38ème parallèle. On sait qu'actuellement, la Corée du Nord est toujours sous dictature communiste avec un « potentat » cruel, tandis que la Corée du Sud jouit des avantages de notre « système capitaliste».

La Corée fut toujours dominée par ses voisins chinois et japonais qui ne cessèrent de l'envahir et de se la disputer, comme la Belgique le fut par ses voisins français, hollandais et allemands. Cette similitude de situation historique fut un facteur supplémentaire d'affinité et de sensibilité nous rapprochant de nos amis coréens.

De tout temps, les Coréens serviront de plaque tournante assurant le relais des cultures et des techniques entre le Japon, la Chine et la Mandchourie que celles-ci proviennent des Chinois de l'époque des Hans (IVe s. av. J.C.) et ensuite des Mongols et Mandchous jusqu'au XVIIe siècle ou encore à la suite d'incursions de barbares venus par la mer.

Dès 1592, les Japonais s'attaqueront à la Chine en passant par la Corée mais seront repoussés grâce aux combats héroïques que leur livrèrent les Coréens aidés des Chinois. Ces incursions dont celle de 1636 qui réduisit le prince héritier coréen à la vassalité envers l'empereur nippon, permirent aux Japonais de profiter des techniques avancées de la Corée dont celle, dont ils furent les inventeurs, de l'imprimerie avec caractères mobiles.

Très éclectiques, les érudits coréens s'intéressèrent aux connaissances de leur voisin chinois (école Kao-tcheng-hio) et un certain nombre se convertit même au catholicisme pour mieux approcher les sciences occidentales jusqu'à ce qu'ils furent persécutés et interdits par le pouvoir japonais en 1786.

En 1813, la famine atteignit deux millions et demi de paysans coréens (un tiers de la population) avec soulèvement et appel à l'étranger (à la France en premier lieu) ce qui poussa le Japon qui se sentait menacé à s'isoler et conclure des traités d'amitié avec les occidentaux.

La Chine, le Japon et la Russie se disputèrent l'hégémonie de ce petit pays, pendant tout le 19ème siècle. Le Japon, puissant guerrier, remporta la guerre sino-japonaise de 1894-1895 et se défit des Russes lors du conflit de 1904-1905.

Le 29 août 1910, le peuple coréen fut envahi et brimé par les Japonais : interdiction d'association, de réunion, recensement des terres et distribution de celles dont la propriété n'avait pu être prouvée, notamment celles de l'ancienne royauté, à des colons japonais ou à des « locataires » coréens.

De 1937 à 1940, les Coréens furent vraiment asservis. Le mot n'est pas trop fort : les Japonais imposèrent aux écoliers coréens leur langue et leur histoire en s'efforçant de faire disparaître toute trace du passé ; livres, revues et journaux coréens furent interdits ; leur identité fut bafouée en les forçant à porter des noms japonais ; ils furent obligés de vénérer les kamis ou divinités du Shintoïsme, croyance animiste du Japon, ce qui les ulcéra profondément ; des jeunes coréens furent engagés de force dans l'armée japonaise et près de cent mille très jeunes filles des écoles secondaires durent servir de « femme à soldat » pour les militaires japonais en guerre.

Toutes les grandes nations qui ont « construit » l'histoire du monde, ont été un jour dominées par des bourreaux impitoyables qui martyrisèrent, écrasèrent, réduisirent ceux qu'ils voulaient soumettre ; toutes ces nations se sont enrichies du savoir et des biens qu'ils leur volaient pour finalement, outrecuidance suprême, transformer en pages de gloire, écrites cependant en lettres de sang, un passé de conquête réalisé à force de pillage, brimade, avilissement et esclavage de ceux qu'ils avaient vaincus.

Que ce soit chez nous, en Europe - depuis l'agressive Albion asservissant les nations du Dominion (un tiers du monde sous Victoria), la France napoléonienne, l'Allemagne des deux guerres mondiales, l'Espagne des Conquistadors, l'Italie des empereurs jusqu'à nos voisins bataves, oppresseurs des Indes Néerlandaises et nous-mêmes, cruels négriers, sous Léopold II, et tous les conquérants qui de tout temps, ailleurs dans le monde, se sont rendus coupables des mêmes impitoyables exactions.

Ce fut la raison pour laquelle, lors de notre séance du 28 janvier 1983, nous n'effleurerons pas ces sujets pénibles par souci de ménager les sensibilités politiques. Positivement, nous nous efforcerons de démontrer à un public vraiment conquis toute la richesse culturelle de ce valeureux pays, traversé d'un courant permanent de savoir et de traditions, construisant malgré les épreuves sa propre culture originale avec sa langue et son écriture.

Aussi l'écran de notre salle nous révéla-t-il toute la beauté naturelle d'un pays riche en paysages d'une grande finesse de lignes et de couleurs aux versants ensoleillés où des chercheurs de Ginseng (racines aux vertus médicinales et aphrodisiaques) dénichent très difficilement leur récolte. On la cultive maintenant cette racine qui épuise tellement le sol qu'il faut vingt ans de mise en jachères avant de la replanter.

Beauté également des paysages, la caméra s'attardant longuement sur des printemps aux collines parées d'azalées en fleurs, sur les ciels lourds de la paresse des automnes fruités et sur l'éclat des hivers tout en neige vaporeuse sur fond de métal bleu Petite goutte de rosée
Venue à nous des matins calmes,

Révélation aussi du génie d'un peuple méconnu fécond en découvertes que s'approprieront les voisins, conquérants sans scrupules. On nous enseigne que c'est Gutenberg qui inventa les caractères typographiques mobiles et l'imprimerie (entre 1397 et 1400) alors qu'il est certain que les Coréens avaient fabriqué des planches gravées près de deux cents ans avant lui (nous en avons détenu au début de notre commerce d'antiquités coréennes de très belles, sans doute moins anciennes), de même que les caractères interchangeables en métal.

Il est aussi prouvé que sous le règne du roi coréen Taï-Djong (au 14 ème siècle) non seulement fut utilisée l'imprimerie à caractères mobiles mais également l'alphabet coréen qui simplifiait l'enseignement de la langue et son impression en remplaçant les difficiles écritures idéographiques chinoises ou japonaises.

L'alphabet coréen ou Hangul, 19 consonnes et 21 voyelles, peut être considéré comme un des systèmes d'écriture les plus rationnels qui soit et qui sert à toute la population (99 %) .

Cette homogénéité de l'écriture utilisée, simple et rationnelle, contribua à élever le pays au rang des nations les plus alphabétisées (presque 100 %) avec le coréen comme langue véhiculaire et, dès l'age de 12 ans, l'anglais comme langue secondaire (six à sept heures par semaine, quasi au même rang que la langue nationale et les mathématiques) et, à partir du lycée (les trois dernières anées du secondaire chez nous), le choix d'une troisième langue, le chinois, le japonais, le français, l'allemand ou l'espagnol.

Ces langues supplémentaires seront approfondies parallèlement aux études supérieures (4 ans et un doctorat) dans des écoles privées qui foisonnent et pour lesquelles sont recrutés des autochtones étrangers. Ce sera la première activité que notre amie Agnès créera à son retour d'Europe et dans laquelle elle embrigada notre fils aîné Patrick.

Autre trouvaille, le céladon, cette merveille de la poterie d'art que des artisans coréens poussèrent au summum de sa perfection en glacis vert-eau et dont les Chinois jalousaient déjà la facture au début du douzième siècle. Nous en avons également vendu de très beaux pas aussi vieux, ni aussi précieux.

Ingéniosité aussi de cette race subtile qui inventa le chauffage par conduction en installant dans le sol des gaines en briques qui transmettaient la chaleur d'un foyer creusé en dessous, alimenté en combustible difficile à utiliser directement, comme la tourbe, le brai de houille ou autres se trouvant en abondance dans le pays.

Une particularité typique de ces gens, rappelant ceux du midi de la France, est la forte odeur d'ail provoquée par la consommation abondante de « Kimchi », préparation condimentaire qui accompagne tous leurs repas.

Il s'agit d'une mixture à base de légumes (surtout des choux-chinois passés un quart d'heure à l'eau bouillante), champignons, huîtres (elles sont aussi abondantes que les moules chez nous) et herbes diverses où l'ail domine (il y a autant de recettes que de familles, chacun trouvant la sienne en fonction des opportunités légumières du moment ou de la région).

Les divers composants sont tassés dans des jarres de terre cuite par couches successives des ingrédients emballés dans des feuilles de choux-chinois largement farcies de pili-pili.

Le tout est ensuite couvert d'un gros poids afin de bien le comprimer et enterré à ras du sol pour y subir les gelées des hivers coréens rigoureux (15 à 20 degrés en dessous de zéro).

Le mélange est détonant ; nous l'avons « dégusté » souvent, il accompagne admirablement la cuisine coréenne où les légumes presque crus et les lanières de viandes cuites à la flamme au travers d'un « wok » (sorte de cône métallique à petits trous) dominent. On transpire abondamment, on s'éponge, mais on ingurgite et on ingurgite sans discontinuer tous les plats, au travers d'un estomac « troué » en « s'arrosant » de rosé bien frais ou de soju apaisant (thé coréen d'orge torréfié).

Mes fils et mon filleul Bruno finirent par se mesurer en joutes « kimchïennes » avec notre ami coréen Michel, pourtant recordman en la matière. Pendant les cinq ans que dura le séjour de nos amis, en avons-nous apprécié de ces repas joyeux, chaleureux de grande amitié dans lesquelles nos épouses se surpassèrent en préparations et qui nous lieront tellement fort que ces ripailles mémorables rivaliseront avec nos plus chaudes retrouvailles familiales.

Nous terminerons cette première réunion de « quartier » en offrant des kimbabs, amuse-bouche fait de riz collant, farci de lamelles d'œufs durs, carottes et légumes verts, puis coupés en tronçons de deux à trois centimètres, après avoir été entourés de feuilles d'algue cueillies au fond de la mer par des plongeuses coréennes spécialisées.

Disposés en pyramide sur un plat, c'est très joli : les feuilles d'algue conservées sous vide qu'on se procure aisément maintenant, enveloppent d'un noir brillant de jolis cylindres de riz asiatique, avec en leur centre le bouquet coloré rouge et vert des légumes ainsi que le blanc et jaune des œufs durs. Accompagnés du thé soju ou de rosé, c'est très agréable à l'apéritif en « amuse-gueule ». (La mode d'en consommer s'implante chez nous depuis quelques temps).

 

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L'AU REVOIR Á NOS AMIS CORÉENS QUI RETOURNENT DANS LEUR PAYS.

Tu nous es apparue
Dans la joie de Noël
Comme la première fleur
Qui appelle le printemps.

Tu étais le bonheur
Éclairant le ciel
Et les yeux de tes enfants,
Mais aussi la fierté
Au cœur de ton grand savant.

Tu étais pour nous,
Dans ta robe d'or et de soie
Couverte de blancs ibis,
L'annonce d'un conte
Des mille et une nuits
Que nous évoquerons
Encore et toujours
Jusqu'à la fin des jours.


{14} Ce texte-poème m'est sorti du fond du cœur, tellement ce moment fut d'une douceur infinie et porteur d'un grand bonheur quand, accompagnés des chants de voix d'anges dans la magie féerique de la nuit de Noël 1980, nous quittâmes une église lumineuse et somptueusement garnie de sapin artificiellement enneigés, et qu'une famille aux longs yeux de nos fille, s'avança : deux petits enfants et un couple d'Asie avec une coréenne lumineuse en robe brodée d'or, garnie d'oiseaux blancs.

Le 22 mars 1985, encouragés par le succès de la rencontre chaleureuse entre les Belges de nos quartiers et les « amis d'ailleurs », avec lesquels s'étaient établis tant d'échanges, nous trouvâmes opportun de profiter du retour au pays de notre petite sœur coréenne et de sa famille, après un séjour de quatre ans, pour organiser une séance d'adieux à leur intention.

L'adorable Agnès, entourée de ses enfants, assistée de son mari qui venait d'obtenir son doctorat en géologie à la VUB (Université libre néerlando-phone de Bruxelles) accueillit un public chaleureux venu manifester toute la sympathie que cette petite famille avait pu susciter dans nos quartiers.

Maîtrisant beaucoup mieux notre langue, ils nous commentèrent deux très beaux films spécialement sélectionnés par l'ambassade.

Le premier présentait une belle synthèse des réalisations industrielles d'un pays de haute technologie et de grande productivité notamment dans le domaine de l'industrie navale, de la télécommunication et de l'informatique en les associant habilement aux traditions ancestrales de régions dont l'histoire remonte loin dans le passé de l'Asie, et qui contribueront largement à l'enrichissement et l'épanouissement des cultures chinoises et japonaises.

Le second film sur l'île de Jeju, fut largement commenté par Michel Lee qui est devenu un spécialiste de la géologie de cette île. Il y a consacré ses thèses de doctorat de Séoul et de Bruxelles, devenant un des grands spécia-listes en pétrographie de cet endroit unique au monde.

Dans l'ambiance de la séance précédente, notre public se montra de plus en plus chaleureux et enthousiaste, renforcé par les nombreux amis qui tenaient à manifester leur sympathie à une famille tellement dynamique et chaleureuse.

Avec ses amies coréennes, Agnès s'était ingéniée à préparer une quantité « d'amuse-bouche » comme seuls les Coréens savent en faire, que nous avons accompagnés d'un agréable et parfumé soju (boisson désaltérante à base d'orge torréfié) pour terminer une soirée conviviale particulièrement réussie.

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LIENS : (cliquer ci-dessous)

http://fr.wikipedia.org/wiki/Corée_du_Sud

 

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Réunion d'adieu le  à la famille Lee

qui retourne dans son pays.

après un séjour de 5 ans

 

Petite goutte de rosée

Venue à nous des matins calmes,

Tu nous es apparue

Dans la joie de Noël

Comme la première fleur

Qui appelle le printemps.


Tu étais le bonheur

Éclairant le ciel

Et les yeux de tes enfants,

Mais aussi la fierté

Au cœur de ton grand savant.


Tu étais pour nous,

Dans ta robe d'or et de soie

Couverte de blancs ibis,

L'annonce d'un conte

Des mille et une nuits

Que nous évoquerons

Encore et toujours

Jusqu'à la fin des jours.

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{14} Ce texte-poème m'est sorti du fond du cœur, tellement ce moment fut d'une douceur infinie et porteur d'un grand bonheur quand, accompagnés des chants de voix d'anges dans la magie féerique d'une nuit de Noël, nous quittâmes une église lumineuse et somptueusement garnie de sapin artificiellement enneigés, et qu'une famille aux longs yeux de nos fille, s'avança : deux petits enfants et un couple d'Asie avec une coréenne lumineuse en robe brodée d'or, garnie d'oiseaux blancs.

Le 22 mars 1985, encouragés par le succès de la rencontre chaleureuse entre les Belges de nos quartiers et les « amis d'ailleurs », avec lesquels s'étaient établis tant d'échanges, nous trouvâmes opportun de profiter du retour au pays de notre petite sœur coréenne et de sa famille, après un séjour de quatre ans, pour organiser une séance d'adieux à leur intention.

L'adorable Agnès, entourée de ses enfants, assistée de son mari qui venait d'obtenir son doctorat en géologie à la VUB (Université libre néerlandophone de Bruxelles) accueillit un public chaleureux venu manifester toute la sympathie que cette petite famille avait pu susciter dans nos quartiers.

Maîtrisant beaucoup mieux notre langue, ils nous commentèrent deux très beaux films spécialement sélectionnés par l'ambassade.

Le premier présentait une belle synthèse des réalisations industrielles d'un pays de haute technologie et de grande productivité notamment dans le domaine de l'industrie navale, de la télécommunication et de l'informatique en les associant habilement aux traditions ancestrales de régions dont l'histoire remonte loin dans le passé de l'Asie, et qui contribueront largement à l'enrichissement et l'épanouissement des cultures chinoises et japonaises.

Le second film sur l'île de Jeju, fut largement commenté par Michel Lee qui est devenu un spécialiste de la géologie de cette île. Il y a consacré ses thèses de doctorat de Séoul et de Bruxelles, devenant un des grands spécialistes en pétrographie de cet endroit unique au monde.

Voir ou revoir aux études précédentes, les textes qui concernent ce pays et ses habitants, notre seconde patrie puisque nos filles en proviennent et y ont vu le jour.

Dans l'ambiance de la séance précédente, notre public se montra de plus en plus chaleureux et enthousiaste, renforcé par les nombreux amis qui tenaient à manifester leur sympathie à une famille tellement dynamique et chaleureuse.

Avec ses amies coréennes, Agnès s'était ingéniée à préparer une quantité « d'amuse-bouche » comme seuls les Coréens savent en faire, que nous avons accompagnés d'un agréable et parfumé soju (boisson désaltérante à base d'orge torréfié) pour terminer une soirée conviviale particulièrement réussie.

 

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